Incontournables en raison de la dépendance des économies mondiales à l’industrie pétrolière, les grands groupes pétroliers sont fortement concurrencés par de nouveaux joueurs très ambitieux. Devant la percée de ces derniers, plusieurs opérations de fusions et acquisitions permettent à ces géants de protéger leurs acquis. Mais pour combien de temps encore ?
Dans le cadre de la répartition des intérêts en jeu, rappelons que l'industrie pétrolière comprend trois secteurs distincts, mais complémentaires : la production, le raffinage et la commercialisation des produits. Cette dernière comprend la vente en gros et la vente au consommateur par l'entremise des stations-service et d'autres points de distribution.
Même si une grande partie des producteurs sont nationaux, les majors de l’industrie pétrolière sont de très efficaces distributeurs qui réussissent à tirer d’énormes bénéfices de cette situation de quasi-monopole.
Dans cette configuration, les grands groupes pétroliers sont plutôt influents dans la prospection et l’exploitation. Et malgré les nombreux mouvements de résistance, ils gardent une certaine mainmise sur le marché mondial. Ce qui se vérifie avec les différentes fusions opérées pour faire face à la montée de nouvelles entreprises, surtout publiques, qui tirent plus qu’honorablement leur épingle du jeu.
Un rapport publié en février dernier et indiquant de gros bénéfices en 2011 pour les majors a cependant fait illusion.
Car en fait, si les revenus des grands groupes pétroliers se sont envolés l’année dernière, c’est essentiellement dû à un prix exceptionnellement élevé du brut. Les chiffres diffusés par les différents rapports et relayés par les médias sont révélateurs. « Malgré des volumes de production en recul, les majors du pétrole ont enregistré une spectaculaire envolée de leurs bénéfices en 2011. Ils ont grimpé de 35 % chez ExxonMobil, de 41 % chez Chevron, de 54 % chez Shell. BP est spectaculairement sorti du rouge, tandis que Total a dévoilé vendredi un résultat net de 17 milliards de dollars, en hausse de 22 %. Globalement, les 50 premiers groupes mondiaux du secteur ont dégagé un résultat net annuel de l’ordre de 340 milliards $US, selon Bloomberg. Soit 44 % de plus en un an !
Ce succès a une explication simple. Les grandes compagnies internationales ont bénéficié l’an dernier d’une sorte de « choc pétrolier rampant ». Le baril de Brent de la mer du Nord s’est renchéri de 40 %, pour s’établir à 111 $US en moyenne. Un prix supérieur à celui de l’année 2008 (98,50 $US), lorsque le cours de l’or noir avait culminé à 147 $US en juillet, avant de s’effondrer sous les 40 dollars en décembre, à la suite de la faillite de Lehman Brothers ».
Si les revenus ont été à la hausse, la production n’a pas suivi pour plusieurs raisons dont la principale est le déclin des champs d’exploitation. Selon l’Agence internationale de l’énergie, citée par Les Échos : «Cette chute serait de 6 % à 7 % par an en moyenne dans le monde, une fois passé le pic de production des gisements. D’autre part, les majors ont ensuite été pénalisés par leurs nombreux contrats de partage de la production. Moins avantageux qu’un contrat de concession, ce type d’accord réduit la part des volumes qui revient à la compagnie internationale lorsque les prix augmentent, et accroît celle des pays hôtes. Total a perdu 2 % de sa production du fait de cet engagement. Environ la moitié des opérations de Chevron sont exposées aux contrats de partage de production contre 20 % pour ExxonMobil.
Par ailleurs, la principale mutation des propriétés pétrolifères se situe au niveau de la prospection, car cette dernière reste un thème central dans le secteur. Parce qu’elle est essentielle à la substitution des volumes de production et à la consolidation des réserves dans les périodes d'accès plus difficile et souvent restreint aux hydrocarbures, on y voit apparaître de nouveaux prétendants.
Surfant sur les nombreux changements d’allégeances politiques et de la coopération, les pays émergents se sont engouffrés dans la brèche. Ce qui fait que des entreprises comme Petrobras (Brésil), SINOPEC (Chine) ou ONGC (Inde) sont devenues des acteurs essentiels de l’économie internationale. Leur présence et leur influence dans les nouvelles zones de production pétrolière en Afrique, en Amérique latine ou en Asie centrale fragilisent les intérêts des géants pétroliers.
La prochaine décennie sera donc déterminante en raison des besoins sans cesse croissants des pays émergents, Chine en tête. Cette menace devrait pousser vers une inversion constante de la balance des investissements et de l’exploitation des hydrocarbures, et nécessairement à une nouvelle répartition des parts de marché.
Une tendance qui suit naturellement la modification du portrait de l’économie globale, soit un recul des pays industrialisés et une montée en force, finances et ressources comprises, des nouvelles puissances intermédiaires.


























