Suite à ma dernière chronique intitulée « L’Afrique, cette possible Superpuissance », j’ai longuement discuté ou lu des commentaires – sur le mur FACEBOOK de mes amis.
Toutes sortes de commentaires ont été faits, aussi bien positifs que négatifs. Je voudrais dans le cadre de la présente chronique insister sur une remarque que je ne cesse d’entendre à chaque fois que j’évoque ce genre de sujet prospectif. Rien ne m’horripile plus ! Sûrs d’eux, l’affirmant comme si c’étaient les Dieux eux-mêmes qui le leur avaient soufflé, ils sont très nombreux à affirmer que les potentialités de l’Afrique ont toujours été connues, il n’y a rien de neuf sous le soleil ! Rien ne me semble plus faux. Et je pense d’ailleurs que c’est quasiment dangereux d’être persuadé de cette idée, car cela signifie que l’on ne mesure pas bien les nombreux changements qui s’opèrent en Afrique, l’on ne saisit pas assez l’évolution géostratégique du monde. Et du coup, l’on ne se prépare pas à la formidable période qui pourrait s’ouvrir pour nous sous peu.
L’Afrique d’hier
L’économie est fonction de plusieurs facteurs déterminants, qui, contrairement à ce qui est si souvent avancé, ont fait défaut à l’Afrique. Parmi ceux-ci, il y a au premier rang les ressources humaines.
Lionel Zinsou, agrégé des sciences économiques et sociales, CEO de Paribas Affaires Industrielles, est on ne peut plus éloquent à ce sujet quand il nous rappelle qu’en 1960, nous étions 100 millions de personnes, soit 3 habitants au kilomètre carré. « Notre continent où règne un vide démographique, a le devoir impérieux d’appliquer une politique systématique de repeuplement intense dans les meilleurs délais » nous recommandait déjà Cheikh Anta Diop.
J’ajouterais à cela que la balkanisation du continent a naturellement réduit la taille des pays et donc des marchés envisageables.
Que dire de la qualité des ressources humaines. Combien d’ingénieurs avions-nous ? Combien de managers de haut vol nos écoles de commerce avaient formés ? Combien de techniciens spécialistes de nos richesses souterraines comptions-nous?
Parlant même des richesses justement, que savions-nous d’elles ? Je vous renvoie au livre « Les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique Noire » de Cheikh Anta Diop, qui est pour moi un des plus grands savants qu’ait portés cette Terre. Il serait étonné de savoir que c’est en dizaines de milliards de dollars que les États africains comptent leurs revenus pétroliers. Au moment de la rédaction de son livre dans les années 1960, les données sur la richesse pétrolière et gazière africaine n’étaient pas aussi bien connues qu’aujourd’hui.
De nouvelles mutations favorables à l’Afrique
D’ailleurs même, ne cesse-t-on pas de découvrir de nouveaux champs pétrolifères en Afrique?
Cela me conduit donc justement à argumenter pour montrer que depuis nos indépendances, la Terre a tourné, l’ordre mondial s’est bouleversé, depuis 2000 l’Afrique se transforme et cet amalgame nous offre une fenêtre d’opportunité que nous devons nous préparer à saisir.
Les changements sont nombreux et pour en parler, j’aimerais me limiter à des enjeux qui sont de quatre ordres :
Démographiques. Nous sommes passés en 50 ans de 100 millions de personnes à 1 milliard d’habitants. C’est simplement époustouflant. Il faut bien mesurer qu’à la fois comme travailleur et consommateur, l’homme est essentiel dans le système économique pour la consommation et la production. Avant, nous étions très peu nombreux. Se référant à l’histoire économique récente, la forte industrialisation de divers continents a souvent été reliée au poids de ceux-ci dans l’offre de travail mondiale. M. Zinsou, lors d’une conférence, dont la vidéo apparaît, plus bas avance ceci : « Nous allons avoir à peu près le quart de la population d’âge actif mondiale, en 2025-2030, qui sera en Afrique. Aujourd’hui, le quart de la population mondiale d’âge actif est en Chine. C’est là où il y a le quart de la population mondiale d’âge actif au monde qu’il y a l’atelier du monde, qu’il y a les ressources du travail du monde. J’attire votre attention sur le fait que dans les années 20 du 20e siècle, le quart de la population mondiale d’âge actif était en Europe. »
Gigantisme du marché. La croissance de la population – qui amènera sa part de défi, notamment l’emploi des jeunes – viendra aussi avec la croissance de la taille de nos marchés. Se fiant aux prévisions annoncées par les experts, nous serons en 2050, le plus grand marché du monde : 2 milliards d’habitants. Si nous savons nous y prendre – n’oublions pas que chacun doit définir sa politique en fonction de ses atouts – nous pourrons élever des Géants, des groupes de calibre mondial. Si l’on sait, par exemple offrir, dans un savant patriotisme économique – la patrie serait bien plus que l’Afrique Noire chère à Anta Diop, mais toute l’Afrique – des facilités à nos entrepreneurs, ils pourraient devenir colossalement riches. Imaginez qu’un des nôtres, implanté dans l’agroalimentaire, vendre, chaque jour une boisson coûtant l’équivalent d’un dollar à 1 milliard d’Africains; sur notre seul continent, il ferait journalièrement un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars… Imaginez le nombre de millions d’abonnés que MTN aurait, imaginez le nombre de tablettes tactiles que vendrait Vérone Mankou ? Car il faut le dire, bien gérés, les États africains sont appelés à maintenir le rythme de croissance actuelle. Là aussi, les perspectives sont loin de ce qu’elles étaient par le passé.
Richesses minières. Je l’ai déjà mentionné plusieurs fois ici, l’Afrique reste assez inexplorée. Bien souvent, c’était parce que les coûts d’exploration étaient très largement supérieurs aux bénéfices que l’on pouvait espérer en tirer. Contrairement à ce qu’affirment certains, un vaste potentiel reste donc à découvrir et j’ai la prétention d’affirmer que cela pourrait servir de levier de croissance pour nombre de pays africains.
Bouleversement de l’ordre économique mondial. Ce sont d’ailleurs ceux qui sont appelés les Grands Émergents (Brésil, Russie, Inde et Chine, l’Afrique du Sud aussi) qui permettent justement que ces richesses minières, ces matières premières aient un coût supérieur et deviennent plus intéressantes pour les opérateurs miniers. Cela aussi ne me semble pas un fait historique, c’est une réalité relativement neuve. Seulement, elle a permis à l’Afrique de diversifier ses partenariats, cette émergence lui donne un meilleur pouvoir de négociation et peut l’aider à nouer des alliances auxquelles elle n’aurait pas pensé dans le passé.
Cela n’épuise en rien les difficultés (instabilité politique, faiblesse de l’intégration régionale, déficit énergétique du continent, etc.), mais tenir compte de cette réalité est impérieux afin de dessiner les chemins possibles de l’avenir.
Je l’affirme sans ambages, aujourd’hui, plus qu’hier, il y a des raisons d’espérer encore plus nombreuses.



















Serge Tchaha 




