Serge Tchaha - Pour le compte d’Abu Dhabi Investment Company, The Economist Intelligence Unit (EIU) a commis dernièrement un rapport baptisé « Into Africa – Institutional investor intentions to 2016 ». Il a été fait suite à l’analyse des opinions de plusieurs experts de la finance internationale et de 158 gestionnaires de fonds de pensions, de hedge fund…
En témoigne cette réflexion: « “The risk profile of Europe is high risk, low return; it’s the worst of both worlds,” argues Ronald Pfende, the chief financial officer of Stanbic Nigeria, a Nigerian bank that was acquired by South Africa’s Standard Bank in 2007. “[Across key African markets] the risk has continued to decline, but the yields continue to be high. If people get rational, and not emotional, you will get progressively more money coming through to sub-Saharan Africa.” ».
Des conditions gagnantes

Source : EIU
Une des explications fondamentales de ce renouveau consiste dans les changements dans la gestion publique qui se sont opérés et l’amélioration du climat des affaires qui a été réalisée. Ainsi, comme le montre l’encadré ci-haut, la classe moyenne africaine s’est élargie de plus de 25% en 10 ans. Le niveau moyen de la dette en pourcentage du PIB est passé de 81.9% en 2000 à 59% dans les années 2000. Finalement, le solde budgétaire a lui aussi connu du mieux, en passant, pour la même période, de -4.6% à -1.8% du PIB.
Les faits saillants de l’étude
• Les investisseurs institutionnels estiment que l’Afrique détient le plus gros potentiel parmi les marchés en émergence, ce qu’ils appellent les frontier markets. À ce chapitre-là, ce sont le Nigéria et le Kenya qui plaisent le plus.
• Ces mêmes investisseurs planifient d’acquérir ou d’augmenter les actifs qu’ils ont sur les marchés africains dans les 5 prochaines années. Il faut dire que plusieurs d’entre eux n’y étaient pas du tout. L’étude nous révèle que près de 33% des fonds gérant plus de 10 milliards $ n’ont aucun actif en Afrique. « […] By 2016, however, all expect to have some exposure to emerging Africa, with nearly one-third expecting to shift at least 5% of their fund value there. ».
• Les investisseurs privilégient, en Afrique, de plus en plus des placements à long terme comparativement à des investissements de court terme ou spéculatifs.
• La classe moyenne africaine – j’en parlais déjà ici – d’après la BAD, compte quelque 300 millions de personnes. Ce sont des gens capables de dépenser entre 2 et 20$ par jour. Selon les données recueillies par cette étude, cette classe moyenne émergente attire l’attention des investisseurs institutionnels, plus d’ailleurs que les matières premières ou les ressources naturelles.
• Aujourd’hui, certaines contraintes (corruption, absence de liquidités sur les marchés, etc.), sont aux yeux des investisseurs institutionnels, des défis plus importants que le risque politique. Ceci en dit long quand on sait que pour beaucoup, l’Afrique équivalait à guerres et coups d’État.
La vigilance à maintenir
Chacun sait l’importance de l’investissement pour la prospérité et l’émergence des pays dits pauvres. Mais, il ne doit pas pour autant échapper aux decision makers, l’importance d’être vigilants face à certains fonds d’investissements institutionnels.
Leur entrée dans des secteurs stratégiques ou sensibles doit être encadrée et les intérêts supérieurs de la nation et des générations futures sauvegardés.
Mon collègue Léopold Nséké, dans une livraison relative au commerce des terres agricoles en octobre dernier, rapportait ceci : « On y apprend que l’Afrique a cédé en 2009 pas moins de 60 millions d’hectares de terres agricoles à des fonds spéculatifs et des caisses de pension diverses. Derrière une douzaine de fonds identifiés par l’Institut et intéressés aux terres africaines, car l’agriculture rapporte, on retrouve de très riches gens d’affaires et même de grandes universités américaines comme Harvard, Spelman, ou Vanderbilt, qui ont placé leur argent dans le fonds d'investissement anglais Emergent. ».
L’Afrique au XXIème ne doit donc pas se laisser éblouir, par les milliards de dollars, elle doit, au contraire, mieux gérer ses atouts stratégiques car ils peuvent être, ils seront même ses leviers de croissance pour un développement durable.
PS : Contrairement à ce qui est énoncé dans l’encadré, certaines sources parlent plutôt de plus de 2000 langues parlées en Afrique, ce qui représenterait le 1/3 du patrimoine mondial dans ce domaine.
Serge TCHAHA
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