L’Afrique du Sud : Lonmin, de la grève au massacre

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home_20aout12petitLa mine de Marikana en Afrique du Sud, propriété du groupe minier Lonmin, a été le théâtre d’affrontements meurtriers, le 16 août dernier. 34 grévistes sont morts sous les balles de la police et 78 autres blessés.

À la suite à cette fusillade policière, la plus sanglante depuis la fin de l’apartheid, une semaine de deuil national a été décrétée en mémoire des victimes et une commission d’enquête mise sur pied pour faire la lumière. Dix hommes, dont deux policiers, ont également été tués durant les jours précédents dans des affrontements intersyndicaux.

À l’origine de ces violences, le déclenchement d’une grève le 10 août dernier, par des centaines de mineurs. Ces derniers réclament une augmentation substantielle de leurs salaires. Encouragés par le petit syndicat AMCU, née d’une dissidence du puissant syndicat minier sud-africain Union nationale des mineurs (NUM), ils réclament 12 500 rands par mois (un peu plus de 1500 dollars), soit plus qu’un triplement de leurs salaires actuels.

La grève a très vite dégénéré en affrontements violents entre partisans de la NUM et ceux de l’AMCU. Celle-ci est accusée par de nombreux mineurs et responsables syndicaux d’avoir eu parfois recours à l’intimidation lors de sa campagne de recrutement. Tandis que le NUM est, pour sa part, considéré comme l’un des piliers de la confédération syndicale Cosatu, associée au pouvoir au sein du gouvernement.

Quatre jours après le massacre, la société Lonmin, qui gère l’exploitation de cette mine de Marikana, a menacé les mineurs récalcitrants de licenciement avant de se raviser et parler de « mesures disciplinaires ». La direction de la mine a affirmé être « en consultation avec les syndicats », citant seulement le syndicat NUM en précisant que l’AMCU n’était pas impliqué dans ces négociations. « Après des consultations avec plusieurs représentants syndicaux aujourd’hui (lundi), l’entreprise peut annoncer que les mineurs en grève illégale qui n’ont pas repris le travail ce matin ne seront pas licenciés, et qu’il leur a été accordé un jour de plus à la lumière des circonstances actuelles », soulignait le communiqué publié par la société minière qui affirme aussi que « presque un tiers des 28 000 employés ont repris leur poste à la vacation du matin lundi 20 août ».

Par ailleurs, la direction a rejeté la responsabilité des affrontements meurtriers de jeudi sur la police sud-africaine, tout en déplorant les violences. « Il va sans dire que nous déplorons profondément ces décès dans ce qui est clairement une affaire d’ordre public plutôt qu’un conflit de travail », a ainsi souligné le président de Lonmin.

Fondé en 1909 sous le nom de The London and Rhodesian Mining Company, Lonmin est le troisième producteur mondial de platine avec une production de 754 000 onces en 2011, derrière le géant anglo-sud-africain Anglo American et le groupe sud-africain Impala Platinum. Ce groupe minier dont le chiffre d’affaires s’est établi à 1,99 milliard de dollars sur son exercice décalé 2010/2011, a son siège légal à Londres et est coté à la London Stock Exchange. Mais sa base opérationnelle est l’Afrique du Sud, où il a la totalité de ses actifs, notamment dans la mine de Marikana qui représente 96% de sa production annuelle. Lonmin dispose également d’une part de 42,5% dans la mine de Pandora, située dans la même région, qui représente 4% de sa production.

Les mines sud-africaines ont déjà dans le passé, connu à plusieurs reprises des affrontements meurtriers intersyndicaux de ce type. Ainsi, en février dernier, deux travailleurs ont été tués dans une mine appartenant à Impala Platinum, durant une longue grève qui a obligé la mine à fermer ses portes pendant plusieurs semaines. Cependant, les affrontements à Marikana sont parmi les plus violents de ces dernières années.

« La situation dans les mines sud-africaines s’est sérieusement détériorée depuis début 2012 (...) et les tensions sociales semblent hors de contrôle », a ainsi indiqué Anne-Laure Tremblay, analyste de BNP Paribas, interrogé par l’Afp. Notons que le secteur minier est le plus grand employeur privé en Afrique du Sud, qui possède l’une des populations actives les plus syndiquées dans le monde.

Par ailleurs, ces tensions qui ont abouti à la mort de 44 Sud-Africains rappellent le fait divers survenu au début de ce mois dans une mine de cuivre du sud de la Zambie où des travailleurs zambiens en colère ont tué un responsable chinois. Signe que ces mines étrangères ainsi installées sur le continent africain sont des véritables bombes à retardement, du fait notamment des conditions de travail très difficiles des mineurs.

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