Serge Tchaha - Avec une population projetée à hauteur de 1,5 milliard en 2025, réservoir mondial de matières premières, créditée d’une probable croissance de 5,5% en 2011 par le FMI, l’Afrique change et s’apprête à générer une armée de consommateurs dénombrée en plusieurs centaines de millions dans les décennies à venir.
Une récente étude publiée courant 2010 par le Boston Consulting Group (BCG) s’intitulant «The African Challengers – Global Competitors Emerge from the Overlooked Continent», s’est largement appesantie sur le potentiel et l’envergure de 40 fleurons industriels de l’Afrique. Cette étude pourrait bien être un révélateur de l’aspiration future des Lions africains.
Nous sommes en effet d’avis que l’un des intérêts majeurs de cette étude réside dans le fait qu’elle soulève une des caractéristiques majeures d’une véritable émergence de l’Afrique : LE DÉVELOPPEMENT D’ENTREPRISES DE CALIBRE MONDIAL.
Qui sont-ils?
Les African Challengers sont de grandes entreprises ou de grands groupes industriels installés en Afrique, qui :
- Connaissent une croissance forte;
- Ont une empreinte internationale;
- Élaborent des plans ambitieux pour conquérir des parts de marché sur d’autres continents et voire à l’échelle de la planète;
- Génèrent un chiffre d’affaires compris entre 350 millions et 80 milliards de dollars.
Par ailleurs, la firme dirigée par Hans-Paul Bürkner, a classé en cinq catégories ce groupe d’entreprises :
- Big Local Players ou Grandes Entreprises Locales.
- Exporters ou Exportateurs.
- Regional Players ou Entreprises Régionales.
- Multicontinental Players ou Entreprises Multi-continentales.
- Global Players ou Entreprises Globales ou Planétaires.
Cette catégorisation aide à bien voir le potentiel qu’ont ces entreprises. Nous voulons dire par là que dans la dernière catégorie, celle des Global Players, l’on ne dénombre que 3 entreprises. En théorie, il y a donc 37 entreprises qui peuvent atteindre cette classe. Sans compter les centaines ou les milliers d’autres qui n’attendent que d’arriver au stade des Big Local Players et monter en gamme pour atteindre les niveaux supérieurs.
Les faits saillants
- Un pays surclasse les autres tellement ses entreprises sont nombreuses dans ce Top 40. Il s’agit de l’Afrique du Sud qui en dénombre 18. Elle est accompagnée par 2 pays maghrébins sur le podium : l’Égypte (7) et le Maroc (6).
- Une diversification très nette est constatée dans ce TOP 40. Il n’y a pas que des entreprises exploitant des matières premières. Il y en a dans la finance, la logistique ou encore les télécommunications.

Source : BCG
- La firme BCG appelle les meilleures économies africaines LES LIONS AFRICAINS. Elle nous fait remarquer que : « les Lions comprennent : Afrique du Sud, Algérie, Botswana, Égypte, Libye, Maurice, Maroc et Tunisie et leur PIB/habitant est supérieur à celui des BRIC. En 2008, le PIB/habitant de ces 2 groupes était respectivement de 10 000$ et 8 800$» (P.1)
Enseignements pour l’Afrique centrale
Nous pouvons établir 3 enseignements à partir de cette étude :
- L’incontournable Nigéria. Avec près de 1700 kilomètres de frontière avec le Nigéria, le Cameroun ouvre la porte de ce pays à ses voisins d’Afrique centrale. Le pays des naija abrite deux des 40 principaux African challengers. Et au-delà, en fait, c’est son potentiel au cours des prochaines décennies qui interpelle. D’après une étude Price waterhouse Coopers (PwC) publiée le 10 janvier 2011, le Nigéria – et ce sera le seul pays africain dans les 20 premiers – sera au 13e rang des économies les plus prospères au monde. Imaginez le nombre d’African Challengers dont il regorgera et par le fait même le dynamisme de son économie.
- L’excellence Africaine. L’étude prouve une fois de plus que l’Afrique monte en gamme. Nombre de ces managers démontrent d’excellentes aptitudes et les groupes industriels africains tiennent tête à des challengers internationaux de haut rang. Chacun reconnaîtra par exemple que MTN est groupe leader sur nombre de marchés africains. Cette compagnie de télécommunications est parmi les deux opérateurs représentés au Cameroun et détient 50% du marché nigérian. Le groupe DANGOTE, piloté par Aliko DANGOTE, peut également faire la fierté des Africains, mais surtout s’affirmer tant pour des investisseurs du continent que pour des investisseurs étrangers comme un partenaire de premier rang. Rappelons que la DANGOTE SUGAR est la 2e plus grande entreprise de production de sucre au monde. Il faut que les pays d’Afrique et d’Afrique centrale apprennent donc à recourir à cette expertise africaine tout en veillant à ce que les nationaux ne soient pas marginalisés. Les États d’Afrique centrale devraient par exemple promouvoir des joint-ventures.
DANGOTE a annoncé sur son site Web, le 12 janvier dernier, un accord avec le gouvernement camerounais pour la construction d’une usine de fabrication de ciments. L’investissement s’élèvera à 100 millions de dollars. Il y concurrencera CIMENCAM, une filiale du groupe français LAFARGE.
- Les richesses minières et naturelles : une bénédiction ? Le Syndrome hollandais serait-il évitable? En tout cas, 20% des African Challengers sont issues du secteur minier et des ressources naturelles. Les États d’Afrique centrale riches dans ces domaines penseront-ils à utiliser ces revenus pour diversifier l’économie?
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