Comment va l’Afrique centrale ?

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C’était le 28 août 2012, date de l’investiture du nouveau président de la commission de la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CÉMAC); un jour important pour S.E.M. Pierre Moussa, mais autant décisif pour l’ensemble de la CÉMAC car nous sommes définitivement entrés dans une phase critique. Tentons dans ce papier de cerner les enjeux et de souligner, en nous appuyant sur le dernier rapport du FMI sur la CÉMAC, l’un des problèmes majeurs que connaît actuellement la Communauté. Lequel problème pourrait sérieusement freiner son envol économique.

Quelques chiffres-clés

Prenons d’abord le temps de présenter quelques
chiffres-clés qui aident à se forger une idée sur l’économie dans cette partie du monde. Les six pays (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale et Tchad) occupent 3 020 144 millions de km2 et rassemblent plus de 40 millions d’habitants.

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Leur structure économique est très voire trop « hydrocarburée ». Selon le RAPPORT DES SERVICES DU FMI SUR LES POLITIQUES COMMUNES DES PAYS MEMBRES, « Cinq des six pays [de la CÉMAC, ndlr] qui la composent sont producteurs de pétrole ; le pétrole représente 41 % du PIB régional et 86 % des exportations de biens. » Précisons également qu’en 2011, cette union comptait un PIB en parité du pouvoir d’achat s’élevant à quelque 140 milliards de dollars. Par ailleurs, il est ajouté dans le rapport : « La croissance du PIB réel a légèrement diminué pour s'établir à 4, 5 %, du fait d'une baisse de la croissance de la production de pétrole en République du Congo et au Gabon. La croissance du PIB réel hors pétrole a été légèrement inférieure à la moyenne des exportateurs de pétrole d'Afrique subsaharienne (AfSS) tout en dépassant cependant celle de l'Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). »

Défis et enjeux

Dans son discours de prise de fonction, l’ancien ministre d’État du Congo Brazzaville lui-même fixait parmi ses objectifs prioritaires les éléments suivants :

« - consolider les acquis ;

- exécuter le Programme Economique Régional(PER)

- approfondir les reformes en cours ;

- mettre en place les institutions nouvellement créées ;

- booster le financement de la communauté ;

- renforcer la convergence de nos économies

- affermir les libertés de circulation ;

- veiller à l’application des textes communautaires ;

- poursuivre la réalisation des politiques sectorielles communes ;

- rapprocher la communauté des populations ;

- développer la coopération internationale. »

Air Cémac est attendu, le rapprochement des Bourses de Douala et Libreville est fortement souhaité… mais dans ce listing, c’est surtout le PER qui nous interpelle. Il faut savoir que le PER qui était censé couvrir la période 2009-2015 constituait la première phase de ce programme visant à faire de la CÉMAC en 2025 « un espace économique intégré émergent, où règnent la sécurité, la solidarité et la bonne gouvernance, au service du développement humain ». Il importe donc d’agir au plus vite car un grand retard a déjà été pris dans la réalisation de ce programme. Or sans la construction des infrastructures qui y sont prévues, l’Afrique centrale et toute l’Afrique d’ailleurs, précisément parce que cette zone est au centre du continent, en pâtiront.

La liberté de circulation est aussi un point d’achoppement extrêmement sensible. En effet, l’on ne saurait parler de communauté sans que l’on ne puisse circuler librement, l’on ne saurait en parler s’il n’y a d’espace commun. D’où l’importance du passeport CÉMAC biométrique qui permet de se rendre dans tous les pays sans besoin de visa, est attendu !


Comment la région CEMAC pourrait pâtir d'un environnement mondial plus fragile

 Les conclusions font ressortir un recul significatif du PIB réel par rapport au scénario de référence. En 2012, la croissance du PIB réel passe de 4,6 % dans le scénario de référence à -0,7% dans le scénario défavorable. Les exportations de biens se contractent d’environ 2 % au lieu d'augmenter de 6, 5 % comme prévu dans le scénario de référence. Dans le domaine budgétaire, les recettes pétrolières diminuent de 1 % en 2012, contre une croissance de 6 % dans le scénario de référence. Par hypothèse, les autorités ne prennent aucune mesure contra-cyclique. Le choc sur les réserves ramène le ratio réserves/importations de 6,4 mois dans le scénario de référence à 6,1 mois dans le scénario défavorable.

 (Extrait d’un encadré | RAPPORT FMI 2012)

Fiabilité des banques

Il souvient à tous et chacun les trésors d’ingénierie qu’ont déployé et déploient toujours les Occidentaux, en particulier les Européens pour sauver leurs entreprises, et particulièrement leurs banques de la faillite. Certaines interventions ont été si spectaculaires que plusieurs ont conclu que l’État devait avoir un rôle éminent dans le capitalisme. L’idée selon laquelle le marché était capable de tout régler, de tout gérer a été battue en brèche. L’ancien Président français, Nicolas Sarkozy, ambitionnait même de moraliser le capitalisme.

Tout ceci pour dire que les banques dans une économie ont un rôle central, une mission prépondérante car elles sont un instrument pour financer l’économie. Qui peut imaginer une économie qui croit fortement et durablement sans un système bancaire qui ait la confiance des opérateurs économiques ? Si les banques sont inefficaces, les entrepreneurs pourront-ils bénéficier de marges de crédit souvent nécessaires pour livrer un marché ? Comment agrandiront-ils leur structure de production s’ils ne peuvent emprunter ?

Le Rapport du FMI l’affirme : « les facteurs de vulnérabilité du secteur financier présentent un autre risque pour les perspectives. Une supervision médiocre et le nombre croissant de banques en difficulté menacent gravement la stabilité financière. Les services du FMI exhortent les autorités à prendre d’urgence des mesures décisives pour préserver la stabilité financière » Il est ainsi aisé de mesurer que les dirigeants de la sous-région doivent urgemment faire preuve d’initiative à ce niveau.

Dans une entrevue accordée à Jeune Afrique, le Président du Gabon, Ali Bongo affirmait :       « notre problème, c'est qu'on ne va jamais au fond des choses pour corriger ce qui doit l'être. Voilà pourquoi nous donnons ce sentiment. Il faut que les réformes aillent jusqu'au bout. C'est ma priorité, alors que mon pays prend la présidence de la Cemac. » Mais cette fois-ci, sera-ce vraiment la bonne ? Espérons que oui car les populations d’Afrique centrale ont marre d’être de si riches pauvres !

serge_tchaha Serge Tchaha

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