Marie-Claude Fafard - C’est hier qu’a pris fin la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), à Doha, au Qatar. Parmi les propositions amenées sur la table figuraient celle de la Principauté de Monaco demandant d’inscrire le thon rouge à l’annexe I de la CITES, et donc d’en interdire le commerce international. «Ce que nous demandons, c’est de laisser cette espèce tranquille cinq ou dix ans pour se donner une chance d'éviter la catastrophe annoncée », pour reprendre les mots de l’ambassadeur de Monaco, Patrick Van Klaveren.
La raison valable invoquée : les stocks de thon rouge mondiaux ont chuté de plus de 75 % depuis 1957, et ce, de façon radicale au cours des dix dernières années, en raison de la surpêche et de la demande croissante. Les scientifiques affirment que dans le secteur occidental de l’Atlantique (ce qui inclut les eaux canadiennes), ils ont diminué de 82 % ces quarante dernières années.
Proposition d’ailleurs soutenue entre autres par les États-Unis, la Norvège et le Kenya alors que l’Union européenne demandait que sa mise en oeuvre soit repoussée jusqu'en mai 2011.
Or, quelques heures seulement après l’ouverture des négociations sur le sort du thunnus thynnus, la proposition a été rejetée, notamment par le vote du Canada et du Japon.
La ministre des Pêches et Océans Canada, Mme Gail Shea, a déclaré que son gouvernement avait activement lutté contre l’interdiction parce qu’elle aurait nui aux exportateurs responsables, comme le Canada, sans freiner les pays qui pratiquent la surpêche, selon Radio-Canada. Elle a affirmé que le Canada exporte presque tout le thon rouge qu’il pêche et que des restrictions sur l’exportation auraient pratiquement anéanti cette industrie.
Le thon rouge rapporte plus de10 M$ chaque année pour le Canada qui exporte presque toutes ses prises au Japon, lequel engloutit les ¾ du thon rouge pêchés dans le monde!
Il est vrai que le Canada a restreint et fixé le nombre de permis délivrés, a limité la technique de pêche à la ligne tendue ou à la canne avec moulinet afin de minimiser les prises d’autres espèces. Il exerce aussi un contrôle grâce à un système d’étiquetage qui fait en sorte que seules les captures légitimes se retrouvent sur les marchés. Un programme de surveillance en mer a aussi été mis en place.
Mais Mme Shea semble oublier un fait. Le thon est un poisson migrateur. Même si les quotas sont respectés au Canada et qu’il est un « modèle de gestion durable », ailleurs, ce n’est pas le cas, surtout du côté européen de l’océan Atlantique où on pêche avec des techniques toujours plus sophistiquées comme à l’aide de sennes coulissantes (de gigantesques filets qui peuvent permettre de capturer jusqu’à 200 tonnes de thons en un seul coup).
Étrangement, un communiqué daté du 16 novembre 2009 de Pêches et Océans Canada, rapporte que la ministre Shea exhortait la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA) à protéger le thon de l’Atlantique.
Au lieu de s’allier au Japon qui n’a pas joué fair-play en usant d’une «technique de lobbying redoutable» qui consistait à envoyer des délégués en permanence dans les salles de réunion pour faire peur aux pays en développement sur l'avenir de leurs propres stocks, selon M. Van Klaveren, le Canada aurait pu concentrer ses énergies à promouvoir sa méthode de gestion durable. Mais non; il s’est plutôt assuré que la proposition soit bloquée.
Quelle leçon a-t-il tirée du passé alors que la surpêche a réduit la population de morues franches au Canada ou au Groenland à 5% de ce qu’elle était 40 ans auparavant? En 1992, face au désastre, le gouvernement canadien a prononcé un moratoire sur la pêche à la morue. Conséquences: 30 000 emplois supprimés d’un seul coup et une espèce quasi décimée qui ne parvient toujours pas à revenir à un niveau acceptable. Est-ce mieux pour l’économie canadienne ?
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