
Marie-Claude Fafard - La Société de gestion des déchets nucléaires du Canada (SGDN), fondée en 2002, mène une consultation pancanadienne pour trouver une communauté qui servira ni plus ni moins de « dépotoir » à déchets nucléaires radioactifs produits depuis un demi-siècle au Canada. Elle a notamment tenu en août dernier des consultations à Montréal, Trois-Rivières et Québec.
Selon le quotidien La Presse, la Société fédérale, qui inclut tous les producteurs nucléaires, est à la recherche du site idéal pour enfouir dans les entrailles du Bouclier canadien les quelque deux millions de grappes d’uranium usées. Le Québec, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, où se concentrent les centrales nucléaires au Canada, ainsi que la Saskatchewan, sont les provinces ciblées. Coût estimé du projet : quelque 20 milliards de dollars.
Ce qui est le plus alarmant, c’est que plusieurs municipalités canadiennes auraient manifesté de l’intérêt, alléchées par les promesses de création d’emploi et un certain dédommagement financier. Les candidatures doivent être reçues d’ici 2012. Dossier à suivre…
À l’heure donc où le gouvernement fédéral se creuse la tête pour enfouir ces déchets radioactifs, hautement toxiques doit-on le rappeler, il souffle sur le Québec un vent de relance de l’énergie nucléaire.
À Sept-Îles (ma ville natale adorée!), l’entreprise Terra Venture voulait aller de l’avant avec un projet de mine d’uranium à l’intérieur des limites de la municipalité. Cependant, elle s’est heurtée en 2009 à l’opposition de milliers de citoyens et d’une trentaine de médecins de la région qui craignaient la contamination de l’eau et l’exposition au radon libéré dans l’air lors de l’extraction du minéral.
Voilà que cette année, Uracan Resources, entreprise de Vancouver exploitant l’uranium sur la Côte-Nord, est revenu à la charge. La société qui a embauché une firme de relations publiques pour l’aider à gagner la faveur du public a convié en juin les membres des médias à une visite de son site d’exploration uranifère situé à l’est de Havre-Saint-Pierre, en Minganie. Son opération charme s’est également poursuivie en août dernier alors qu’elle présentait une conférence la Tribune de la presse du Parlement de Québec intitulée « Démystifier les mythes de l’industrie de l’uranium »…
Toujours en août 2010, Hydro-Québec a annoncé son intention de rajeunir les installations de la centrale Gentilly-2 de Bécancour. Pour la modique (!) somme de 1,9 milliard, le plan est de reconstruire en entier le réacteur de la centrale. Ce montant n’inclut pas le déclassement et la décontamination de la centrale au terme de sa durée de vie prévue pour 2040.
Petit rappel historique du nucléaire au Québec. La centrale expérimentale de Gentilly-1, située près de Bécancour et lancée en novembre 1970, n’aura fonctionné qu’environ 200 jours, et ce, de façon irrégulière. Et elle sera mise hors service dans les années 1980. Quant à Gentilly-2, qui a vu le jour en 1973, elle produit de l’électricité à des coûts supérieurs au prix de vente. Les coûts de sa construction, estimés à l’origine à moins de 400 millions $, ont été presque quatre fois plus élevés que prévu et il en a résulté des pertes accumulées d’au moins un milliard $. Le projet de Gentilly-3 a ensuite été approuvé. Mais le Parti Québécois, élu en 1976, décrète un moratoire trois ans plus tard pour freiner la construction de nouvelles centrales nucléaires au Québec. À l’époque, la société d’Hydro-Québec ambitionnait de construire jusqu’à trente centrales nucléaires sur les rives du fleuve St-Laurent. Finalement, Gentilly-3 ne verra jamais le jour.
Le moratoire sur construction de centrales nucléaires est maintenant échu et n’a pas été renouvelé. En décembre 2009, le gouvernement Charest a déposé son projet de réforme de la Loi sur les mines, qui n’impose aucun moratoire sur l’exploitation de l’uranium au Québec, contrairement à d’autres provinces comme la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse. Ainsi, la porte au développement de l’énergie nucléaire dans la Belle province est grande ouverte.
Et malgré une pétition de 14 000 signataires demandant un moratoire sur les mines d’uranium avec l’appui de 193 municipalités, le gouvernement du Québec, au printemps 2010, a affirmé que ni l’exploration ni l’exploitation d’uranium ne présentent un danger sur l’environnement ou sur la santé, si elles sont effectuées selon les normes en vigueur.
Pourtant, si l’on se fie à plusieurs études, les populations ont raison de dire non! Parmi celles-ci, mentionnons une étude américaine indépendante déposée en commission parlementaire par le député de Québec solidaire, Amir Khadir, qui avance que l’exposition au radon, très présent dans les opérations d’exploration et d’extraction d’uranium, comporte jusqu’à trois fois plus de risque de cancer que l’exposition à la fumée secondaire de cigarettes.
Il est en effet difficile de comprendre pourquoi le gouvernement québécois souhaite emprunter cette avenue. Pourquoi dépenser des milliards de dollars dans une énergie qui produit des déchets radioactifs dangereux pendant des milliers d’années, même enfouis sous terre ou sous mer (imaginez les archéologues de l’an 3010 qui tomberont sur ces vestiges de leurs ancêtres) ? Nous avons déjà des barrages hydroélectriques efficaces qui émettent très peu de pollution (même s’ils perturbent le paysage naturel, mais ceci est un autre débat), sans compter le vent et le soleil comme source potentielle énergétique viable et propre.
L’énergie nucléaire est extrêmement polluante, expose dangereusement la population au rayonnement, détériore l’environnement et génère en plus une quantité significative de gaz à effet de serre. Ajoutez à cette soupe toxique le risque d’accidents dans l’industrie. Selon les chiffres publiés par les concepteurs du CANDU, réacteurs de Gentilly-2 (de même type soit dit en passant que celui accidenté de Tchernobyl), la probabilité d’une rupture de tube dans le coeur du réacteur dépasse 25 % sur une durée de vie présumée de 30 ans. La catastrophe en terre soviétique survenue le 26 avril 1986 n’est-elle pas suffisamment dissuasive? Elle a fait des milliers de morts et aurait coûté 16 milliards $ à l’économie soviétique. Et comme une image vaut mille mots, voici un lien qui en dit long… (http://www.dissident-media.org/infonucleaire/special_tcherno.html
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