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Fusions et acquisitions des entreprises: la fin de la concurrence ?

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Fusions et acquisitions des entreprisesEn dehors des grands consortiums qui accumulent des investissements dans divers secteurs économiques, la plupart des firmes transnationales évoluent en principe dans les mêmes eaux. Devant la multiplication des concentrations de ces entreprises, on s’est inquiété à juste titre que les consommateurs n’aient plus le loisir d’avoir un certain embarras du choix.

Les premières méga concentrations d’entreprises ont effectivement fait craindre une monopolisation de l’offre manufacturière et industrielle et on a quelquefois assisté à une prise d’intérêts qui a largement entamé la diversification de l’offre.

Ce fut par exemple le cas des communications où l’on a relevé des convergences transmédiatiques dénoncées par les associations de consommateurs d’une part et plus ou moins recadrées par les organismes de régulation d’autre part. Autant dire que depuis, la concurrence fait de la résistance, surtout que cette dernière n’est pas le fait d’une subite générosité des investisseurs et des spéculateurs mais simplement un sursaut des autorités publiques et une prise de conscience de la société civile.

Cette fameuse « guerre aux monopoles » se poursuit bon an mal an dans les principaux secteurs touchés par les fusions-acquisitions depuis un quart de siècle.

On sait que les opportunités structurelles derrière toutes les opérations d’achat ou de rachat des entreprises sont généralement la recherche de la croissance, la protection de la profitabilité et une certaine adaptation aux nouvelles conditions de marché.

Pour rappel, nous écrivions dans un dossier récent qu’avec une marge moyenne d’exploitation de 16,2%, l’industrie pharmaceutique est le secteur le plus rentable au monde devant les compagnies financières qui tournent autour des 10-11%. On y retrouve plusieurs exemples frappants de la monopolisation de l’offre dans le marché du médicament.

En 2010, les 10 premiers groupes qui détenaient près de 25,6% du marché étaient issus de fusions intervenues dans les années 2000. À eux seuls, il commercialisent les dix plus importants médicaments vendus dans le monde : Lipitor , Plavix, Remicade, Avastin, Advair, Rituxan, Humira, Enbrel, Diovan et Crestor (72,5 milliards $US de ventes combinées) à la fin 2010 sur la base des rapports annuels publiés à la fin du premier trimestre 2011.

Il s’agit de Pfizer (USA, 50 milliards $US), Roche (Suisse, 45,8 milliards $US), Novartis (Suisse, 44,2 milliards $US), Merck&co (USA, 42,9 milliards $US), Sanofi-aventis (France, 39 milliards $US), Glaxo Smith Kline (GB, 35,9 milliards $US), Astra Zeneca (GB, 32,8 milliards $US), Johnson&Johnson (USA, 22,5 milliards $US), Eli Lilly (USA, 21,8 milliards $US), Bristol Myers Squibb (USA, 18,8 milliards $US).

Les regroupements de ces ogres ont clairement été effectués avec l’intention de détenir les parts de marché les plus rentables et l’exclusivité des médicaments les plus recherchés par les services de santé publique.

Encore plus près, le secteur des télécommunications évolue à la vitesse V en raison des mutations technologiques constantes. Cette dynamique exponentielle crée des domaines réservés et il y a très peu de concurrence sur les principaux marchés de consommation. La téléphonie mobile qui subit le plus l’impact des avancées technologiques, est dominée par une demi-douzaine de firmes transnationales qui en arrivent souvent à mettre sur pied les mêmes politiques commerciales. Ce qui, bien évidemment, élimine de potentiels joueurs et pénalise les consommateurs, obligés de s’en tenir aux offres proposées.

Le principal contre-argument de certains analystes, comme le consultant français Olivier Voirin, est que « le modèle économique des télécommunications implique de lourds investissements dont la rentabilité ne peut être assurée que sur une longue période. Pour les réseaux de télécommunications où la rentabilité n'apparaît qu'au bout de cinq ans, même lorsque les investissements sont faibles, ou plusieurs dizaines d'années lorsqu'il faut construire un réseau mobile ou fixe. Les règles de concurrence ne s'appliquent évidemment pas de la même manière que pour des activités de cycle court, avec des productions rapidement substituables. »

Mais ce que ces analystes ne disent pas dans ce cas précis, c’est que plusieurs opérateurs majeurs ont hérité d’infrastructures financées par les contribuables, lors de la privatisation de plusieurs entreprises publiques. La ligne de défense des tenants du tout libéral est donc fragile ici et ne pourrait résister longtemps à l’analyse et au destin cyclique du marché.

Les socio-économistes ont démontré depuis longtemps que l’humain est fondamentalement versatile et se lasse vite de l’habitude. En matière de consommation, les spécialistes du marketing l’ont théorisé : le premier besoin du consommateur est le désir de changement. Il est évident que sans concurrence, il n’y a pas de choix multiples et sans choix multiples, on s’en remet aux valeurs sûres, et généralement à ce que l’on possède déjà.

La concurrence n’est donc jamais terminée et tant qu’il y aura du commerce, il y aura une offre peut-être variable, mais nécessairement variée.

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