Dans un pays qui peine réellement à se défaire des habitudes de l’apartheid, l’éducation est le principal moyen pour plusieurs familles de tenter d’échapper à la pauvreté. Mais l’alphabétisation à elle seule ne suffit pas à redonner espoir. Les autorités s’échinent donc à offrir un accès scolaire libre et gratuit à tous les Sud-africains. Ce qui n’est qu’une partie de la solution, car l’instruction doit déboucher sur de réelles perspectives d’avenir.
Néanmoins, de très nombreux membres de la communauté noire, principalement touchée par la pauvreté et le chômage, tablent encore sur l’éducation comme porte de sortie. Pour répondre à la forte impatience des uns et des autres, une Commission dirigée par l’ancien ministre des Finances sud-africain Trevor Manuel a remis en début d’année un rapport au président Jacob Zuma, et dont les recommandations visent à éradiquer la pauvreté dans le pays d’ici 2030, en créant notamment 11 millions d’emplois. Aujourd’hui, peut-on lire dans le document, très peu de Sud-africains ont un travail et la plupart des Noirs n’ont pas accès à une éducation de qualité.
Pour offrir la possibilité de sortir du cercle de la misère, les axes suivants ont été identifiés par les autorités publiques : réformer l'éducation de base au primaire et mieux former les enseignants, favoriser la formation liée à l'emploi ainsi que l’accès à l’enseignement supérieur. Parce qu’en termes bruts, l’Afrique du sud semble plutôt faire bonne figure. Le taux d’alphabétisation des adultes est de 89% et celui de la scolarisation au primaire de 90%, selon les derniers chiffres de l’UNICEF.
Mais l’éducation en Afrique du sud ne concerne pas que les seuls éducateurs, elle s’adresse même prioritairement aux gens d’affaires et au milieu industriel. Premiers secteurs pourvoyeurs d’emploi, on y claironnait bien avant la fin de l’Apartheid que « le frein majeur à la croissance économique du pays est le déficit en main-d’œuvre qualifiée, le remède ne pouvant se trouver que dans une politique délibérée d’élévation du niveau de formation générale et professionnelle de la masse de la population, donc avant tout des Noirs et « populations de couleur » dont une bonne part est constituée de ruraux analphabètes ».
Aujourd’hui, l’éducation représente le premier poste budgétaire de Pretoria. Mais même avec 6,1% du PIB, le gouvernement n’arrive toujours pas à réduire les disparités entre les différentes régions du pays et les systèmes public et privé. Ce dernier draine toujours l’excellence scolaire avec 4% des élèves seulement. Dans le dernier budget, plusieurs initiatives ont été prises en prévision d’une relance globale de l’économie et une réduction significative du chômage. À cet effet, le président Zuma a donné un mandat « clair et historique » pour écrire une « nouvelle histoire de l’Afrique du sud » en s’appuyant sur le « comment travailler ensemble, comment réduire le chômage, et comment réduire l’inégalité économique et la pauvreté ».
Les analystes indiquaient par ailleurs que « le faible niveau d’éducation et les abandons de scolarité par une catégorie de plus en plus importante et plus en plus marginalisée ne devaient plus être sous-estimés comme créateurs de malaise social. Le budget 2012 a donc prévu une augmentation de 105 à 122 milliards de rands (12-14,5 milliards $US) pour les allocations et autres dons et soutiens. »
Mais il ne suffit pas d’énoncer des grands principes pour amorcer des changements. La bonne gouvernance est essentielle dans la participation des citoyens à l’effort économique et nécessaire à leur émancipation. Au premier chef de toutes les décisions, les rendre compétents par rapport à un monde, perpétuellement changeant, qui les entoure. Alors que le secteur privé de l’éducation a connu une croissance de 75% au cours des dix dernières années, le secteur public s’écroule. Des chiffres officiels indiquaient récemment que 1 700 écoles n'étaient toujours pas approvisionnées en eau et que 15 000 n'avaient pas de bibliothèque.
Face à ces enjeux, les moins nantis devront en plus composer avec la crise et les incontournables mesures d’austérité qui pénalisent lourdement la création d’emplois dans le secteur public, donc aussi l’éducation. Quant au privé, l’heure est à la rationalisation et les secteurs qui créent réellement des emplois sont de nature très pointus. En attendant, le gouvernement sud-africain essaie de sortir le grand jeu pour rattraper un retard devenu endémique. La quadrature du cercle en quelque sorte.


























