C’est en substance une des questions essentielles, à laquelle a répondu, Mathieu Pellerin, qui a publié, à la fin de l’année dernière une note pour l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Celle-ci s’intitulait : « Le Ghana : une démocratie pétrolière en devenir ».
Ce chercheur, associé à ce qui est considéré comme l’un des plus grands think tanks européens, a proposé une réflexion en trois temps. Premièrement, il décrit l’implantation de la démocratie dans le pays de Kwame Nkrumah. Ensuite, il analyse comment le pétrole peut s’inscrire dans cette dynamique démocratique. Enfin, il réfléchit à ce qu’il faut faire pour permettre à ce pays d’éviter ce que les économistes appellent le Dutch disease ou la maladie hollandaise.De la démocratie et de l’exploitation du pétrole
Le Ghana est perçu comme étant un des pays africains les plus démocratiques, on se rappelle que Barack Obama lui avait réservé sa première visite officielle en Afrique subsaharienne justement pour cette réputation. Depuis Jerry Rawlings, en 1992, les Présidents sortants ont respecté le verdict des urnes et ont accepté les alternances.
Le pétrole, et le chercheur fait référence à plusieurs études qui vont dans ce sens, est une des ressources naturelles qui favorisent l’opacité, la corruption, bref, qui entraînent une mauvaise gestion des finances publiques. Il se demande même si la démocratie pétrolière n’est pas un oxymore. Le chercheur cite G. Magrin et G. V qui affirmaient « le pétrole fragilise les institutions plus qu’aucune autre ressource et corrompt plus que tout ».
Ce questionnement est dû au fait que le Ghana comme tout pays pétrolier va engranger énormément de recettes provenant de cette activité et cela ira grandissant avec les années. Cela pourrait, comme dans d’autres pays africains, conduire les dirigeants à vouloir rester au pouvoir pour profiter de la manne. Actuellement, le pétrole représente dans l’économie du Ghana 2,5 % du PIB contre près de 7 % en 2014.
|
L’activité pétrolière au Ghana
Source : British Petroleum, Rapport Mathieu Pellerin (2011) |
Éviter la maladie hollandaise
Plusieurs éléments extrêmement intéressants dans ce rapport de 62 pages mériteraient d’être discutés. Il y a par exemple la politique du Local content voulu par Accra ou encore le manque de planification dont a fait preuve le gouvernement pour préparer au mieux le pays à l’émergence de ce nouveau secteur d’activités ou encore d’éviter un endettement massif dû à des prêts sollicités en anticipation des revenus pétroliers à venir. Mais, je vous propose de concentrer le propos sur la maladie hollandaise.
En 2011, comme le montre le tableau présenté plus bas, le Ghana a affiché une solide performance économique avec un taux de croissance à deux chiffres. Cela s’explique notamment par l’exploitation pétrolière mais il faut absolument que le pays évite ce que les économistes appellent la maladie hollandaise. Il s’agit de cette tendance qu’ont les pays qui ont en abondance une ressource naturelle, à ne se concentrer que sur ce secteur et à délaisser tous les autres.

Parmi les principales voies explorées pour atteindre ce but, il y a dans ce rapport, l’industrialisation du pays mais surtout l’idée du développement de l’agro-industrie ghanéenne est promue. Ces pistes permettront naturellement de diversifier le tissu économique du pays.
« Le cacao, dont le Ghana est deuxième producteur mondial [après la Côte d’Ivoire, NDLR], représente à lui seul près de 40 % des recettes d’exportation, 12 % du PIB, mais surtout, occupe une part très importante des populations rurales. »
Chacun comprend que ce pays-là ne doit surtout pas se laisser distraire par l’or noir, ce d’autant plus que l’industrie pétrolière est fortement capitalistique mais emploie peu en comparaison aux investissements nécessaires. Le Ghana doit au contraire tâcher d’utiliser au mieux ses recettes pétrolières pour tenter de diversifier son économie.
Au fond, à côté de son savoir-faire agricole, de ses richesses minières – faut-il rappeler que ce pays s’appelait Gold Coast? –, il doit faire du pétrole un accélérateur et non un frein pour son développement économique.


















Serge Tchaha 




