Le chômage des jeunes en Afrique : l’entrepreneuriat, une partie de la solution ?

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Elles ont surgi de toute part. Il y a eu moult éléments qui m’ont poussé à faire ce papier. Naturellement, s’intéresser à l’économie mondialisée, on est fasciné par les changements démographiques qui vont s’opérer dans les pays occidentaux, les pays développés. En effet, la population et la main d’œuvre va y vieillir de manière sensible. Les prévisionnistes estiment que l’Inde devrait poursuivre sa croissance démographique et passer devant la Chine et donc s’établira comme pays le plus populeux au monde. L’Afrique, de son côté, n’est pas en reste ! Avec 1,1 milliard d’hommes et de femmes en âge de travailler, elle sera avec l’Inde justement, le principal fournisseur de force de travail au monde.

Colossaux bouleversements dans le monde travail

Ce n’est pas tout. Il y a d’autres faits qui poussent à réfléchir. Le célèbre Mc Kinsey a publié dernièrement un document intitulé : The World at Work : Jobs, pay and skills for 3.5 billion people.

On y recueille des informations on ne peut plus intéressantes. Par exemple, entre 1980 et 2010, il s’est créé 1,1 milliard d’emplois qui n’étaient pas liés à l’agriculture. De manière générale, l’on est passé de 1,2 à 2,9 milliards de travailleurs durant la même période. Au cours de la dernière décennie, la Chine a augmenté de 121 millions le nombre d’emplois n’étant pas liés à l’agriculture. Il s’agissait essentiellement d’emplois dans les secteurs des services et de l’industrie. 80 millions de ceux qui occupaient ces postes ont quitté des métiers agricoles à basse productivité. Du côté de l’Inde, on parle de la création, entre 2000 et 2010, de 67 millions d’emplois non-agricoles.

Transformer la jeunesse africaine…

Ces mutations ne peuvent que nous interpeller car si l’Afrique n’est pas un seul pays, sa taille démographique et l’extrême jeunesse de sa population – 50% de la population a moins de 25 ans – nous font penser qu’elle pourrait suivre les pas des géants chinois et indien.

Mais l’Afrique doit s’y préparer avec le plus grand soin. Ce d’autant plus que les changements du monde et l’accélération de l’histoire font qu’il n’y aura pas beaucoup de temps pour l’hésitation.

Demain, quand se trouvera chez elle la main d’œuvre la moins chère disponible, ne deviendra-t-elle pas le ou un nouvel atelier mondial ? Il faut se souvenir à ce propos que l’ancien président de la Banque Mondiale avait déjà soutenu l’idée que la Chine devrait « transférer » des emplois en Afrique.

Bien sûr il y a le problème de la formation. Invité à Montréal le 22 septembre dernier, le géopolitologue camerounais Jean-Paul Pougala le rappelait pour le dénoncer avec vigueur. Dans les pays africains, en tout cas, une grande partie d’entre eux, alors que leur économie est essentiellement agricole, n’ont pas de lycées agricoles. Il déplorait qu’il faille aller à l’université pour embrasser une filière qui vous aide à embrasser une expertise reliée à ce secteur d’activités.

Son propos fait écho à une préoccupation déjà exprimée par nombre d’experts comme en témoigne cette image extraite d’un rapport sur l’emploi des jeunes en Afrique du Nord. (Voir en particulier piste 2)

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Crédits : http://www.africaneconomicoutlook.org

Tout ceci est complété à mon sens par une intervention de l’ancien directeur général du FMI, Dominique Strauss Khan. S’exprimant dans le journal marocain L’Économiste, il avançait ceci : « L’émergence des économies dépend justement de leur intérêt pour l’éducation. Il n’y a qu’à voir les universités de Sao Polo ou de Shanghai…. Et on ne peut pas développer un enseignement supérieur, s’il n’existe pas de soubassement. Or, l’analphabétisme est beaucoup trop fort au Maroc, en particulier dans les zones rurales. Et c’est malheureusement le terreau sur lequel est construit le reste et donc l’enseignement supérieur. »

… en une chance

Au total donc, l’Afrique pourrait bénéficier d’un dividende démographique mais il faut qu’elle s’y prépare convenablement. Il lui faudra des ressources humaines excellemment formées pour répondre aux défis de demain.

LE CHIFFRE

On estime entre 7 et 10 millions le nombre de jeunes africains qui entrent chaque année sur le marché du travail et seuls 15% parviennent à trouver un emploi.

Mais au-delà de la recherche d’emploi, au-delà du poste d’employé, le poste d’employeur, d’entrepreneur, de créateur de richesse doit être promu. Il faut encourager chez les jeunes l’esprit d’entreprise. Il faudra qu’en Afrique, il y ait une masse critique d’entrepreneurs, de chefs d’entreprises. L’État ne peut pas « tout », aurait peut-être clamé l’ancien premier ministre socialiste, Lionel Jospin. Ce sont les acteurs privés qui sont les moteurs de l’embauche et de la croissance économique.

Au Cameroun (20 millions d’habitants), il y aurait 93 000 entreprises et la France (60 millions) compterait plus de 3  millions d’entreprises. Chacun peut mesurer le fossé qui sépare les deux. L’entrepreneuriat auprès des jeunes me semble être une importante clé à utiliser pour conjurer le chômage.

Et ce ne sera pas simple pour au moins trois raisons. Le financement n’est pas aisé à trouver, de façon générale. Et combien de fois ce le sera pour un jeune qui n’a pas toujours les garanties qu’il faut déposer pour ce type d’opérations ? Les modèles sont ici essentiels. Car s’il est une chose dont je suis convaincu, c’est que les modèles d’entrepreneurs qui ont réussi, influencent énormément l’entrepreneur en devenir. Aussi suis-je formel, si nombre de jeunes avec un parcours limpide réussissent à prospérer, cela incitera de très nombreux autres à se lancer dans le bain. Ils penseront : puisque l’autre a réussi, moi aussi, je le pourrais. Finalement, l’entreprenariat importe aussi car il faudra bien que nous soyons à même de défendre nos intérêts économiques fassent aux géants du Nouveau Monde, comment le faire sans de brillants entrepreneurs ?

Tout cela permet de voir aisément que le travail ne sera pas facile et qu’afin de ne pas se louper, comme on dit au Québec, il fallait livrer hier !   

serge_tchaha Serge Tchaha

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