Serge Tchaha - Le monde d’aujourd’hui et assurément celui de demain se caractériseront par l’accélération de la mondialisation, l’instantanéité de l’information et l’immédiateté des communications. Et l’Afrique, pour faire partie de ce monde, devra davantage mécaniser et numériser son économie et naturellement promouvoir une plus grande utilisation des Nouvelles Technologies de l’Information et des Communications (NTICs).
L’Afrique mêle ombres et lumières à ce sujet. Alors qu’elle pèse environ 1 terrien/7, elle ne représente que 5% des internautes dans le monde. Autre exemple : FACEBOOK. Ce réseau social avec 700 millions de membres, que certains spécialistes des TI présentent comme le 3e pays du monde en termes de « population », ne compterait que 17 millions de « citoyens d’origine africaine ». La seule France aurait 20 millions de « bi-nationaux facebookiens ». En revanche, la téléphonie mobile connaît en Afrique une croissance exceptionnelle. McKinsey (2010) signale à cet égard que depuis 2000, l’on a enregistré 316 millions de nouvelles demandes d’abonnements sur le continent. D’ailleurs, à propos de téléphonie mobile, l’Afrique dévoile tout son génie créateur en mettant cet outil au service de la résolution de ses problématiques propres.
Les portables deviennent plus que des téléphones
Le Kenya a fait parler de lui dans la presse internationale pour M-PESA. Soulignons que PESA signifie en swahili argent. M-PESA est défini par Safaricom – leader des télécommunications sur le marché kenyan et inventeur du système – comme un système innovateur de transfert d’argent via des téléphones mobiles. « Au Kenya, on estime que 15 millions de personnes —sur une population voisine de 40 millions— utilisent le transfert d’argent par téléphone. Chaque mois, près de 200 millions d’euros sont envoyés de cette manière à travers le pays. Il s’agit tout simplement d’un record mondial: aucun autre pays de la planète ne possède un tel système d’envoi d’argent par téléphone aussi développé et utilisé. », précise Arnaud Bébien dans un article publié par slateafrique.com. Ce succès est en partie expliqué par la sous-bancarisation connue par les populations africaines.
Autre exemple. Jacques Bonjawo, invité sur TV5 MONDE, dans le cadre de la promotion de son dernier livre -"Révolution numérique dans les pays en développement, l'exemple africain"- nous raconte une anecdote fort illustrative. « J’étais à l’UNESCO il y a deux jours pour participer à un prix qui était offert aux innovateurs si je puis dire. Ça récompensait les jeunes qui font de la recherche et qui essaient de trouver des solutions, j’allais dire des solutions novatrices à des problèmes des populations. Eh bien, la personne qui a gagné le premier prix était un Kenyan, pardon, c’était un Ghanéen. Son projet consistait à vérifier l’authenticité des médicaments. C'est-à-dire qu’en Afrique, les médicaments sont contrefaits à près de 25% ; alors, avec un téléphone portable désormais, on peut entrer le code de n’importe quel médicament, envoyer le message à une base de données et cette base de données va vous retourner un message pour vous dire si le médicament est authentique. ».
Dans la même veine, signalons qu’au Cameroun, devrait apparaître sous peu, une application pour téléphones intelligents baptisée : NoBakchich. Il s’agit, selon Leyla Doup Kaïgama, de jeuneafrique.com, d’une intitiative d’Hervé Djia, informaticien et développeur de 24 ans. L’application « a pour but de permettre aux Camerounais d’entreprendre des démarches administratives en toute sérénité, sans avoir à payer de dessous de table et, surtout, en s'adressant à des fonctionnaires honnêtes et compétents ». Monsieur Djia espère, en fournissant la bonne information, ainsi faire baisser la corruption et aider les Camerounais à payer le tarif légal.
La télémédecine en Afrique Centrale
Outre la téléphonie mobile, l’utilisation d’autres TICs se fait sentir en Afrique. Il y a par exemple au Cameroun et bientôt dans d’autres pays en Afrique centrale un projet de télémédecine mené par Jacques Bonjawo. Baptisé Genesis Telecare, il permet à des personnes vivant dans des zones enclavées et reculées d’avoir accès à des spécialistes qui peuvent par la magie de la technologie poser un diagnostic sur leur état de santé. Et ce, à un prix abordable.
Mécanisation de l’économie et utilisation des NTICs : la voie à suivre
On mesure bien que l’utilisation des NTICs permet d’améliorer la vie des gens, de faire rentrer l’Afrique dans l’ère de l’immédiateté de l’information sans compter qu’elle contribue à aider nos entreprises à créer de la richesse. Par ailleurs, dans le cas du M-PESA, la sécurisation des transactions qu’elle génère, la sécurité des personnes qu’elle bonifie, car elles n’ont pas à traîner l’argent sur elle, est simplement inouïe. Au surplus, ce téléphone leur permet également d’effectuer des paiements auprès de certaines entreprises de la place.
À côté de tout de cela, il nous semble également impératif que les entrepreneurs africains fassent entrer les machines dans la production. Pour s’en convaincre, analysons brièvement le fonctionnement d’un télétravailleur d’une entreprise de sondages en Amérique du Nord. Comme son statut l’indique, il peut travailler de chez lui grâce à un ordinateur fourni par l’entreprise. Il est ainsi connecté au bureau central et a accès à tous les logiciels de l’entreprise, ce qui lui permet de fonctionner efficacement. Grosso modo, son travail consiste à appeler des particuliers/entreprises pour recueillir leur opinion/degré de satisfaction sur un service/évènement passé/produit en lancement, etc.
Voici comment la mécanisation de ce processus permet au travailleur et à l’entreprise d’être plus performants :
- La composition automatique des numéros de téléphone. On évite ainsi les erreurs de manipulation inhérentes à l’humain. Et on optimise le temps de travail.
- L’analyse des résultats est en partie ou totalement automatisée.
- La performance des employés est parfaitement mesurée. L’on sait instantanément combien de questionnaires ont été partiellement/complètement remplis, quel a été le temps moyen, etc.
- Le partage d’informations permet par exemple qu’après votre période de travail, à l’autre bout du pays, un collègue puisse rappeler un client pour débuter un sondage.
L’Afrique est déjà très en retard par rapport au reste du monde. Si elle désire, demain, être un pôle du Nouveau Monde, peut-elle éviter l’innovation ? Saura-t-elle être plus, mieux productive sans plus de mécanisation, plus de numérisation, plus de TICs dans son économie ? Comment devenir comme le Brésil un champion agricole sans une agriculture mécanisée ?
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