Stratégie d’Intégration Régionale pour l’Afrique Centrale : ce qu’il faut en penser

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Serge TchahaSerge Tchaha - La Banque Africaine de Développement (BAD), institution qui ne cesse de prendre de l’importance dans l’émergence de l’Afrique – son capital est passé à 100 milliards de dollars en 2010 – a publié fin avril le Document de Stratégie d’Intégration Régionale pour l’Afrique Centrale (DSIR 2011-2015).

Ce document est dense et produit des analyses qui tiennent compte des problèmes essentiels de l’Afrique centrale et suggère des actions en cohérence avec les plans stratégiques élaborés par les CÉEAC et CÉMAC. Cependant, dans cet exercice, l’on entend par Afrique Centrale les pays qui composent la CÉEAC. Il s’agit de : Angola, Burundi, Cameroun, Centrafrique, Congo, RDC, Gabon, Guinée Équatoriale (RGE), Sao Tomé et Principe et Tchad.

Les chiffres clés à retenir

Selon la BAD :

 

  • La CEEAC, c’est  6.641.000 km², soit 22% de celle de l’Afrique.  Sa population est estimée à 134 millions d’habitants en 2009 ou 13,3% de celle du continent.

 

  • Le Bassin du Congo (BC) abrite la seconde réserve forestière et hydraulique mondiale.

 

  • La région a enregistré, entre 1999-2009, un taux de croissance moyen d’environ 6,2%, dont 7,3% en moyenne dans les six pays producteurs de pétrole (Angola, Cameroun, Congo, Gabon, RGE et Tchad) et 4,7% dans les autres pays. La croissance économique de la région est supérieure à la moyenne de l’Afrique (4,8%). Disons que l’Angola et la RGE y sont pour beaucoup dans cette performance car, en réalité, ce sont eux qui ont connu des taux de croissance à deux chiffres en raison de la montée du cours du pétrole.

 

  • Récemment, les réserves pétrolières prouvées pour la région ont été estimées à 31,3 milliards de barils, soit 28% des réserves totales du continent. Nous en parlions d’ailleurs ici.

 

Les axes d’intervention

Après avoir présenté de brillante façon l’environnement de la sous-région la BAD a dégagé deux axes sur lesquels elle compte agir :

 

  • DÉVELOPPEMENT DES INFRASTRUCTURES

 

  1. Infrastructures routières. 5 tronçons sont identifiés, à savoir :

(i) le Projet routier Doussala-Dolisie (Gabon-Congo) ; (ii) le Projet de route Kribi-Campo-Bata (Cameroun-RGE) ; (iii) le Projet de pont route rail entre Kinshasa et Brazzaville ; (iv) le Projet multimodal de navigation fluviale Congo-Sangha (Congo-RCA-RDC) et de construction de la route Ouesso-Bangui-N’Djamena (Congo-RCA-Tchad) et (v) le Projet de construction de la route Congo – Cameroun phase 2 (Ouesso – Sangmélima).

 

  1. Énergies et télécommunications. En 2015, la Banque espère, entre autres, qu’à ce niveau, l’on obtiendra une amélioration de 40% des besoins énergétiques ainsi qu’une pénétration d’au moins 50% de la téléphonie mobile.

Tout cela peut paraître théorique, mais ce serait sous-estimer la diminution des coûts et la multiplication des voyages qu’entraînerait un meilleur réseau routier au sein de la CÉEAC. Quel étudiant universitaire ne sentirait pas une amélioration de l’environnement de ses études si l’accès à Internet haut débit était plus démocratique? Ne serait-il pas intéressant qu’un Yaoundéen puisse aisément faire, par avion, un aller-retour sur Kinshasa pour un Conseil d’Administration?

 

  • RENFORCEMENT DES CAPACITÉS INSTITUTIONNELLES ET HUMAINES AU SEIN DE LA CEEAC. La BAD désire renforcer les compétences humaines et techniques afin de s’assurer d’une mise en place effective et d’un suivi régulier de la Stratégie.

 

L’impérieuse nécessité de réussir

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Source : BAD

Pour notre part, la faiblesse du commerce intra-régional dans les zones CÉMAC (0,8%) et CÉEAC (1,2% contre 28,1% en SADC) doublée à l’immensité de son potentiel commandent la réussite. Et ce :

 

  • D’abord pour eux-mêmes. S’ils savent mieux s’entendre, mieux s’intégrer, ils permettront aux différents opérateurs économiques de profiter d’un marché plus vaste que leur pays. Ils aideront par les synergies entre les États (projet du Central African Backbone par exemple ou encore l’interconnexion du réseau électrique Cameroun-Gabon-RGE, etc.) d’offrir de meilleurs services à leurs citoyens.

 

  • Ensuite et enfin pour l’Afrique. Car l’Afrique centrale comme son nom l’indique est au centre du continent. C’est la seule région qui est reliée aux quatre autres grandes sous-régions du Continent. Une intégration réussie facilitera donc la réussite de l’intégration continentale.

 

Mais au-delà des aspects économiques, la volonté politique demeure essentielle à ce niveau. Et une des manifestations les plus symboliques demeure l’instauration effective des passeports CÉMAC et sans doute un jour le passeport CÉEAC comme il y a un passeport CÉDÉAO.

Stratégie d’Intégration Régionale pour l’Afrique Centrale : ce qu’il faut en penser


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