Francophonie économique : Le poids de la langue

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home_4oct12petitFardeau pour les uns, atout pour les autres, le français comme langue des affaires dispose d’une importance somme toute relative, voire marginale. Cela se vérifie aisément dans les faits. Face à l’anglais, adopté par la quasi-totalité des opérateurs économiques et les nouveaux espaces émergents, la langue de Molière s’efface également de plus en plus devant celle de Cervantès. En effet, la poussée de pays comme le Mexique, l’Argentine et le Chili, en plus de la prospérité affichée par la forte communauté hispanique aux États-Unis, a permis à l’espagnol de s’imposer dans les cercles de décision.

Est-il possible de dire que l’argent « parle » une langue plutôt qu’une autre ? Le sociologue français Pierre Bourdieu avait une fois évoqué le « marché des langues ». Aujourd’hui il est désormais question de la « langue des marchés » parce que la métaphore de Bourdieu exclut un paramètre essentiel. Lorsqu’on parle de marché en économie, il s’agit d’un modèle où interviennent l’offre et la demande pour des biens et des services. Cette rencontre du « donner » et du « recevoir » définit un taux d’équilibre et une quantité échangée. Pour estimer donc la valeur économique d’une langue, on doit s’appuyer sur des faits et ils sont très souvent têtus.

Le poids démographique : En 2011, la francophonie représente 265 millions de locuteurs dans 75 pays, 890 millions d’habitants, soit 12,6 % de la population mondiale et 13 % Produit intérieur brut (PIB).

Le poids (macro) économique : L’espace francophone représente 18,9 % des exportations et 19 % des importations mondiales. Les investissements réalisés par les pays membres de la Francophonie dépassent les 170 milliards $US. Les échanges entre eux représentent 20% du total de leurs échanges commerciaux mondiaux et ils reçoivent 26% du total des investissements directs étrangers mondiaux, soit près de 180 milliards $US.

Pourquoi la francophonie, malgré ces chiffres, a si peu d’importance dans l’espace économique mondial ? La réponse se trouve davantage du côté des sociologues que des économistes. L’universitaire suisse Stéphane Garelli nous apprend que « la suprématie de l’anglais vient des deux puissances universelles qui se sont succédé : la Grande-Bretagne et les États-Unis. Après la puissance militaire et économique (les grandes entreprises parlent anglais), la puissance technologique prend le relais. Les ordinateurs parlent anglais, comme majoritairement internet ou la science en général. » Abondant dans le même sens, le Français Claude Hagège, linguiste et professeur honoraire au Collège de France précise qu’à l’époque des années 50, «  les États-Unis victorieux, ayant sauvé l’Europe du danger nazi, étaient en pleine puissance, donc en pleine certitude que leur culture, leur mode de vie, la fameuse American way of life, devait se répandre dans le monde entier. Ils ont beaucoup changé, du fait de leurs problèmes économiques importants et de leur relatif déclin. Aujourd’hui, le paradoxe est que l’américanisation, la promotion de l’anglais est prise en charge par d’autres que les Américains. »

Par exemple, l’anglais est aujourd’hui un support de plus en plus vivant grâce à son maintien par les nouvelles puissances économiques. Au sein des BRICS par exemple, c’est la principale langue de communication malgré la Chine et l’Inde qui disposent d’un bassin plus important de locuteurs « autres ». Les BRICS utilisent tout simplement les positions dominantes de l’anglais pour le porter encore plus et en assurer, indirectement, la diffusion.

Bien entendu, la position mono linguistique d’un secteur comme celui des affaires ne se modifie que lorsque les forces dominantes changent. Des efforts sont faits au sein du Forum francophone des affaires et au sein de l’Assemblée des parlementaires de la francophonie, mais pour quels résultats ? En attendant d’arriver à des résultats tangibles, des piliers de la francophonie africaine comme le Gabon lorgnent du côté du Commonwealth. Pas plus tard que cette semaine, le président Ali Bongo a déclaré à ce sujet que  « si l’expérience rwandaise est concluante, pourquoi nous ne nous inspirions pas d’une telle expérience ». Mode passagère ? C’est plutôt le simple réalisme d’un chef d’État qui a juré de mettre son pays sur la voie de l’émergence économique en revisitant des fondements politiques surannés.

Le français comme langue de la diplomatie, de la science et … des affaires ce n’est donc peut-être pas pour bientôt. Si au-delà de la simple affection pour une langue les membres de la francophonie ne font aucun effort pour changer la donne, notamment à travers les industries culturelles, ce mouvement gardera un simple accent folklorique dont plusieurs auront vite fait de se débarrasser.

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