L’industrie pétrolière se retrouve impliquée dans les pires désastres infligés à l’environnement au cours des trois dernières décennies. Confrontés à des poursuites de toute sorte, les responsables en paient souvent un prix lourd. Non sans avoir souvent tenté de se soustraire aux dédommagements. Quelques dates majeures sont à retenir dans cette malheureuse histoire des désastres écologiques.
1978, le supertanker Amoco Cadiz fait naufrage au large des côtes bretonnes, déversant plus de 220 000 tonnes de pétrole sur 400 km de côtes. 30 000 oiseaux seront touchés, ainsi que plusieurs élevages d'huîtres et des espèces d'algues. Le procès durera près de 15 ans et aboutira à une compensation et à des amendes s’élevant à près de 150 milliards $US.
1989, le pétrolier Exxon Valdez s'échoue sur la côte de l'Alaska déversant 40 000 tonnes de brut qui provoquent une importante marée noire. Montant des réparations, 4,5 milliards $US.
1999, Le pétrolier Érika échoue et souille 400 km des côtes de Bretagne de ses 250 000 tonnes de brut. On estime cette fois le nombre d’oiseaux morts entre 150 000 et 300 000, soit dix fois plus que pour le naufrage de l'Amoco Cadiz. Ce cas a récemment rebondi dans l’actualité avec une décision –très discutée- de justice qui innocenterait Total, propriétaire de la cargaison, en statuant que l'Erika, au moment du naufrage, était « un navire étranger se trouvant en zone économique exclusive », c'est-à-dire hors des eaux territoriales.
Au départ, les tribunaux avaient retenu contre Total SA une imprudence dans la sélection du navire, et infligé une amende de près de 490 000 $US. Mais le groupe pétrolier a formé un pourvoi en cassation pour contester cette condamnation au pénal. Seuls le propriétaire, le gestionnaire du navire et la société de classification Rina ont alors été condamnés solidairement sur le plan civil. Le montant des dommages et intérêts avait été fixé à 260 millions $US, mais Total avait déjà versé, à la suite du jugement de première instance du 16 janvier 2008, aux parties civiles qui le souhaitaient environ 220 millions $US dans ce cadre.
Enfin, plus près de nous, 2010. La Louisiane est frappée par une marée noire causée par l'explosion d'une plateforme pétrolière louée par la compagnie BP. Près de 780 millions de litres de pétrole se répandent dans le golfe du Mexique, provoquant la plus importante catastrophe de l'histoire de l'industrie pétrolière. 11 personnes y perdront la vie, et la marée noire, alimentée pendant 87 jours par la fuite du puits, polluera plus de 1 700 km de zones marécageuses et de plages, tuant près de 6 000 oiseaux.
Depuis, les procès se multiplient en appel sur une répartition des compensations entre le géant et le propriétaire de la plate-forme incriminée. Au mois de janvier dernier, on a toutefois appris que la BP provisionnera jusqu’à 40 milliards $US pour faire face aux coûts de la marée noire, de l'indemnisation des citoyens aux amendes infligées par l'administration américaine sur la base de la loi "Oil Pollution Act " de 1990. Cette dernière prévoyant une amende maximale de 3 000 $US par baril déversé dans la nature.
Dans cette même affaire, on ne saurait mettre de côté les énormes sommes engagées en honoraires de frais d’avocats et de relationnistes en affaires publiques. Paradoxalement, ces conseillers qui gagneraient à laisser traîner les procédures, conseillent généralement de régler à l’amiable parce que cela a un coût en termes d’image. C’est en effet la première ligne à défendre pour ne pas apparaître comme un délinquant environnemental. Il n’en demeure pas moins qu’ils y gagnent énormément.
À cet effet, le chroniqueur judiciaire René Lewandowski rappelait l’année dernière qu’avec les milliards de dollars prévus dans les dédommagements, BP pourrait devoir verser jusqu'à 14 milliards $US en frais juridiques. De plus, il faudrait rajouter quelques autres milliards pour regagner les galons d’entreprise verte perdus. Une image qui permet de se parer d’une vertu essentielle pour les investisseurs, désormais soucieux de suivre une tendance qui a un impact direct sur les consommateurs.
Comme on le voit, il en coûte énormément pour rester fort et lisse en zones de turbulence. Les géants pétroliers, plusieurs fois englués dans les marées noires, n’y échappent pas et mettent le prix qu’il faut pour conserver leur statut.


























