Depuis plusieurs années, les pays riches ne cessent de se livrer à un véritable bras de fer sur la question des subventions gouvernementales concernant le commerce international des produits alimentaires. Ainsi, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) doit constamment trancher dans les différents conflits qui opposent très souvent ces différents pays qui se rejettent mutuellement les responsabilités sur cette question des subventions. Ces subventions permettent aux producteurs occidentaux de vendre leur produit à un prix très compétitif, faussant ainsi la donne vis-à-vis de leurs homologues des pays moins riches qui, ne bénéficient pas, eux, de subventions gouvernementales. Ces derniers sont donc ceux qui subissent le plus grand préjudice dans ce domaine.
Nombreuses sont les organisations non gouvernementales, qui reprochent aux pays riches, notamment les États-Unis et l’Union européenne, de saper le développement agricole des pays les plus pauvres, dont les agriculteurs bataillent pour faire concurrence à l’agriculture lourdement subventionnée de ces pays. Les pays du Sud et les ONG dénoncent ainsi le recours systématique et continu des États-Unis et l’Union européenne aux subventions massives pour aider leurs fermiers. Une pratique qui maintient les agriculteurs de ces pays du Sud dans la pauvreté à cause de leur impact sur les prix du marché mondial. Selon l’ONG anglaise Oxfam, 2500 grands fermiers américains se partagent, tous les ans, 5 milliards de dollars offerts par l’État. C’est dans ce contexte que l’OMC avait par exemple ordonné aux Américains en 2005, dans un conflit les opposant au Brésil, de réduire leurs subventions, considérant que celles-ci avaient des effets de distorsion des échanges. Le Département américain de l’agriculture avait dû en conséquence réformer en partie ses programmes de crédit à l’exportation pour se conformer à la décision de l’organe de règlement de différends.
Pour autant, les États-Unis n’ont jamais envisagé d’abandonner cette politique de subventions. Au contraire, ils ont continué de plus belle avec d’autres produits de base tels que le riz et le maïs. Ils ont ainsi versé (toujours selon Oxfam) 25 milliards de dollars aux producteurs de maïs durant ces cinq dernières années, pour une récolte qui autrement aurait perdu 20 milliards de dollars au cours de la même période. Des subventions qui ont fait chuter les prix mondiaux et causé des pertes allant jusqu’à 4 milliards de dollars à des pays comme l’Afrique du sud, l’Argentine et le Paraguay. Les producteurs de riz américains reçoivent, quant à eux, des subventions d’un milliard de dollars par an, soit la valeur totale de la récolte nationale.
Même scénario en Europe où la Politique Agricole Commune (PAC) a été en 2010 la deuxième dépense d’intervention de l’Union européenne (56 milliards d’euros, soit un peu plus de 81 milliards de dollars), après la cohésion sociale. Mise en place dans les années 60 afin d’augmenter la production alimentaire dans une Europe dévastée par des années de guerre et garantir l’autosuffisance alimentaire de la Communauté européenne, la PAC représente près de 40% du budget communautaire. Et jusqu’au 31 décembre 2007, elle représentait le premier poste du budget européen (jusqu’à 70 % du budget en 1984 contre 43% en 2008). La France et l’Allemagne sont à titre indicatif les deux pays européens qui bénéficient le plus de ces subventions aux agriculteurs.
Lors du sommet du G8 d’Aquila en Italie en 2009, les dirigeants des huit premiers pays industrialisés de la planète s’étaient engagés à débloquer 14 milliards d’euros, soit environ 20 milliards de dollars, pour assister pendant trois ans, les agriculteurs dans les pays en développement dans leur lutte contre la faim dans le monde et la promotion du développement agricole. Une attitude hypocrite qu’ont dénoncée certaines ONG qui considéraient cet engagement complètement incohérent par rapport aux sommes astronomiques que ces mêmes pays dépensent tous les ans avec les subventions agricoles à l’exportation.
Les articles suivants pourraient aussi vous intéresser:
- Les multinationales et la corruption à l’étranger : une répression modérée dans les pays d’origine
- La politique des subventions : le double jeu des pays riches
- Les relations franco-africaines : le poids des entreprises françaises
- Le Colombien José Antonio Ocampo retire sa candidature à la présidence de la Banque mondiale (presse
- Importation des produits alimentaires : les pays les plus dépendants
- Les prix des denrées alimentaires vont rester élevés (patron de Nestlé)



























