Le Maghreb, qui produit un tiers du PIB du continent et compte 170 millions d’habitants, a connu l’année dernière des mois agités : le printemps arabe. Ces révolutions n’ont pas été sans conséquence pour certains États puisque l’on y a observé un ralentissement économique. Afin de limiter ces effets négatifs et réduire leur portée, la Banque Africaine de Développement (BAD), qui joue un rôle de plus en plus éminent pour le financement de l’économie et des grands projets des États africains, a puissamment agi.
La BAD en Afrique du Nord
L’Afrique du Nord est une zone qui intéresse tout particulièrement la BAD, parce qu’elle est sans doute la plus développée du continent mais également parce les pays maghrébins ont avec l’institution présidée par Donald Kaberuka, d’importants liens et intérêts. Selon le rapport Le Groupe de la Banque africaine de développement en Afrique du Nord 2012 – Une année de transitions, « les pays d’Afrique du Nord tiennent une place importante dans l’histoire du Groupe de la Banque. Tous étaient présents à Khartoum, au Soudan, lorsque des pays africains nouvellement indépendants s’étaient réunis pour débattre de la création d’une grande institution financière pour les Africains et par les Africains. Tous ont signé l’Accord portant création de la Banque en 1964, et tous, à l’exception de la Libye, souscrivent au capital-actions de la Banque, avec une contribution supérieure à 80 millions de dollars EU (soit environ 40 %) en argent de sorte que les opérations puissent commencer en 1967. Une telle forte contribution a eu pour effet que les pays nord-africains ont occupé une position stratégique qui leur permette de jouer les premiers rôles au plan de la gestion des affaires de l’institution à ses débuts. ». Aujourd’hui – la répartition du capital a notamment évolué en 1982 avec l’entrée de pays non-africains – leurs parts dans la BAD tournent autour de 20%.
Il faut savoir que depuis 1966, la BAD a engagé, dans cette sous-région, des prêts et dons cumulés s’élevant à environ 17-18 milliards d’Unités de Compte (UC). Pour recision, en mars 2012, 1UC = 1.579 $ US.

La Libye n’a jamais vraiment fait appel à la BAD, si ce n’est pour de l’assistance technique.
L’action de la BAD à l’issue du printemps arabe
Il nous apparaît donc on ne peut plus clairement que la BAD est fortement liée au nord du continent et les révolutions qui ont traversé cette région n’y ont rien changé. Au contraire ! Examinons particulièrement les cas de l’Égypte, du Maroc ainsi que celui de la Tunisie.
Le représentant résident de la BAD en Égypte nous signale dans son mot que le montant total des engagements de son institution dans ce pays, pour l’année 2011, s’élevait à 1,568 milliard d’UC.
Du côté du Maroc, il faut noter que la BAD a dégagé 1,948 milliard d’UC dans le but de mettre en œuvre la stratégie-pays 2007-2011 du royaume chérifien. « Avec les changements intervenus en Afrique du Nord, la Banque est disposée à accompagner le Royaume dans les efforts qu’il déploie, pour mener à bien les réformes économiques et institutionnelles que le nouveau gouvernement entend mettre en place, en tant que volet du récent programme de réforme constitutionnelle. » affirme Mme Amani Abou-Zeid, Représentante résidente de la BAD au Maroc.
Enfin, au niveau de la Tunisie, il est précisé, dans le rapport susmentionné ceci : « En Février 2012, La Banque africaine de développement a donné le feu vert à une nouvelle stratégie de deux ans pour la Tunisie. La BAD entend contribuer à relever les défis auxquels le pays est confronté depuis janvier 2011. Le président de l’institution, Donald Kaberuka, a décrit ses défis au cours de la réunion du conseil d’administration qui a approuvé le document de stratégie le 15 février 2012. Il a déclaré : " les révolutions ne sont jamais linéaires. Elles sont toujours coûteuses. Les révolutions réduisent l'espace budgétaire, exacerbent les revendications sociales et accroissent les incertitudes parmi les investisseurs à court terme. Elles nécessitent plus de souplesse, de sélectivité et d’engagement de la part des partenaires au développement." »
La BAD prend donc ainsi ses responsabilités pour aider ces pays qui, par leur poids, sont de véritables joueurs majeurs en Afrique. . La BAD suggère même dans ce rapport à l’Égypte, au Maroc et à la Tunisie, de progresser dans la chaîne de valeur en fabriquant, pour l’exportation, des produits plus sophistiqués. Leur réussite, leur prospérité pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du continent. Et en ce sens-là, la BAD joue pleinement son rôle !
Serge TCHAHA


























