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Passer de la parole aux actes en Afrique

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Malam GerbaEn Afrique, les pays ou les États ne manquent de bonnes intentions. Ainsi, tous ou presque ont des constitutions qui n’ont à rien envier à celles des pays comme la France ou les États-Unis.

D’ailleurs, leurs constitutions sont des copies conformes de celles de ces pays. Ils sont aussi tous des États de droit qui ont adopté des lois qui respectent les droits de l’homme et les libertés individuelles, s’appuient sur les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, lesquels sont indépendants les uns des autres. Des élections libres et transparentes? Pas de problème. Il suffit de créer un organisme indépendant tel qu’une commission électorale autonome, un observatoire national les élections ou quelque chose du genre Elections Canada, etc., chargé de superviser la bonne tenue des élections et le tour est joué. La bonne gouvernance, aujourd’hui l’un des chevaux de bataille du président des États-Unis, Barack Obama? On déclare la guerre à la corruption et on crée des commissions nationales anti-corruption et voilà! L’amélioration du climat des affaires? Allègement des procédures, suppression des entraves à l’investissement, guichet unique, tout y est. L’Union européenne existe? Qu’à cela ne tienne? Depuis leur accession à l’indépendance, presque tous les pays d’Afrique ont souscrit à l’idée de l’intégration régionale, note le Rapport 2009 de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). «Il existe aujourd’hui davantage d’organisations régionales en Afrique que sur tout autre continent, et la plupart des pays africains participent à plusieurs initiatives d’intégration régionale», constate ce rapport.

On pourrait multiplier ce genre d’exemples à l’infini qui prouve que sur le papier, les pays africains ont fait tout ce qu’il y avait à faire et qu’ils ne devraient avoir aucun complexe à l’égard des pays développés. En effet, que disent les textes? Que ces pays sont aujourd’hui de véritables démocraties, où règne le multipartisme, où nul n’est au-dessus de la loi, où de profondes réformes économiques et sociales ont été engagées. De plus, ce sont de farouches partisans de l’intégration régionale, de l’union africaine et de la mondialisation. Bref, ils sont tellement vertueux qu’on leur «donnerait le bon Dieu sans confession».

Dans les faits, qu’en est-il? Il faut se garder de toute généralisation, bien sûr. Certains de ces pays ont fait des efforts louables pour mettre en pratique ces bonnes intentions et sont même cités en exemple à l’instar du Ghana, du Bénin, du Botswana, etc. Malheureusement, ils représentent encore une petite minorité. Dans la réalité, beaucoup de pays africains peinent encore à aller au-delà des vœux pieux. Prenons juste quelques exemples qui montrent que l’écart reste grand entre les discours et la réalité.

Premier exemple: la corruption. Il y a aujourd’hui une belle unanimité au niveau international pour condamner ce fléau qui sape les efforts de développement, mine la confiance dans les institutions démocratiques et facilite la criminalité transnationale. Naturellement, tous les pays africains prennent part à cette vaste campagne contre cette peste dont les ravages sont évalués à un millier de milliards de dollars annuellement par la Banque mondiale. Leurs discours sont de plus en plus virulents et leur condamnation est sans appel. Pourtant, on sera surpris d’apprendre que si la petite corruption touche le petit peuple, la grande corruption implique surtout de hauts responsables. Résultat : dans le classement de Transparency International de 2008 portant sur 180 pays et qui évalue la perception du niveau de corruption affectant les administrations publiques et la classe politique, sur les trente pays au bas du classement, c’est-à-dire les pays les plus corrompus, la moitié se trouve en Afrique.

Deuxième exemple : l’intégration régionale. Son principal objectif est de favoriser la mobilité des biens et des hommes, mais surtout le commerce entre pays africains. Si, près de 50 ans après les indépendances, des progrès indéniables ont été réalisés dans certaines régions comme l’Afrique de l’Ouest ou l’Afrique australe, dans d’autres, le chemin reste très long. Ainsi, en Afrique centrale, quinze après la création de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le marché sous-régional est encore attendu, le passeport CEMAC reste à l’état de projet et la compagnie Air CEMAC tarde à décoller. Et à cause de tous ces problèmes, le commerce des marchandises entre pays africains reste inférieur au commerce intrarégional pratiqué ailleurs sur le globe. Fait encore plus déplorable, les pays africains commercent davantage avec l’Union européenne qu’avec d’autres pays d’Afrique, malgré la proximité géographique de ces derniers.

Pourquoi donc ce que nous entendons n’est-il pas ce que nous voyons? Les raisons sont nombreuses à cela. Si nous nous en tenons à nos deux exemples, il est évident que, dans le premier cas, les dirigeants qui sont prompts à dénoncer la corruption, ne prêchent pas souvent par l’exemple. Dans ces conditions, comment les choses peuvent-elles changer? Et d’un. Et de deux : dans de nombreux pays, les crimes politiques (vouloir la place du chef) sont plus graves que les crimes économiques. En d’autres termes, tant qu’on est dans les bonnes grâces du prince, on bénéficie de l’impunité totale. Dans le second cas, au-delà des problèmes d’infrastructures routières, de barrières tarifaires, d’égoïsmes nationaux, se cache un manque flagrant de volonté politique.

Devant de tels agissements des gouvernements dans plusieurs pays, les populations sont aujourd’hui désabusées et ont perdu toute confiance dans les pouvoirs publics. Et une fois cette confiance perdue, il est très difficile de la recouvrer, comme le reconnaissait récemment le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick. Plus grave : il devient plus difficile par la suite de mobiliser ces populations qui ne croient plus en rien et qui développent à juste titre une certaine forme de cynisme à l’égard de la classe politique. Même l’arrivée d’une nouvelle équipe au pouvoir les laissera indifférentes, car elles sont convaincues qu’elles sont que les nouveaux maîtres parlent pour parler et que rien ne va changer.

Pour renverser la vapeur, cela exige carrément un véritable électrochoc, comme celui que le capitaine Thomas Sankara a appliqué au Burkina Faso dans les années 80 ou celui, plus récent, que subit le Cameroun et que l’on nomme Opération Épervier. Lancé en 2004, ce vaste mouvement de moralisation et d’assainissement de la vie publique a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel camerounais. Malgré la controverse suscitée par cette initiative (pourquoi maintenant, pourquoi seulement certains, etc.), elle a le mérite de prouver qu’après des années de discours sans effet, le pouvoir est enfin capable de passer à l’action, en frappant de nombreuses personnalités considérées jusque-là comme intouchables. Depuis, la peur s’installe, nous dit-on. Désormais, rares sont les Camerounais qui continuent à afficher un train de vie sans grand rapport avec leurs revenus réels. C’est peut-être le début de la sagesse. Mais il faut aller plus loin en Afrique en montrant que la bataille est générale et que dans tous les domaines de la vie sociale, il est grand temps d’agir, de passer des belles paroles aux actes.

Malam Gerba

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