Marie-Claude Fafard - Barack Obama en a laissé plusieurs perplexes le 31 mars dernier avec l’annonce de prospections pétrolières et gazières au large des côtes des États-Unis. Ce choix « difficile », a-t-il affirmé, a été motivé par la nécessité d’assurer l’indépendance énergétique des Etats-Unis et créera des emplois.Une décision qui surprend un peu, surtout que M. Obama a toujours fait de l’environnement un des sujets phares de sa campagne électorale, qui lui a d’ailleurs valu le soutien des groupes écologistes. Elle fait, disons, une brèche à son programme New Energy For America, qui vise notamment à diminuer la dépendance vis-à-vis du pétrole de ce pays et freiner le changement climatique global.
D’ailleurs, les énergies propres et les mesures écologiques à entreprendre pour réduire les émissions de CO2 étaient au centre de son premier discours prononcé en février dernier devant le Congrès américain.
Extraits : « Mais pour véritablement transformer notre économie, garantir notre sécurité, et sauver notre planète des ravages du changement climatique, nous devons faire de l’énergie propre et renouvelable une forme d’énergie profitable. »
« La seule façon pour que ce siècle soit un nouveau siècle américain, est de nous confronter enfin au coût de notre dépendance à l’égard du pétrole »
« Nous savons que le pays qui exploitera la puissance de l'énergie propre et renouvelable guidera le 21e siècle (…) »
Et j’en passe.
Cette annonce n’a pas eu bien sûr la faveur des écologistes. Dans un communiqué, Greenpeace a estimé qu’« étendre la prospection en mer à des zones qui avaient été protégées depuis des décennies menace nos océans (...) de marées noires dévastatrices ».
De son côté, le directeur général de la plus importante organisation américaine de défense de l’environnement, le Sierra Club, a affirmé que « forer sur nos côtes ne va pas faire diminuer les prix de l'essence ou assurer une indépendance énergétique ». Dans un communiqué, Michael Brune met en garde contre le fait que le forage pétrolier dans l’Arctique menace notamment les baleines et les ours polaires.
Mais ils peuvent se consoler un tant soit peu : ce plan prévoit annuler certaines propositions de contrats au large de l’Alaska, pour des raisons environnementales.
Même au sein de son propre Camp, M. Obama a créé un malaise qui transparaît par la réaction du sénateur du New Jersey (est), Frank Lautenberg, qui a fait remarquer que « forer au large de la Virginie mettrait en danger nombre de plages et la prospérité d’agglomérations côtières ».
Par ailleurs, le démocrate Ed Markey, président de la commission de la Chambre des représentants sur l’indépendance énergétique et le réchauffement climatique, a indiqué par voie de communiqué son souhait de soumettre un projet de loi afin que les compagnies pétrolières exploitent d’abord les milliers de concessions dont elles sont déjà propriétaires plutôt que de faire des trous sur des milliers de kilomètres au large des côtes américaines jusqu’ici préservées. Actuellement, seulement 25 % des 7 316 concessions fédérales pétrolières et gazières au large des côtes américaines sont exploitées, a-t-il précisé.
Certains affirment qu’il s’agit de la part d’Obama d’une stratégie pour rallier les républicains en vue de sa grande loi énergétique en préparation, qui vise à réduire les émissions polluantes. Forte d’une minorité de blocage au Sénat, l’opposition républicaine, qui dit non presque systématiquement aux projets du président, a fait savoir qu’elle était encline à soutenir ces nouvelles autorisations de forage.
Mais bon, on peut le comprendre aussi. Même si ses intentions de faire des États-Unis un modèle écologique sont probablement réelles, il doit nager notamment entre les puissantes compagnies pétrolières, l’industrie de l’énergie américaine, les environnementalistes et l’opposition. Il est impossible de plaire à tout le monde ; toute prise de décision fait des heureux, des satisfaits et des mécontents. Et la transition vers les énergies propres ne peut pas se faire du jour au lendemain alors que l’or noire mène encore l’économie mondiale.
Reste qu’il a entrepris plusieurs mesures afin de financer le développement des énergies propres et établir des normes antipollution – dont celles venant tout juste d’être finalisées, portant sur la réduction de consommation de carburant automobile en vigueur avec les modèles 2012 et considérées comme historiques – pour contrer la menace climatique. Un contraste avec l’ex-administration Bush qui manquait franchement de vert.
Marie-Claude Fafard
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