La fumée n’est pas secondaire pour le Sénégal

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Marie-Claude FafardMarie-Claude Fafard - Première en Afrique, un Centre de gestion de la qualité de l’air a vu récemment le jour à Dakar, au Sénégal. Par cette initiative, le pays entreprend de se mettre au diapason des normes internationales dans la prise en charge de la question de la pollution de l'air.

Ce laboratoire, dont la mise en place a été facilitée par la collaboration entre les ministères de l’Environnement et celui des transports terrestres, permettra en temps réel de connaître le niveau de pollution de l’air par le biais de cinq centres de captages disposés à différents endroits de la ville. Grâce à ces outils de modernisation, il pourra déterminer et cartographier la dispersion des polluants mesurés. Ainsi, le centre sera utile dans l’élaboration d’une politique intégrée de gestion de l'environnement, de la santé et de l'économie. 

Le premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, présent lors de l’inauguration, a déclaré que la création de ce centre répondait à un souci d’anticipation sur les préoccupations en matière de santé des populations, connues de par le monde et engendrées par la pollution de l’air. D’autant plus qu’au Sénégal, la proportion des maladies respiratoires a déjà atteint un niveau élevé, depuis une dizaine d’années – notamment chez les enfants en bas âge – principalement en raison de la dégradation de la qualité de l’air.

Il importe de saluer cette initiative courageuse pour un pays étant inclus dans le cercle des moins avancés (PMA), qui porte le boulet d’une dette extérieure élevée, traverse une crise économique mondiale et sociale sans précédent et où près de 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Car l’État aurait pu faire comme beaucoup de pays africains, c’est-à-dire reléguer au second rang les préoccupations en matière d’environnement en raison de besoins criants tels que l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’électricité et à des logements sociaux.

Mais le gouvernement sénégalais a jugé que les problèmes écologiques étaient tout aussi prioritaires que les problèmes sociaux et d’infrastructures. Il a décidé de hisser la capitale au standard international en matière de gestion de la pollution atmosphérique, à l’instar des grandes villes modernes. Il a choisi de voir à long terme en s’attaquant à la pollution de l’air pour préserver la santé de sa population. Plutôt que de pratiquer la méthode du laisser-aller, le Sénégal admet qu’il faut emprunter la voie de la prévention.

Sage décision quand on sait que la qualité de l’air des centres urbains africains s’est dégradée avec les émissions de l’industrie et du trafic routier qui se sont intensifiées. Le parc automobile, constitué principalement de véhicules d’occasion, ne dispose pas des technologies les plus récentes pour éviter les rejets des composants nocifs. C’est sans compter l’incinération des décharges à ciel ouvert et de la combustion domestique du bois et des déchets agricoles dont les polluants rejetés, comme le dioxyde de soufre ou la dioxine, causent dea infections respiratoires,de l’asthme ou encore de cancers du poumon.

En effet, la pollution atmosphérique est sournoise. Les maladies pulmonaires ne sont pas visibles, mais sont belles et bien meurtrières. Selon des chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre annuel de décès dû à la pollution de l’air est estimé à 350 000 en Europe, et à 1 300 000 dans le monde. Près de 2 000 000 d’enfants de moins de 5 ans meurent chaque année d’infections respiratoires aiguës aggravées par des risques environnementaux, comme la pollution à l’intérieur des habitations. Sans compter son impact négatif sur le climat.

Bref, le Sénégal est un modèle à suivre et incitera, on l’espère, d’autres pays, du continent ou d’ailleurs, à emboîter le pas pour le bien-être de tous et de Dame Nature. C’est également une belle leçon pour certains pays industrialisés comme le Canada, entre autres, dont le gouvernement se cache derrière des raisons économiques pour éviter d’affronter le problème de la pollution de l’air. Tout est une question de volonté, n’est-ce pas M. Harper?

Marie-Claude Fafard

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