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APE : les pays africains toujours réticents à signer

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APELes accords de partenariat économique (APE) entre le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne (UE) devraient être signés au terme de la 35e session du conseil des ministres conjoint des deux groupes de partenaires (21-22 juin) à Ouagadougou au Burkina Faso.

 

Il s’agit pour eux de passer en revue les grandes sections des accords de coopération dits de Cotonou signés en juin 2000 dans la capitale économique béninoise et liant pour 20 ans les 78 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) aux 27 États de l’Union européenne. Depuis 2002, l’UE et la région Afrique de l’Ouest négocient ces accords de libre échange censés remplacer depuis le 1er janvier 2008 le régime préférentiel non réciproque dont bénéficiaient les pays ACP et que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avait jugé contraire aux règles internationales. Mais, il semblerait qu’ils ne fassent pas l’unanimité auprès des pays ACP qui craignent qu’ils ne fragilisent leurs économies. Cependant, malgré les pressions de l’UE sur ces pays, ces négociations qui auraient du être finalisées depuis décembre 2007, tardent à aboutir car il y a toujours des blocages. Qu’est-ce qui explique donc la réticence des pays africains à signer dans leur forme actuelle ces APE?

Ces accords consistent à autoriser les exportations des ACP à bénéficier d’un accès au marché européen en franchise de droits et de quotas pour tous les produits à l’exception du riz, de la banane et du sucre. En contrepartie, les pays ACP doivent également autoriser l’accès à leur marché pour l’ensemble de leurs importations en franchise de droit. Mais, cette ouverture impliquerait inévitablement une baisse des recettes douanières qui représentent en Afrique de l’Ouest une part très importante des recettes publiques, ainsi qu’une concurrence accrue entre les importations en provenance de l’UE et les productions locales.

Parmi les questions cruciales à régler avant que les APE ne puissent être acceptables, selon les pays de l’ACP, figurent également ce que le président burkinabè, Blaise Campaoré, a appelé le « principe d’engagement asymétrique en matière d’ouverture des marchés, qui permette aux pays ACP de protéger leurs marchés ainsi que leurs chances d’industrialisation », « l’introduction d’une période transitoire suffisamment longue pour permettre l’adaptation progressive des économies des pays ACP au nouvel environnement commercial » ainsi qu’« une réduction, à défaut d’une élimination totale des barrières tarifaires et non tarifaires qui freinent l’accès des marchés de l’Union Européenne aux produits en provenance des pays ACP » mais aussi le « rétablissement d’une concurrence loyale dans les échanges commerciaux mondiaux, par la suppression des subventions, notamment agricoles, octroyées par les pays de l’Union (européenne) à leurs producteurs ». En effet, les institutions financières internationales interdisent aux pays africains de subventionner leurs agriculteurs, au nom du libéralisme et de la non intervention de l’État, alors même que les Américains et les Européens n’hésitent pas à recourir à ces pratiques pour soutenir leurs producteurs.

Selon plusieurs analystes, si les APE étaient signés dans leur forme actuelle, ils auraient pour principale conséquence la destruction totale du tissu industriel africain et priveraient une partie de ces pays de recettes douanières, qui constituent pour certains d’entre eux, une composante essentielle de leur budget. Ces pays sont donc prêts à faire durer la période de négociation aussi longtemps que ces points de vue ne seront pas pris en compte. Ils peuvent se le permettre grâce à la multiplication de « l’offre » en matière de coopération internationale, due entre autres à l’émergence sur la scène internationale des pays du BRIC (Brésil, Russie, Chine et Inde) dont la percée et la présence en Afrique inquiètent sérieusement les pays européens. Pour autant, ils n’ignorent pas les menaces de l’UE qui a toujours laissé entendre que ces pays pourront perdre les avantages des préférences commerciales unilatérales qu’elle leur accorde, ce qui les ferait tomber sous le régime du Système des préférences généralisées (SPG), qui mettra leurs produits en concurrence avec ceux de tous les autres pays du monde, notamment ceux du BRIC.

Après plusieurs années de négociation, les deux groupes ne sont toujours pas parvenus à convenir d’un accord au grand dam des Européens qui s’impatientent et espèrent que cette réunion dans la capitale burkinabè sera la dernière étape de cette longue période de négociation. Certains pays de l’ACP comme la Côte d’Ivoire et le Ghana ont déjà signé un APE intérimaire de manière bilatérale avec l’UE, se désolidarisant du bloc régional.



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