Depuis des années, le refus de Pékin de réévaluer sa monnaie crée des tensions dans les relations avec les États-Unis. Mais comme les deux puissances économiques ne peuvent se passer l’une de l’autre, les reproches demeurent « polis » et les pourparlers, prudents.
Lors de la récente réunion du « Dialogue stratégique et économique », une rencontre sino-américaine qui a lieu deux fois l’an depuis 2006, le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner a dit en s’adressant au vice-premier ministre chinois Wang Qisha: « Nos deux pays ont largement bénéficié de l’ouverture du commerce et des investissements », appelant toutefois à « un système de commerce mondial plus ouvert (...) dans lequel les pays peuvent se livrer une concurrence à armes égales ».
Or, c’est un ton pour le moins plus ferme qu’a adopté M. Geithner hier lors d’une audition au Congrès sur les relations économiques sino-américaines. Normal puisqu’un discours à usage interne se doit de calmer les élus et le peuple américains. Il a estimé que Pékin faisait carrément « obstacle » au rééquilibrage de l’économie mondiale en maintenant un taux de change qui avantage ses exportateurs tout en affirmant que Washington ne comptait rien céder à la Chine en matière d’échanges commerciaux, malgré des progrès obtenus récemment.
Les États-Unis, tout comme l’Union européenne d’ailleurs, attendent impatiemment que l’affirmation du gouverneur de la Banque populaire de Chine Zhou Kiaochuan se concrétise, à savoir que le Yuan devait être révisé à la hausse dans le cadre d’une politique de sortie de crise.
Dans les faits, la Chine maintient délibérément un taux de change sous-évalué de sa monnaie afin de soutenir ses entreprises exportatrices. Selon l’économiste Claude Tiramani, le Yuan serait sous-évalué de 30 % par rapport au dollar. Car des produits aux coûts extrêmement compétitifs sont achetés de toutes parts. D’ailleurs, l’excédent commercial de l’Empire du Milieu a fortement progressé en mai dernier grâce à un bond de ses exportations de près de 50 % en rythme annuel. Selon l’Administration des douanes, cela se traduit en argent par un excédent commercial de 19,5 milliards $ US contre 1,7 milliard en avril.
En revanche, cela signifie pour ses partenaires commerciaux européens et américains des pertes importantes dans les exportations s’ils veulent être compétitifs.
On comprend dès lors pourquoi ils demandent à la Chine d’assouplir sa politique de change, car un tel ajustement profiterait à l’économie mondiale. Cependant, une hausse du Yuan signifierait aussi une dévalorisation de ses actifs américains. En septembre 2009, la Chine détenait 696,2 milliards de dollars de bons du Trésor, selon les dernières statistiques américaines. Par contre, une réévaluation aurait l’avantage pour le pays d’importer les matières premières à de meilleurs prix.
La question est de savoir quand. Lors du « Dialogue stratégique et économique », le président chinois Hu Jintao a affirmé de nouveau la volonté de la Chine de poursuivre la réforme de son taux de change, mais sans toutefois fixer de date.
Cela devrait impérativement se faire bientôt. De l’avis de plusieurs économistes, la Chine n’a d’autre choix que de cesser de tergiverser. Elle doit passer à l’acte pour refroidir un taux d’inflation qui frôle 3 %, la limite à ne pas dépasser selon le gouvernement chinois. Car une trop grande hausse du taux d’inflation pénalisera la compétitivité de son économie, ce qui créerait un déséquilibre économique dangereux.
Mais comme la Chine voudra éviter un choc trop brutal pour ses entreprises exportatrices, la hausse devrait se faire de façon graduelle. Certains analystes avancent des chiffres compris entre 5 et 10 % dès cette année.
Les articles suivants pourraient aussi vous intéresser:
- Énergies "vertes": Pékin accuse les États-Unis de subventionner le secteur
- La Chine et les États-Unis avancent leurs pions au Sud-Soudan
- Le Brésil accuse la Chine et les États-Unis de sous-évaluer leur monnaie
- Libye: les États-Unis autorisent l'achat de pétrole aux rebelles
- Changement climatique / Conférence de presse en ligne sur les résultats attendus du Forum 2011 de partenariat sur les fonds d’investissement climatiques
- Porsche: des plaintes aux Etats-Unis pourraient retarder le rachat par Volkswagen




























