L’Afrique a connu depuis plus d’une dizaine d’années un taux de croissance moyen tournant autour de 5%; il y a des hommes d’affaires comme Mike Adenuga, Nicky Oppenheimer, Naguib Sawiris, Mo Ibrahim ou Aliko Dangote dont les fortunes sont estimées à plusieurs milliards de dollars, Dangote tutoyant et même toisant allègrement les 10 milliards de dollars. Mthuli Ncube, économiste en chef et vice-président de la BAD, a signalé dernièrement que d’après les prévisions de son institution, aucun pays africain ne connaîtra la décroissance en 2012. Le plus faible taux de croissance du PIB devrait être enregistré au Swaziland. L’on parle de 0,8%.
Je tiens à souligner que cela est proprement extraordinaire car dans le même temps, l’Europe qui est un important partenaire de l’Afrique est plutôt, de manière générale, dans une position peu enviable. Cela traduit à tout le moins une dépendance moins forte du continent face à ce partenaire traditionnel.
Autres perspectives
Mais hélas, cela n’a que peu d’importance pour nombre d’observateurs et citoyens africains qui préfèrent voir que l’Afrique ne bouge pas, que le Mali est tombé de nouveau dans la spirale des coups d’État, que les violences au Nigéria sont récurrentes…
J’ai donc voulu par cette chronique présenter un argumentaire qui ne s’appuie pas sur des chiffres, sur des montants, disons simplement sur du hard; au contraire, je voudrais convoquer du soft.
Je tâche donc de montrer comment des éléments du soft power illustrent des changements extrêmement positifs sur le continent et permettent d’avoir confiance pour l’avenir.
Il est sans doute utile de préciser que le soft power est différent du hard power car il ne vise pas à contraindre mais à séduire, il ne porte pas sur l’économie ou le militaire mais plutôt sur la culture ou les idées.
En observant attentivement les toutes dernières années, il est aisé de mesurer combien le continent, non pas par la vente de matières premières, non pas par l’achat de matériel militaire ou par la construction d’un complexe agro-industriel dernier cri, se bonifie, s’améliore, change sa condition… En effet, le changement est fortement perceptible en scrutant les vastes territoires du médiatique, sportif, de l’inventif, de l’évènementiel, du culturel et même de l’idéel.
Du sportif et de l’évènementiel
L’Afrique, via l’Afrique du Sud, a organisé pour la première fois en 2010, l’épreuve reine du football mondial. C’est peut-être banal pour plusieurs, mais quand l’on sait qu’en 2014 et 2018, ce seront respectivement les Brésil et Russie qui l’organiseront, chacun peut mesurer l’importance de ce genre d’évènement quand l’on désire s’affirmer comme un des grands de ce monde. N’oublions pas que ces trois pays sont tous membres des BRICS.
Les performances sportives, en particulier au niveau du football (soccer) des athlètes africains contribuent aussi à lui donner une image positive. Tout le monde ne le voit pas ainsi, mais je prétends que Samuel Éto’o, aujourd’hui, footballeur gagnant le plus grand salaire de tous les temps, est un vecteur marketing positif pour l’Afrique. Il fait la preuve que le continent sait produire les meilleurs.
Le Gabon a accueilli le New York Forum Africa (NYFA) en juin dernier. Cet évènement a connu un succès si important que, plusieurs jours avant son ouverture, les organisateurs invitaient les gens à ne plus les contacter pour inscription car il n’y avait plus de place disponible. Justifiant, sa volonté de l’organiser au Gabon, Richard Attias affirmait : « Cette année, j’ai décidé d’exporter le New York Forum en Afrique, au Gabon. Ce continent d’un milliard d’habitants, en plein développement économique, bénéficie d’un immense potentiel et enregistre dans certains pays une croissance insolente […]Le New York Forum AFRICA se veut être un forum panafricain de premier plan, réunissant toutes les générations de décideurs et d’experts afin de collaborer à l’émergence d’une Afrique gagnante, innovante, prospère, autonome, stable, qui jouerait un rôle de premier plan dans le nouvel ordre économique mondial. »
Et au-delà du NYFA, d’autres forums seront organisés dans les mois à venir, toujours concernant l’Afrique, et ils en seront à leur 1ère édition. Pourquoi autant d’évènements d’affaires si l’Afrique n’était que malheurs et guerres ?

