C’est un truisme que de l’affirmer, mais cela ne diminue pas pour autant son importance : Internet a complètement changé nos vies. Le Web a modifié notre rapport au savoir, à la géographie. Internet a été un formidable accélérateur de la mondialisation. Exemple : après qu’une catastrophe naturelle se soit produite au Japon, l’information se répand à la vitesse de la lumière; aussi, via Twitter ou Facebook, juste quelques minutes après l’évènement, découvre-t-on la nouvelle tant au quartier Nzeng-ayong de Libreville (Gabon) qu’à Dubaï ou encore à Caracas.
Bref, il est loin, le temps où, comme le narrait le célèbre journaliste québécois Pierre Bruno, les médias s’inquiétaient de leur capacité à pouvoir couvrir dans les heures qui suivaient (images à l’appui) un évènement qui s’était produit hors de leur zone géographique immédiate. Nous sommes résolument à l’heure et à l’ère du village global. Les spectateurs, auditeurs et lecteurs réclament l’immédiateté, l’instantanéité.
Entre ses tout débuts et aujourd’hui, force est de constater que les techniques pour la transmission de l’information se sont modifiées. Au-delà de l’écrit, il y a de plus en plus de l’audio et de la vidéo. Concernant la publication de documents vidéo, il me semble que la date du 9 octobre 2006 est primordiale. Il s’agit de la vente du site de partage de vidéos Youtube à Google.
Vu d’Afrique, quelles perspectives ?
Je dois confesser mon goût immodéré pour Beyoncé, j’aime par-dessus tout commencer ma journée avec sa chanson I was here; de son côté, Charlotte Dipanda a une voix si envoûtante et dégage une telle douceur, que l’on est obligé de la laisser dominer nos coeurs et nos âmes quand l’on écoute Coucou; mais, à la vérité, c’est le duo de jumeaux P-Square qui m’a suggéré l’idée. J’ai été amené, regardant leur clip vidéo sur Youtube, à m’interroger : Et si… Et si l’Afrique avait déjà 50% de taux de pénétration d’Internet : combien de millions de personnes, en plus, l’auraient regardé ? Et si l’Afrique comptait déjà 500 millions d’internautes : en combien de jours, le featuring P-Square et Rick Ross ou P-Square et Akon aurait atteint son premier million de visionnements ou ses dix premiers millions ?
Ces questions laissent donc entrevoir le vaste potentiel qui existe, au niveau de l’Afrique, dans le champ de la vidéo sur Internet et plus largement dans celui des Web TV. Et les perspectives à ce niveau me semblent plutôt très positives. Premièrement, le déploiement de la fibre optique sur le continent est de nature à favoriser une plus grande consommation de vidéos. La 3G devrait également se démocratiser davantage. La plus grande disponibilité de smartphones – généralement équipés de caméras – et l’amélioration de leur performance à venir ainsi que la plus grande accessibilité des tablettes à prévoir laissent penser que même sous forme amateur, les Africains se frotteront encore plus à l’exercice de fabriquer des vidéos. Et naturellement, ils désireront les voir, se voir. Les internautes africains comme tous les autres internautes, aiment l’instantanéité, l’immédiateté, « le tout, tout de suite ! », ils regarderont les Web TV qui seront à même de diffuser en direct telle conférence qui se passe à Montréal ou veilleront pour suivre en streaming le dévoilement de Miss Burkina USA.
Ça a déjà commencé !
Mon propos est loin d’être chimérique car plusieurs projets sont portés par des gens que l’on pourrait, à tout le moins au Canada, qualifier de pionniers africains dans le domaine de la Web TV.
Il y a par exemple Njangui TV ou B24 TV qui ont été lancées au Canada il y a moins de 18 mois. C’est par contre, signalons-le, leurs tout premiers balbutiements. Mais qu’importe, ils disent quelque chose sur une tendance qui, de mon point de vue, va se raffermir, bonifier et exploser.
N’oublions pas que par nature, l’homme aspire à améliorer les conditions dans lesquelles il vit. Il ne cesse de tâcher de découvrir comment être moins malade, comment prolonger sa vie terrestre, etc. Internet n’y échappe pas, le consommateur africain veut y vivre des expériences sans cesse plus enrichissantes. Demain, beaucoup plus qu’aujourd’hui, vu les avancées que l’on peut prophétiser, il voudra être à même non seulement d’apprendre la nouvelle sur Facebook ou Twitter, mais il désirera aussi voir l’évènement en direct, il voudra depuis Nouakchott, être de l’activité qui se déroule à Séoul ou à Sydney.
Mais ne pourraient-ils pas aussi utiliser le pouvoir de la Web TV pour communiquer l’image d’une autre Afrique ? Vu que le coût de production et les potentialités pour créer du buzz, sont de loin supérieurs aux coûts nécessaires pour faire de la télévision conventionnelle, on peut penser que la Web TV connaîtra un essor certain au cours des prochaines années. Du coup, la capacité de l’Afrique à se montrer elle-même autrement sera plus grande car elle aura davantage de possibilités de création.
Son branding pourrait aussi être amélioré car un accroissement exponentiel du nombre d’internautes, conduira à l’explosion du nombre d’e-consommateurs. Avec de la créativité, l’Afrique pourrait aider à bâtir des entreprises de commerce électronique de taille respectable. Safaricom, l’entreprise de téléphonie qui a développé le SMS banking au Kenya, a révolutionné les façons de transférer l’argent. Au Cameroun, l’on est désormais capable de payer sa facture de téléphone avec un SMS. Demain, Internet aidera les Africains sur le continent à définir de nouvelles modalités d’achat et contribuera à lui donner une image de modernité et d’innovation via les entreprises qui sauront créer les services nécessaires pour ces mises en œuvre.
Mon ami journaliste Cyrille Ékwalla me confiait : « Internet n’est pas un sous-média ! » Et si les Africains décidaient de manier cet outil comme un élément pouvant leur donner la liberté de se montrer eux-mêmes, dans toute leur splendeur, leur branding n’en sortirait-il pas bonifié ?
On peut répondre que oui ! D’ailleurs, les dames Andrea Bomo et Manuela Ebe ont créé AKOUMA TV qu’elles présentent comme « la première Web TV culturelle panafricaine ». Utiliser le Web pour montrer sa culture et s’affirmer, ne sont-ce pas les prémices d’un changement de paradigme ? N’annoncent-ils pas une volonté de désormais se définir par soi-même ?
Vive les Web TV !
Note : D’après les fondatrices : Akouma signifie "Richesse" en Ewondo, langue bantoue du Cameroun.
Serge Tchaha
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