Le "Fonds vert" à la rescousse de "Copenhague"

Envoyer Imprimer PDF

Marie-Claude FafardMarie-Claude Fafard -  Lors du Sommet de Copenhague, plusieurs délégations revendiquaient notamment la création d’un fonds mondial de solidarité afin que les pays du Sud puissent faire face à l’impact du changement climatique. Les pays riches, qui sont en grande partie responsables de l’amplification du changement climatique, en seraient les pourvoyeurs. Hormis la Chine et l’Inde, les pays en voie de développement sont ceux qui contribuent le moins aux émissions de dioxyde de carbone (CO2) à l’échelle planétaire contrairement à leurs confrères industrialisés, mais ce sont eux qui écopent le plus. L’Afrique, en particulier, est la région qui contribue le moins au changement climatique, mais qui sera incontestablement la plus touchée, affirme l’Africa Progress Panel dans son rapport annuel de 2009.

Or, le groupe des pays industrialisés a tenté d’imposer un accord passant sous silence cette revendication. L’engagement a été fixé à 10 G$ par an.

Voilà que le directeur exécutif du Fonds Monétaire International (FMI), Dominique Strauss-Khan, en tournée en Afrique, a proposé lors de son passage au Kenya, la création d’un « fonds vert » qui va plus loin que la piètre entente de Copenhague. Celui-ci serait capable de lever 100 G$ par an jusqu’en 2020. Il servirait notamment à aider les pays en voie de développement à investir contre le réchauffement climatique et à s’adapter à ses conséquences.

Son financement reposerait en partie sur les droits de tirage spéciaux (DTS), l'unité de compte du FMI créé en 1969, qui équivalent aux quotes-parts des pays membres déterminées par rapport à son activité économique nationale. Cette idée avait déjà été proposée par le président du Soros Fund Management et de l'Open Society Institute, George Soros (La libre Belgique, décembre 2009). À l’automne 2009, le FMI a distribué aux pays membres des DTS pour une valeur de 283 G$. Sur ce montant, affirme-t-il, plus de 150 G$ ont été alloués aux quinze économies les plus avancées. Ces DTS dormiront pour l’essentiel dans les coffres des avoirs de réserves de ces pays qui n’en ont que trop peu besoin. En résumé, les gouvernements des économies avancées n’auront pas à puiser à même leur budget national.

Enfin une initiative qui sort de l’obsession des marchés carbone. Prenez le MDP (Mécanisme de développement propre) élaboré lors du Protocole de Kyoto. Il consiste en ce que les pays industrialisés paient la note pour des projets qui réduisent ou évitent des émissions dans des nations moins nanties -- et bénéficient en retour de crédits pouvant être utilisés pour atteindre leurs propres objectifs d’émissions.

Si la forme est louable, c’est le fond qui est discutable. Ainsi, les pays riches industrialisés qui continuent de souiller l’air de leurs tonnes d’émissions de CO2 détiennent un «bon de pollution» et se déculpabilisent d’être en partie responsable des sécheresses, des hausses de cyclone et des cancers de peau de population déjà aux prises avec des problèmes de famine, d’approvisionnement en eau et de maladies. De plus, ces investissements incluent des dispositions pour soutenir des réductions dans des pays aux émissions de CO2 déjà faibles par rapport aux leurs…

Du fait que l’atmosphère se porte mieux peu importe où les réductions ont lieu, je suis en accord avec le principe que tant qu’à développer des infrastructures, des entreprises et autres projets contribuant à améliorer le sort d’un pays en développement, aussi bien démarrer avec des bases écologiques et dans un esprit de développement durable. Mais charité bien ordonnée commence par soi-même !

Et c’est comme si les fumeurs dédommageaient les non-fumeurs en raison de la fumée secondaire qu’ils engendrent. Or, la vie des fumeurs est tout de même menacée par un éventuel cancer… Pour le bien de tous, n’est-il pas mieux de cesser de fumer, point?

Selon les conclusions d’un récent rapport effectué pour la campagne Demand Climate Change, les «échanges de quotas de carbone ne permettent pas d’atteindre les réductions urgentes et nécessaires des émissions pour empêcher un changement climatique catastrophique, ils ne parviennent pas à développer les incitations promises en matière d’investissement dans les nouvelles technologies à faible émission de carbone (…). Les systèmes d'échange de quotas de carbone reposent sur la compensation, un mécanisme controversé, inefficace et de plus en plus discrédité.»

Bref, les échanges de quotas de carbone constituent une diversion par rapport à l’absence de mesures prises par les pays développés afin de prendre de front le problème du réchauffement climatique et ainsi servir d’exemple aux pays en développement. La pollution n’est pas une monnaie d’échange ; l’avenir de la Terre n’est pas une partie de Monopoly. Et en bout de ligne, c’est l’humanité entière qui est perdante.

Marie-Claude Fafard

Le


Les articles suivants pourraient aussi vous intéresser:


 
 
 
 

AE ENTREPRISE

AEInc_logo11

Afrique Expansion Inc.

Créée en 1995, Afrique Expansion Inc. est une firme de consultants en communication et développement international dont la mission est de promouvoir les relations et les partenariats d’affaires entre les entreprises canadiennes et africaines.

+ Plus d'info...

AE MAGAZINE

AEmag_logo11

Afrique Expansion Magazine


Depuis 12 ans, Afrique Expansion Magazine est une revue internationale des affaires qui fait la promotion des échanges commerciaux et des partenariats d’affaires entre l’Afrique et les Amériques...

+ Plus d'info...

FORUM AFRICA

ForumAfrica_logo11

Forum Africa


Rendez-vous d’affaires Organisé par Afrique Expansion Magazine. Il réunit des entrepreneurs, personnalités politiques et dirigeants d’organismes publics et privés...

+ Plus d'info...

Contact

Afrique Expansion Magazine.
Revue des affaires et des partenariats Nord-Sud
Une publication du groupe Geramcommunications

  • Tel: +1 (514) 393-8059
  • Fax: +1 (514) 393-9024
  • Équipe

aem39small