New York Forum AFRICA, Juin 2012

New York Forum AFRICA, Juin 2012

New York Forum AFRICA, Juin 2012

New York Forum AFRICA, Juin 2012

New York Forum AFRICA, Juin 2012

New York Forum AFRICA, Juin 2012

New York Forum AFRICA, Juin 2012
By Autson Web Design
Crédits photos : New York Forum Africa
Du médiatique
Je pense évidemment à la télévision panafricaine Africa 24 qui a l’ambition, selon son président Constant Nemale, d’être le CNN africain. Elle a enregistré, dès les tout débuts, des performances époustouflantes. Elle a dominé les débats en Afrique francophone en devenant devant France 24 ou TV5, la chaîne francophone la plus regardée sur le continent. Dans notre monde, l’on ne peut prétendre compter sans grand média. L’Afrique avec Africa 24, qui est loin de son potentiel et surtout de ses cibles, est, me semble-t-il, dans la bonne voie.
Qui n’a pas eu écho du lancement en juillet dernier de la version francophone pour l’Afrique de Forbes ? Forbes Afrique, puisque c’est ainsi qu’il sera nommé sera distribué dans 23 pays y compris des occidentaux. D’après le rédacteur en chef délégué, le Camerounais Richard Lobè Ewanè « il y a de plus en plus de raisons d’être afro-optimiste ».
Il est intéressant de voir arriver en Afrique ce média crédible et prestigieux qui indique clairement qu’il veut montrer l’Afrique qui gagne. Si ce magazine qui a pour spécialité de parler de gens qui réussissent de manière exceptionnelle, décide de se lancer en Afrique – rappelons qu’il y a une version anglaise pour l’Afrique, Forbes Africa – c’est sans doute parce qu’il y a des choses extrêmement intéressantes qui s’y passent, ne pensez-vous pas ?
Du culturel et de l’idéel
Les Nigérians se distinguent au niveau culturel sur la scène continentale et planétaire de manière assez indiscutable, me semble-t-il. Avec leur machine nollywoodienne, ils forment le trio de tête avec Hollywood et Bollywood en termes de nombre de films produits. Cela montre l’immensité de la vitalité créative. Du côté de la musique, le featuring avec des stars de la musique américaine, à l’instar de P-Square et Rick Ross ou D’Banj et Snoop Doggy Dogg, en favorisant des millions de téléchargements sur Youtube, sont de nature à donner un côté cool à la marque nigériane et africaine à un public très large, plus large en tous les cas que le seul public africain.
La guerre des idées me semble aussi assez intéressante, l’Afrique me semble avec les Dambissa Moyo – auteur de Dead Aid –, Ngozi Iweala – ancienne DG de la Banque Mondiale –, l’Afrique peut défendre son point de vue, ou à tout le moins il y a des africains qui peuvent délivrer des perspectives africaines sur les grands problèmes internationaux.
D’après une dépêche de l’AFP, le Kenya, le pays du M-PESA et de la future Silicon Savannah projette présenter sa candidature pour les JO de 2024. Pour plusieurs, cela ne signifie rien et surtout, cela ne révèle rien sur l’état d’esprit de ce Kenya-là, de cette Afrique-là.
Je ne vous ai pas parlé du taux de croissance du Niger que l’on pronostique à 15% cette année, ni de la cimenterie d’un milliard de dollars qu’avait ouverte A. Dangote au Nigéria, je vous ai parlé d’éléments soft, d’éléments qui ne sont pas toujours mis de l’avant mais qui, pourtant, contribuent aussi à montrer une Afrique qui se transforme.
Dites moi, ces éléments soft vous ont-ils davantage convaincu ?



















Serge Tchaha 




