Il ne cesse d’être publié des rapports qui annoncent une Afrique nouvelle, les meilleurs spécialistes soulignent avec une certaine « admiration » une croissance africaine de 5,5-6% pour 2012 malgré la crise mondiale, la Banque mondiale (BM) a souligné dernièrement que pour la première fois depuis 1981, moins de la moitié de la population vit sous le seuil de l’extrême pauvreté. Je pourrais continuer longtemps ainsi…
Mais je voudrais plutôt, via ce papier, attirer votre attention sur une donnée qui semble prendre de plus en plus de place dans les analyses des décideurs, dans la réflexion des analystes : la montée de la classe moyenne en Afrique !La classe moyenne ou une puissance de consommation amplifiée
Il faut dire que les chiffres varient selon les experts, mais de manière générale, on parle d’une classe moyenne tournant autour 100 et 300 millions de personnes dépendamment des critères que les uns ou les autres adoptent. J’en parlais déjà ici l’an dernier. La BAD établit à 313 millions, le nombre de personnes faisant partie de la classe moyenne. D’après sa définition, il s’agit de gens capables de dépenser entre 2 et 20$ par jour. Ce nombre serait en croissance. Toujours selon la BAD, l’on comptait 111 millions en 1980.
L’importance de la classe moyenne entre aussi avec force dans les débats économiques car certains y voient une des explications de la résilience de l’Afrique face aux crises internationales.
Mieux encore, en fait, le pouvoir d’achat, la puissance de consommation des Africains va considérablement évoluer au cours des prochaines décennies. Je prétends que l’arrivée de Wal-Mart, géant de la distribution – qui a pris des participations dans Mass-Mart – en Afrique du Sud, signifie quelque chose sur les perspectives de consommation urbaine. Mêmement, la production de spectacles du Cirque du Soleil en Afrique l’an dernier est aussi un signal quant à la capacité des Africains à dépenser beaucoup plus que pour leurs besoins primaires.
Jeuneafrique.com nous révélait aussi dernièrement que le groupe Accor comptait d’ici à 2015, en plus des 106 hôtels qu’il possède actuellement sur le continent, en construire 41 autres. La motivation étant de miser sur la classe moyenne africaine.

Ces décisions d’affaires à mon sens sont annonciatrices de l’élargissement du nombre d’Africains qui seront en situation, en capacité d’acheter ! MC Kinsey calcule que l’on passera d’un total de dépenses de consommation de 860 milliards de dollars à 1400 milliards en 2020. Par ailleurs, comme le montre le graphique ci-haut placé, en 2020, plus de la moitié des ménages africains auront un pouvoir d’achat discrétionnaire.
Dans Finances et Développement du FMI - édition de décembre 2011 -, il est signalé qu’ « En 2030, les pays africains très peuplés (comme l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Nigéria) seront les piliers de la nouvelle classe moyenne, qui pourrait dépenser 2.200 milliards de dollars par an, soit quelque 3 % de la consommation mondiale. ».
La principale conséquence pour l’Afrique : L’INDUSTRIALISATION ?
L’émergence d’une classe moyenne dense en Afrique, si elle se confirme, est une nouvelle extraordinairement importante pour l’Afrique, car à mon sens, cela lui donnera les moyens de S’INDUSTRIALISER !
Il faut bien mesurer qu’au moment où nous serons deux milliards d’habitants – en 2050 –, si nous avons une proportion de 10% de la population qui a des revenus relativement hauts, nous serons à 200 millions d’habitants, soit à peu plus que toute la population du Brésil aujourd’hui. Si la classe moyenne se situe à 1/3 comme actuellement, nous serons alors à 600 millions d’habitants, ce sera deux fois la population actuelle des États-Unis d’Amérique. On voit bien que le potentiel est très vaste.
Chacun mesure également que le potentiel de consommation du continent deviendra de plus en plus vaste et les entreprises de partout dans le monde viendront, beaucoup plus qu’aujourd’hui, sur le continent pour prospérer. Paraphrasant Ernst & Young, je voudrais dire qu’à l’avenir, les firmes globales qui ne seront pas en Afrique se feront dire que leurs concurrents y prospéreront. Pourquoi ? Parce que les fabricants, les industriels, les fournisseurs de service voudront se rapprocher de leurs clientèles.
Je l’ai déjà dit, je crois aux joint-ventures. Je suis convaincu que dans nombre de secteurs stratégiques – à définir selon les pays ou régions – il faudra les imposer. Il faudra aussi inciter les Africains à entreprendre, former les gestionnaires et entrepreneurs selon les meilleurs standards car si nous n’y prenons garde, nous pourrions ne pas être les grands bénéficiaires des fruits de la croissance africaine.
Cependant, il ne faut point penser que cela se fera mécaniquement, que cela nous est dû, que tout est bien écrit par avance. Deux exemples : alors que nous prônons l’intégration régionale – certains même l’unité continentale –, nous voyons que des pays se partitionnent, des territoires qui revendiquent leur indépendance. Tout le monde reconnaît que la stabilité politique est essentielle pour le développement économique. Qui peut se refuser à être préoccupé par les coups d’État ou tentative de coup d’État au Mali et en Guinée Bissau ? Saurons-nous échapper à ce que Gerba Malam, notre Directeur de la publication, appelle l’éternel recommencement ?


















Serge Tchaha 




