Mes collègues ont engagé cette semaine un très intéressant dossier sur le Nigeria, pays que j’aime tant, pour sa grandeur, pour son immense potentiel, mais aussi parce que c’est le pays d’Aliko DANGOTE, qui est sans doute un des meilleurs capitaines d’industrie que l’Afrique ait porté.
À côté de cette nation, il y a la très puissante Afrique du Sud (AFS), qui est la première économie du continent. Elle domine avec ses banques et entreprises les classements à l’échelle continentale; c’est assurément un pays avec lequel il faudra compter quand l’on évoque l’avenir du continent et donc la question de son leadership.Dans cette chronique, je nous propose d’explorer des ressemblances, des différences ainsi que des convergences (?) que l’on peut noter au sein des ces pays situés à l’ouest et au sud du continent.
Des ressemblances
Bien que possédant plusieurs langues officielles, l’Afrique du Sud, a avec le Nigeria au moins en commun l’anglais comme une langue centrale dans l’administration, la pratique des affaires ou le travail. Restant toujours au niveau linguistique, ils ont une très grande diversité ethnolinguistique comme, du reste, dans la vaste majorité des pays africains. Si en Afrique du Sud, l’on retrouve les Zoulou, Xhosa ou Afrikaner, etc., du côté du Nigeria, l’on rencontre aisément les Yoruba, Haoussa ou Ibo, etc.
Sur le plan économique, ces pays sont identiques par leur capacité à abriter des champions de classe internationale. Ce sont deux des rares pays en Afrique où l’on est capable de compter des hommes d’affaires milliardaires en dollars. D’après le classement Forbes 2012, il y aurait 4 Sud-africains détenant au moins un milliard de dollars de fortune contre deux Nigérians. Le premier milliardaire de la Rainbow Nation n’est nul autre que Nicky Oppenheimer avec 6,8 milliards de dollars contre 11,2 pour Aliko Dangote.
Au chapitre de l’industrialisation, les deux pays font honneur à l’Afrique. Les infrastructures world-class de l’AFS lui permettent d’avoir des industries d’avant-garde. Il n’est pas un hasard si les plus grandes entreprises du continent y sont répertoriées. Il suffit de regarder le classement du TOP 500 des entreprises africaines, dressé par Jeune Afrique pour s’en rendre compte. Pour vous donner une idée, hors-mis les deux mastodontes pétroliers SONATRACH (Algérie) et SONANGOL (Angola), dans les 10 premières, il n’y a que des sud-africaines. Le Nigeria n’est pas de la même dimension, mais, il est comme l’AFS une des fiertés de l’Afrique. Ne parlant que du groupe DANGOTE, il me plait de noter que DANGOTE SUGAR produit 1,44 million de tonnes métriques de sucre par an; ce qui fait de cette entreprise la 2e plus grande raffinerie de sucre au monde selon les informations disponibles sur leur site Web.
Un autre point qui les relie est qu’ils sont d’incroyables laboratoires des horizons des possibles en Afrique. De l’AFS, l’intellectuel camerounais Achille Mbembé disait qu’elle est un futur afropolitain. S’exprimant sur jeuneafrique.com, il explicitait : « C'est un pays neuf, mais le système universitaire est comparable à celui des États-Unis. La vie intellectuelle profite d'une relative liberté académique, l'accès à l'information est immédiat et la possibilité d'intervenir dans le champ public par les médias est naturelle. Qui plus est, l'expérience politique et la transition d'une société raciste à une société démocratique ont une portée universelle »
Du Nigeria, de Lagos, en particulier, j’aime à dire que c’est une future ville-pays ! Si l’on sait s’y prendre, cette ville qui pourrait en 2025 flirter avec les 15 millions d’habitants, deviendra une des capitales financières et économiques du continent.
Des différences
Au premier rang des différences entre les deux, il me semble que la stabilité politique apparaît avec une grande facilité. Bien que la fin de l’Apartheid soit récente et que la répartition des terres n’ait pas encore, au sens de plusieurs, atteint des proportions suffisantes, l’AFS est réputée plus stable politiquement que le Nigeria. Rappelons que le pays présidé par Goodluck Jonathan est actuellement en proie avec la secte islamiste Boko Haram, des pertubations récurrentes sont observées dans la zone pétrolière du Delta du Niger et, en sus, il y a des tensions entre le Nord et le Sud du pays qui pourraient se traduire par une implosion.
Deuxièmement, je pense que le soft power les éloigne l’un de l’autre. S’il faut reconnaître qu’avec ses stars de musique (P-Square, D-Banj) et son cinéma – Nollywood qui forme avec Bollywood et Hollywood le trio de tête dans l’industrie cinématographique –, le Nigeria marque des points substantiels dans ce registre, l’AFS, malgré tout, semble se démarquer avantageusement. C’est elle qui est membre des G20, BRICS et IBAS. Les seules trois universités africaines apparaissant dans le Classement de Shangaï sont implantées au pays de Nelson Mandela. L’exploitation du plus grand télescope – SKA– du monde se fera en Australie et en Afrique du Sud. Le premier pays d’Afrique qui a accueilli la Coupe du monde de football, est aussi l’AFS.
Finalement, et à mon sens, c’est un gap structurant car il aidera à expliquer le retournement de situation que l’on pourrait assister à l’avenir. Le Nigeria abrite plus du triple d’habitants que l’AFS. L’un a plus de 160 millions alors que l’autre en a 50. Avec le Nigeria qui croit beaucoup plus vite que son vis-à-vis, l’on pourrait assister dans les 15 ans à un renversement de situation au niveau du leadership économique du continent.
Des convergences (?)
L’Afrique du Sud et le Nigéria sont en concurrence, c’est clair. Le 2e d’aujourd’hui peut devenir le 1er de demain. Le terrain diplomatique l’illustre déjà fort bien, l’on note par exemple que tous deux sont candidats au nom de l’Afrique à un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Cependant, à l’avenir, cela me semble urgent et impératif, l’AFS et le Nigeria devront savoir s’allier, c’est évident que pour leurs intérêts propres mais aussi pour ceux de toute l’Afrique qu’ils seront appelés à représenter, ces deux pays devront savoir converger et entraîner les autres dans leur sillage. Car à horizon prévisible, beaucoup s’accorderont à dire que pendant longtemps encore, pour que l’Afrique ait une voix qui porte, il lui faudra être unie !


















Serge Tchaha 




