Transformer les villes d’Afrique en moteurs de la croissance économique

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Serge TchahaSerge Tchaha - La Banque Africaine de Développement (BAD) a produit fin avril sa Stratégie de développement urbain qu’elle a baptisée «Transformer les cités et villes d’Afrique en moteurs de la croissance et économique et du développement social».

Il faut se féliciter que l’un des acteurs majeurs du Développement en Afrique se préoccupe de cette question qui me, semble-t-il, relève de la plus haute importance.

Je révélais dernièrement ici que McKinsey avait publié le City 600 qui correspond aux 600 villes dans le monde dans lesquelles sont produits plus de 50% du PIB planétaire.

D’autre part, l’on s’attend à ce que la démographie africaine se développe rapidement puisque l’on pronostique, en 2050, près de deux milliards d’habitants contre un peu plus d’un présentement.

Il est donc clair que les villes sont un facteur essentiel du développement et la BAD est donc complètement dans le juste quand elle s’y penche. Le Kenya est à ce chapitre hautement symbolique. La Banque nous apprend en effet que Nairobi, qui compte environ 5% de la population Kenyanne, produit 1/5 de la richesse de ce pays.

Les chiffres clés à retenir

tableau

Source : BAD

55% du Produit National Brut a été créé dans les villes;

  • 17 des 100 villes ayant la plus forte croissance démographique sont africaines
  • 1,2 milliard d’Africains seront des citadins en 2050;
  • 52 villes africaines comptent au moins un million d’habitants (Rapport McKinsey).

Par ailleurs, il convient de noter que, selon la BAD, «la demande d’investissement dans les infrastructures urbaines de base du continent est estimée à 15 à 20 milliards USD par an, tandis que les besoins d’investissement dans le logement oscillent entre 20 et 25 milliards USD. Le montant total, d’environ 40 milliards USD par an, est de loin supérieur aux capacités financières des États africains ».

Les axes d’intervention prioritaires

L’institution bancaire a décidé d’intervenir dans trois domaines prioritaires qui sont :

  • L’investissement dans l’infrastructure et la maintenance;
  • La gouvernance urbaine;
  • Le développement du secteur privé.

Il nous semble que la justification du premier se fait assez aisément. Comme il est vulgairement dit, là où la route passe, le développement suit. Les infrastructures (routières, énergétiques, sanitaires,…) sont la base. Il faut qu’il y en ait pour envisager le développement.

La BAD, par le deuxième axe, veut autant que possible renforcer la gouvernance institutionnelle des municipalités. Elle est d’avis que les villes doivent avoir davantage d’autonomie pour pouvoir impacter plus fortement encore sur le territoire qu’elles administrent. Bref, la BAD contribuera à favoriser les décentralisations. Et la nécessité ne fera que s’accroître. C’est pourquoi nous parlions ici de ville-pays. La taille de certains pays et de certaines villes changeront tellement au cours des prochaines années qu’il serait mieux pour une meilleure administration des territoires et des citoyens que les villes puissent véritablement gagner en autonomie.

Finalement, concernant le troisième domaine, la BAD effectuera plusieurs actions, notamment :

  • Fournir un appui aux opérateurs privés dans tout le spectre du monde des affaires, allant de la micro à la méga-entreprise;
  • Encourager et soutenir les marchés financiers locaux;
  • Promouvoir les partenariats public-privé (PPP) viables.

L’attractivité du territoire

Ce qui nous paraît également concret et très important dans la mise en œuvre d’une véritable Stratégie urbaine, c’est que la réussite de cette initiative améliorera la compétitivité de nos territoires. Et de facto, cela attirera davantage d’Investissements Directs à l’Étranger.

Les gouvernements et les maires doivent donc travailler ensemble pour l’émergence de villes qui, par leur cadre législatif, par la qualité des infrastructures, par les avantages fiscaux promis, attireront les multinationales et encourageront l’investissement des membres de la Diaspora. Les Chefs d’État africains doivent décider s’ils veulent faire de Douala, d’Abidjan, de Libreville, de Cotonou ou de Bujumbura des technopoles, bref, ils doivent imaginer et réaliser des plans d’action pour définir des vocations à leurs villes.

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