La Chinafrique : L’envers de la médaille

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ChinafriqueLa présence de l’Empire du Milieu sur le continent semble satisfaire les tenants de cette coopération « gagnante » et supposément « désintéressée ». Toutefois, derrière la centaine de contrats passés annuellement en Afrique, il y a la dure réalité du terrain où les Asiatiques mènent le jeu de bout en bout.

Les entreprises chinoises, principaux relais de l’offensive de Beijing, ont établi sur le continent un grand échiquier d’États-clients auquel on impose, plus que l’on associe, les compétences. Étranglés financièrement et décidés à se débarrasser du néo-colonialisme - réel ou supposé - occidental, les pays africains font vite d’accepter les conditions contractuelles proposées.

Tout cela interpelle grandement les milieux politiques et la société civile africaine dans son ensemble. Les Africains ont-ils fui une meute de crocodiles pour tomber naïvement dans la gueule du dragon ? En fin observateur, l’historien français Philippe Vassé affirme qu’à terme, « il est manifeste que, face à la voracité des appétits chinois sur le sous-sol africain et l'intrusion croissante de ce pays dans la vie des peuples du ‘’continent noir’’, la Chine finira certainement par apparaître aux peuples d'Afrique comme un nouvel État colonisateur.

Il n’y a qu’à voir comment débarque l’armée de spécialistes chinois flanqués de centaines de « coopérants » sur le terrain des infrastructures ou des industries minières et agricoles. C’est ainsi que la Chine avance ses intérêts, par l’importation d’une main-d’œuvre nationale aux dépens des ressources humaines locales. À cela s’ajoutent d’autres griefs comme la mauvaise rémunération des employés « autochtones », la sécurité, l’absence de libertés syndicales et même le non-respect de l’environnement. Cette approche cynique de la coopération économique est également flanquée d’une prétendue « non-ingérence » politique dans les affaires des pays concernés.

La colère et la méfiance sont ainsi de mise chez plusieurs Africains, dont certains dirigeants ne se sont pas gênés pour rappeler certains faits. Pour preuve, les propos tenus par l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki qui avisait déjà en 2006 : « L’Histoire des Peuples et Nations nous enseigne que l’assujettissement colonial passe toujours par trois étapes : il commence d’abord par une infiltration/implantation économique, pour se poursuivre ensuite sous forme d’enculturation ou d’endoctrinement culturel et finir par se systématiser grâce à des moyens militaires pour la pacification ainsi que le contrôle social des dominés/colonisés ».

Dans un mémoire de maîtrise spécialisée en stratégie et management, les chercheurs Wais Ahmad, Meryem Amrani Joutey et Oumoul Sanfo expliquent encore mieux que, pour faire de l’Afrique leur Eldorado, «  les gens d’affaires chinois prospèrent en versant les pots-de-vin régulièrement requis et en exploitant les travailleurs aussi férocement que possible. Ils mêlent ainsi stratégie publique, intérêts privés, cynisme politique et efficacité économique, avec des dirigeants africains complices. Toujours selon les chercheurs, « le continent africain ne s´est pas encore remis des dommages et des dégâts de la colonisation occidentale et risque à nouveau de se faire prendre au piège, sous des prétextes fallacieux d’aide au développement. Ils voient dans la coopération sino-africaine la source du nouvel endettement de l’Afrique qui n’est pas encore débarrassée de la lourde dette contractée envers les puissances occidentales. Ainsi, la multiplication des prêts accordés par Beijing aux différents États du continent sans conditionnalités est inquiétante, puisque cela contribuera à ‘’accroître le taux d’endettement des pays africains sachant que ces prêts sont captés au profit de dirigeants corrompus sans qu’ils ne contribuent réellement à lutter contre la pauvreté’’. Enfin, d’autres sceptiques dénoncent l’invasion de tous les secteurs économiques, même les plus modestes, par les Chinois, ce qui entraîne la disparition d’activités artisanales locales. »

Ahmad, Amrani Joutey et Sanfo démontrent donc que le ressentiment des Africains envers la Chine ne se manifeste pas seulement au sein des ONG, chez les experts, et dans les institutions internationales. Il s’exprime de plus en plus aussi dans les milieux sociaux et même dans la politique. Par exemple, il existe en Zambie un parti politique exclusivement fondé sur thèses anti-chinoises. Un drame a d’ailleurs frappé ce pays samedi avec la mort d'un cadre chinois, tué pendant une manifestation d’employés de la mine de charbon de Collum Coal, située à Sinazongwe, à 325 km au sud de Lusaka. Ils s’étaient révoltés pour protester contre un retard à instaurer un salaire mensuel minimum de 220 $ US.

L’envers du décor est-il si peu reluisant au point de remettre en cause les nombreux acquis de la coopération économique sino-africaine? Nous tenterons de répondre à cette question dans notre livraison de demain.

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