Le private equity : un outil de financement intéressant pour l’Afrique

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Qu’importe la taille de leur entreprise, en Afrique, nombre de patrons ou de patrons en devenir se plaignent de la difficulté à trouver du financement. Lors des différents fora sur le sujet au cours desquels j’ai pris part dernièrement, les entrepreneurs se plaignaient des banquiers.  Ces derniers leur rétorquaient qu’il fallait qu’ils présentent des projets bancables. Et très peu souvent, l’on est capable d’avoir des financements de long terme.

Cela est naturellement problématique pour des économies qui veulent se développer car, évidemment, sans argent, pas de possibilité de développement des entreprises, pire, pas d’apparition d’entreprises nouvelles.

L’Africa Magazine et l’Emerging Markets Private Equity Association (EMPEA) organiseront le 24 octobre 2012, le Private Equity in Africa 2012 – Driving Africa’s Économic Transformation. Il s’agit d’un sommet annuel rassemblant les leaders du private equity (capital-investissement), qui permet de discuter de la façon de maximiser les opportunités de croissance au sein de l’Afrique.

Précisons que, selon un rapport publié en 2008 par le think tank CAPAFRIQUE, « le principe du private equity (capital-investissement) repose sur l’identification des entreprises à fortes croissance, et qui ont des besoins de financement élevés sous formes de capitaux propres. L’objectif est de prendre une part suffisante du capital pour avoir une influence significative dans la gestion de l’entreprise et de s’assurer de sa progression et de sa rentabilité. Le fonds d’investissements touche alors des dividendes quand l’entreprise réalise et distribue des bénéfices, et finalement revend ses actions après quelques années. L’ambition des fonds est de réaliser une plus value en revendant ses actions plus chères qu’il ne les a achetées, grâce au fait que l’entreprise s’est développée entre temps. »

Il s’agit donc clairement d’un moyen de financement à explorer au niveau des pays africains ce d’autant plus que cet apport en argent arrive généralement avec une expertise. Et qui plus est, le prêt est de moyenne sinon de longue durée. Le même rapport ajoute « l’investisseur en capital se positionne comme un véritable partenaire stratégique, souvent de long terme (plus de 5 ans). Il ne se contente pas d’apporter des fonds, mais s’intéresse de près aux sociétés dans lesquelles il investit, étant donné qu’il en partage les risques (la valeur de son capital est fonction des résultats de la société). Il a donc un rôle tout à fait différent de celui de prêteur, qui touche lui un taux d’intérêt fixe, décorrélé du résultat de l’entreprise. Le risque du prêteur est ainsi plus faible que celui de l’investisseur (car en général, son prêt est garanti par des biens physiques nantis à son avantage). »

Géographie et caractéristiques du private equity en Afrique

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le private equity, en comparaison du PIB, est assez similaire de ce que l’on retrouve dans les grands pays émergents, les BRIC. C’est ce que nous indique Jennifer Choi qui est chargée des activités extérieures, des relations publiques et des partenariats institutionnels d’EMPEA.

Dans une note récente, Mme Choi souligne qu’en Afrique, l’on a levé des fonds à hauteur de 6 milliards de dollars entre 2006 et 2008 contre 2 milliards entre 2000 et 2005. Par rapport aux marchés émergents entre 2006 et 2008, ces fonds levés représentent 4% du total. Mais ceux-ci sont « moins  de  0,5 %  des 1400  milliards  de  dollars  levés  dans  le monde. » Finalement, il nous est mentionné que pour la seule année 2010, l’Afrique a drainé 6 milliards d’euros, ce qui est un record absolu. Et pour Choi, cette tendance devrait se poursuivre.

Géographiquement, M. Geiss, M. Hajdenberg et Mme Renchon [rédacteurs du rapport de CAPAFRIQUE] ainsi que Mme Choi sont d’accord pour affirmer que l’essentiel des opérations se déroule sur un nombre restreint de marchés. Les premiers identifient notamment l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Kenya, le Ghana, le Nigéria ou le Botswana comme les destinations favorites pour les gestionnaires de fonds. De son côté, la responsable de l’EMPEA indique qu’en 2010, 27 des 48 opérations se sont déroulées en Afrique du Sud, au Kenya et au Nigéria. Elle ajoute dans le même temps que pour elle, une certaine diversification s’effectue car, par exemple, l’Afrique du Sud qui enregistrait 56 % en 2008, ne compte que 21% en 2010.

Au niveau des caractéristiques, le rapport de Geiss, Hajdenberg et Renchon soulignait que les Fonds semblaient privilégier les marchés anglophones – qui a avaient un business climate more friendly – mais aussi c’était logique avec le fait que les premiers fonds arrivés sur le continent étaient anglo-saxons. Ceux-ci privilégiaient donc une approche des espaces proches par la langue et la culture.

Autre point qui nous a frappé dans ce rapport, c’est que les PME étaient les oubliés de cette aventure, ne parlons même pas des start-up. Les investisseurs privilégiaient uniquement, disons principalement, les grandes entreprises. On parle d’un investissement moyen s’élevant à 5,6 millions de dollars, soit environ 3 milliards de FCFA.

Les TI et l’agro-industrie, deux secteurs à privilégier

Paraphrasant la célèbre chanson, j’ai envie d’écrire « J’aurais voulu être un capital-investisseur… » car me semble-t-il, sur le continent d’Aliko Dangote, où d’aucuns estiment que où le retour sur investissement est le plus élevé, il y a des entrepreneurs de génie qui n’attendent qu’à être financés, soutenus. Je pense en particulier, mais sans exclusivité, aux secteurs des TI et de l’agro-industrie.

Pourquoi ?

Parce qu’au niveau des TI, les Africains ont fait montre de génie. « Des jeunes qui ont des projets comme moi, il y en des millions en Afrique », a affirmé avec beaucoup de conviction M. Vérone Mankou, inventeur de la 1ère tablette tactile africaine. Il répondait à un journaliste de TV5Monde dans le cadre du New York Forum Africa 2012, qui s’est tenu du 8 au 10 juin à Libreville, au Gabon. Qui ne voit comment marche le M-PESA au Kenya ? J’échangeais avec un autre propriétaire africain d’une entreprise de TI, Tony Smith, lors de son dernier voyage d’affaires au Canada, et il m’exposait les perspectives quant à la conception d’une tablette tactile éducative pour les marchés africains. Qui n’a été séduit par le projet de tablette médicale tactile – le CardioPad inventé par un polytechnicien de Yaoundé ? Autant de secteurs où la demande est réelle et dans lesquels une production de masse ferait drastiquement baisser les coûts d’achat.

L’agro-industrie est tout aussi fascinante car voilà l’Afrique qui possède 60% des terres arables non cultivées, la voilà qui possède des plantes – le tiers du patrimoine mondial – pouvant être utilisées dans les industries pharmaceutique, alimentaire et cosmétique; la voilà encore qui aura sur ses seules deux milliards d’hommes à nourrir d’ici 40 ans. Elle doit massivement investir dans l’agriculture, dans l’agroalimentaire car au-delà même de ses propres besoins, elle pourrait être en mesure d’être un des greniers du monde. Ce d’autant plus qu’elle peut se positionner dans le biologique.

 

serge_tchaha Serge Tchaha

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