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La Tunisie : la chasse aux biens mal acquis du clan Ben Ali

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TunisiePlusieurs semaines après la fuite de l’ancien président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, l’heure est aux comptes dans le pays. En effet, les nouvelles autorités se sont lancées, sous la pression de la population et avec l’aide des hommes d’affaires tunisiens, à la chasse des biens mal acquis par la famille présidentielle exilée en Arabie Saoudite. Elles sont bien déterminées à faire la lumière en enquêtant sur tous les biens que l’entourage familial de Ben Ali, qualifié de « quasi-mafia » par l’ambassade américaine à Tunis (selon les télégrammes de Wikileaks), a confisqués durant les deux dernières décennies et de les restituer au pays.

En effet, les 23 années de pouvoir de la présidence de Ben Ali ont été marquées par les détournements et spoliations de nombreuses entreprises dans des secteurs clés de l’économie du pays. De l’industrie des télécommunications, de l’automobile, de l’immobilier, du tourisme, de la pêche, des banques, en passant par les médias, la grande distribution, etc., rien ne leur a échappé. Le clan Ben Ali a fait main basse sur tous les pans de l’économie du pays. Comme l’affirme un des spécialistes de la Tunisie, Antoine Sfeir, « toutes les sociétés étaient victimes de la corruption de Ben Ali et de son clan » qui ne reculaient devant rien pour pousser les plus récalcitrants à céder. Menaces, intimidations et rackets étaient monnaie courante.

L’ex-président et sa famille avaient fait d’une large partie de l’économie nationale, leur chasse gardée. Ben Ali a ainsi accumulé, à lui seul, une richesse estimée à près de 5 milliards de dollars selon le classement 2008 du magazine Forbes. Mais selon Transparency International France, cette fortune est évaluée entre 5 et 10 milliards de dollars, répartis dans des comptes bancaires un peu partout dans le monde, notamment en Amérique latine, au Canada, dans le Golfe et l’Asie du Sud-est.

Rien d’étonnant donc à ce qu’au lendemain de la révolution de jasmin, le nouveau gouvernement dans un souci d’apaisement après un mois de révolte, ait décidé de lancer une procédure contre l’ancien président, son épouse et le frère de cette dernière, Belhassen Trabelsi ainsi que huit autres membres du clan, pour « acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers », « placements financiers illicites à l’étranger » et « exportation illégale de devises ». Une commission chargée d’enquêter sur les malversations de la famille présidentielle a également été créée. Par ailleurs, les sociétés spoliées ont aussi fait savoir que des plaintes avaient été déposées contre les anciens ministres pour avoir exercé des pressions sur des chefs d’entreprises et hommes d’affaires, grâce notamment aux blocages administratifs et redressements fiscaux pour qu’ils cèdent des parts de leurs entreprises aux membres du clan Ben Ali. Les noms de Mondher Zenaidi et d’Abderrahim Zouari, respectivement ancien ministre du Commerce et des Transports, ont été cités.

Les autorités tunisiennes bénéficient du soutien de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne qui a promis de geler les avoirs de la famille Ben Ali après une décision judiciaire de la Tunisie. Mais comme le soulignent si bien la Banque mondiale et l’ONU dans un « guide » censé accompagner les États durement touchés par la corruption que les deux institutions internationales ont récemment publiés : « Récupérer le produit de la corruption est complexe ». Aussi, le nouveau pouvoir en place en Tunisie ainsi que sa population doivent s’armer de patience dans cette tentative de récupération de tous les biens ainsi « volés » au pays. À commencer par les lingots d’or (1,5 tonne) que l’ancienne Première Dame, Leïla Trabelsi-Ben Ali est supposée avoir emporté avec elle au moment de la fuite.

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