Le développement de l’Afrique : au-delà du modèle occidental

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Serge TchahaSerge Tchaha - Il s’est déroulé, le 4 septembre dernier, dans la Ville de Québec, un colloque sur le cinquantenaire des indépendances africaines. Il a débuté par un brillant exposé du professeur de philosophie Joseph Djossou sur les promesses non tenues de l’école au Dahomey-Bénin. Il s’en est suivi un enrichissant débat avec l’assistance.

L’après-midi a été consacré à une table ronde qui était sous le thème : « Au-delà du modèle occidental, quelles autres sources d’inspiration pour l’Afrique? Analyse comparative des processus (Exemple en Asie, Amérique latine et Québec) ».

Animé par le professeur en Sciences politiques Cheikh Ndiaye, la table était composée de Jean-Christian Pleau (Professeur, Études littéraires, Université du Québec à Montréal), Lota D. Tamini, (Professeur adjoint, Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation, Université Laval) et Zhan Su (Professeur de stratégie et de management international, Université Laval).

M. Tamini a donné quelques éclairages sur l’Amérique latine et a indiqué qu’en Amérique latine, plusieurs pays contrairement à des pays africains avaient eu l’intelligence d’éviter la construction d’économie de rente. Ils ont misé sur la diversification économique.

De son côté, l’historien des idées Jean-Christian Pleau a montré comment la société québécoise pour se développer a marié à la fois le culturel et l’économique. Il rejoint ainsi Cyrille D’Almeida qui est l’un des organisateurs de ce colloque. M. D’Almeida pense que toute la société doit être mobilisée pour la réalisation du développement.   « Il n’y a pas que l’économie! »

C’est peut-être le titulaire de la Chaire Stephen-A.-Jarilowsky en Gestion des Affaires Internationales, le Dr Zhan Su, qui a proposé un modèle structuré qui pourrait inspirer les dirigeants africains.

D’après ce spécialiste de l’Asie contemporaine, le modèle de développement « asiatique » pourrait être articulé autour de trois éléments.

1. INDUSTRIALISATION. Il est clair pour lui que tant que l’indépendance économique africaine ne sera pas acquise, l’Afrique ne sera pas « réellement indépendante ». Il importe que l’Afrique participe à la division internationale du travail.  Le professeur Su reconnaît quand même que le timing est difficile, car les contraintes (par exemple l’écologie) et la concurrence seront nombreuses.

N’est-ce pas la voie récemment empruntée par le Nigéria qui ambitionne de créer à coup de plusieurs milliards de dollars la plus grande zone franche d’Afrique? Selon la télévision panafricaine AFRICA24, ces investissements seront 60% chinois et 40% nigérians. Cette zone permettra notamment à des entreprises chinoises de délocaliser au Nigéria.

2. LA STRATÉGIE DU  «MONTER EN GAMME». L’avance des pays occidentaux et même des BRIC – n’oublions pas que l’Inde est un des premiers leaders mondiaux du logiciel et le Brésil, un champion de l’agroalimentaire et du domaine l’aviation avec EMBRAER – commande que les pays africains apprennent! Mais il faut que les stratèges africains pensent et se disent que leur vocation, c’est de contrôler toute la chaîne de production et non pas uniquement les étapes à plus faible valeur ajoutée. Le fait d’encourager la formation de coentreprises, de négocier des transferts de technologies fait sans doute partie des éléments à inclure dans cette stratégie.

3.  LA NÉCESSITÉ DE « L’ÉTAT PRO ». L’émergence des pays asiatiques a aussi été, tout comme dans certains pays d’Amérique latine, comme l’indiquait M. Tamini, sur un État impliqué. Notre analyse, c’est que d’une certaine façon le « Consensus de Washington » n’est pas célébré. Pour le Dr Su, « L’ÉTAT-PRO » se décline comme suit :

  • État programmeur : Les États africains doivent être animés par une volonté de travailler sur le long terme.
  • État protecteur : Les États africains doivent protéger les industries naissantes sans trop piétiner les règles de l’Organisation mondiale du commerce.
  • État promoteur : Les États africains doivent accompagner leurs entreprises sur les marchés internationaux. L’exemple d’Équipe Canada inc. a été souligné. Selon le Ministère du Patrimoine canadien : «Équipe Canada inc est un partenariat des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ayant pour but d'aider les entreprises canadiennes à prospérer sur les marchés mondiaux.»
  • État producteur : Les États doivent investir les secteurs nécessitant de très lourds investissements, car bien souvent, peu d’entrepreneurs ont les moyens de mobiliser les ressources financières nécessaires.

L’apport de l’Afrique du Sud et du Nigéria ?

D’ici 2050, l’Afrique comptera près de deux milliards d’habitants. Elle sera le plus grand marché du monde. Il nous semble que les deux principaux géants économiques de l’Afrique noire devront se définir un rôle à jouer pour l’émergence et la préservation d’un modèle africain. Rappelons que le Nigéria avec ces 150 millions d’habitants a généré une richesse équivalente, en 2009, environ 175 milliards de dollars (CIA Factbook, 2010) et l’Afrique du Sud, de son côté, a réalisé un PIB de 287.2 milliards de dollars (CIA Factbook, 2010).

Pour la protection de certaines industries, il va de soi qu’il faudra un minimum de concertation entre les différents pays. Ces deux pays ne peuvent-ils pas être prendre l’initiative à ce niveau?

Le Nigéria, qui abritera quelque 250-300 millions d’habitants d’ici quelques décennies, ne peut-il pas être un consommateur du MADE IN NIGERIA, mais aussi du MADE IN AFRICA?

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