La Chinafrique : Des nuages à l’horizon

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Chinafrique La poussée de la Chine en Afrique obéit d’abord à une logique économique avant d’être géopolitique. Ce dernier point reste cependant en réserve dans les cartes stratégiques de Beijing. Jusqu’à très récemment, les pays africains se sont félicités des termes de la coopération sino-africaine, mais les lendemains peuvent déchanter si le continent noir n’en tire aucune avancée. Certains signes avant-coureurs font craindre un revirement à moyen terme.

Engluée dans des ententes complexes, dont les conditions sont tues parce que très nettement à leur désavantage, la majorité des dirigeants africains semble avoir engagé le continent dans une sino-dépendance de longue durée. Si les plus pessimistes croient que c’est à leur désavantage, certains optimistes y voient le seuil d’un développement réel. Ces derniers croient que les pays africains répondent favorablement aux avances chinoises pour plusieurs raisons, et qu’il est peu probable que cela s’arrête en si bon chemin.

D’une part, dans la dure bataille commerciale et économique qui se déroule en Afrique, le principal atout des Chinois est celui du prix. Beijing s’appuie sur son développement fulgurant et ses technologies avancées acquises depuis un quart de siècle pour livrer des infrastructures bon marché. De plus, les firmes chinoises sont rapides et efficaces, ce qui correspond généralement au profil recherché dans les pays en voie de développement.

D’autre part, l’arrivée de la Chine en Afrique permet enfin de faire jouer une concurrence qu’il était difficile à établir après les indépendances. Une situation qu’expose clairement le journaliste suisse Michel Beuret, auteur d’un ouvrage sur la Chinafrique en expliquant « qu’après avoir dominé l’Afrique colonisée, l’Europe (et les États-Unis) l’avait placée en situation de néo-dépendance bien que l’histoire ait parlé « d’indépendances » pour décrire le mouvement de décolonisation des années 60.

Avec la fin de la guerre froide, au début des années 90, les pays occidentaux vont se retirer du continent africain, découragés par les guerres et les maladies qui sévissent tous azimuts. Dans le même temps, le FMI impose de nouvelles clauses de conditionnalité en contrepartie de ses prêts ( en matière notamment de démocratie,  de transparence et de bonne gouvernance) à des potentats africains bien mal préparés par les décennies qui ont précédé à ce type de changement. L’Afrique est toujours plus de plus  livrée à elle-même et ressemble à un bloc à la dérive de la mondialisation.

À l’ouest, le franc CFA est dévalué massivement, conséquence de l’abandon de la parité avec le franc français. Dans ce contexte, les élites africaines se retrouvent privées de soutien politique et de capitaux. Le paradoxe, c’est que la place abandonnée par les entreprises occidentales qui délocalisent alors vers la Chine va être occupée par des entreprises chinoises, justement, fortes d’abondantes liquidités. L’Afrique alors ne peut que saisir la main tendue par Pékin ».

Dans ce nouveau rapport, les pays africains ouvrent un autre front d’endettement, mais qui débouche sur des réalisations concrètes. Ce qui différencie donc du phénomène en vigueur avec l’Occident. Ce dernier, ayant pour seule option de désendetter les pays africains, n’apporte souvent rien de nouveau à la dynamique qu’il veut créer. Le charme de Beijing ne peut donc que séduire puisque la Chine, prêteuse et avancée technologiquement, arrive en Afrique avec en tête des projets de développement.

Cette « bienveillance » des Africains suscite également des vocations en Chine où les entreprises de travaux publics s’activent pour alimenter la croissance intérieure en s’accrochant à des dizaines d’appels d’offres internationaux, dont plusieurs en Afrique. De nombreuses PME chinoises à la recherche d’opportunités de diversification foncent en Afrique. Dans l’ensemble, elles donnent du travail aux jeunes diplômés africains et contribuent tranquillement à une forme de transfert de technologie.

Ensuite, la volonté de la Chine est aussi politique à double titre, selon Muret que nous citons encore : « Il s’agit d’une part, de proposer un modèle de développement alternatif à celui de l’ONU (et des pays occidentaux), dont quatre décennies de développement ont montré toutes les limites. Mais aussi de dépasser le processus de mondialisation nord-sud, puis est-ouest en vigueur jusqu’ici pour renouer avec le vieux rêve du sommet de Bandung (1955), celui d’un développement sud-sud, sans passer par le nord. Ce faisant, la Chine affirme sa position de puissance face aux États-Unis. À l’Onu, elle s’assure aussi du soutien de pays acquis à sa cause. »

De plus en plus nombreux, les pessimistes croient fermement de leur côté que la croissance des rapports entre la Chine et l’Afrique va ralentir au cours des prochaines décennies. Dans un continent où la démocratie est rampante, nombreuses sont les voix qui dénoncent la mise en place d’un système ressemblant à celui, honni, des anciens colons.

Opinion publique et société civile se font entendre de plus en plus fort devant la multiplication de scandales impliquant les entreprises chinoises. De plus, contrairement aux Occidentaux, les Chinois sont très présents jusque dans le petit commerce local. Ce qui tue évidemment les maigres investissements et emplois dont les populations se contentaient à défaut d’un tissu économique conséquent. Du coup, des colères de plus en plus perceptibles sont prises en compte par les autorités qui sont prises entre deux impératifs : bénéficier de prêts et d’assistance moins chers et un peuple sur la paille. Les médias rapportent que même des régimes autoritaires comme l'Angola, qui soignent leur coopération avec la Chine, ont entrepris de limiter le poids de Beijing. « Tout le monde s'affole devant l'influence croissante de la Chine en Angola, observe Lucy Corkin, une analyste du cabinet sud-africain Project for China Studies, interviewée par le Financial Times.

L’avenir de la Chinafrique se joue là, dans ce malheureux dilemme qui torture déjà les dirigeants politiques, et il s’assombrira si les objectifs du postulat « gagnant-gagnant » de départ en arrivent à diverger.

En fin de compte, il est à se demander une fois encore, si l’Afrique peut, grâce à cette relation privilégiée, se dessiner un schéma original de développement.

 

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