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Présidentielle en Gambie: le terrain judiciaire se dérobe sous les pieds de Jammeh

Déterminé à rester au pouvoir en Gambie jusqu'au terme de ses recours électoraux, Yahya Jammeh a subi un nouveau revers mardi, la Cour suprême concluant à l'impossibilité de statuer avant des mois et prônant une solution négociée avec le président élu Adama Barrow.

Ce coup de théâtre se produit à la veille d'une nouvelle mission régionale à Banjul, conduite par le chef d'Etat du Nigeria, poids lourd du continent, Muhammadu Buhari, et son homologue libérienne Ellen Johnson Sirleaf, présidente en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays).

La Gambie traverse une crise depuis que Yahya Jammeh a annoncé le 9 décembre qu'il ne reconnaissait plus sa défaite à l'élection présidentielle du 1er décembre, une semaine après avoir pourtant félicité M. Barrow pour sa victoire.

Depuis ce revirement, le président sortant subit de nombreuse pressions extérieures, notamment de la Cédéao, pour quitter le pouvoir le 19 janvier, après l'expiration de son mandat.

Le 13 décembre, le parti de M. Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, a saisi la Cour suprême d'une demande d'annulation de l'élection, arguant d'irrégularités dans la comptabilisation des votes et l'organisation du scrutin. Deux autres recours ont été déposés le 3 janvier.

Mais la Cour suprême est dans l'impossibilité de se prononcer avant plusieurs mois, le temps de remplacer les juges manquants depuis plus d'un an et demi, a déclaré mardi le président de cette juridiction, le magistrat nigérian Emmanuel Fagbenle.

"Nous ne pourrons statuer que lorsque la Cour sera au complet", avec l'arrivée de juges du Nigeria et de Sierra Leone dans les prochains mois, a affirmé M. Fagbenle lors d'une audience sur le premier recours, précisant que ces deux pays avaient indiqué ne pas disposer de magistrats pour remplir cette mission dans l'immédiat.

La Gambie, petit Etat de moins de deux millions d'habitants, fait souvent appel à des magistrats d'autres pays anglophones, notamment du Nigeria, pour renforcer son système judiciaire.

- Isolement croissant -

En attendant, l'audience a été renvoyée au 16 janvier, "un ajournement qui doit aussi permettre aux parties au litige de le résoudre pacifiquement avant que la transition (entre MM. Jammeh et Barrow, NDLR) ne s'achève", a indiqué le président de la Cour suprême.

Faute d'issue judiciaire à court terme, "il ne nous reste pour résoudre le litige que la médiation de la Cédéao et la commission inter-partis mise en place par le gouvernement" avec le soutien de l'ONU, a relevé M. Fagbenle.

La mission de la Cédéao mercredi, après une précédente tentative infructueuse le 13 décembre, à laquelle participaient déjà M. Buhari et Mme Sirleaf, vise à "discuter avec le président Jammeh de l'impératif de respecter la Constitution", avait indiqué lundi le ministre nigérian des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama.

Un transfert pacifique du pouvoir est préférable mais un recours à la force n'est pas exclu, "toutes les options sont sur la table", avait précisé M. Onyeama.

Yahya Jammeh a assuré le 20 décembre qu'il ne céderait pas le pouvoir tant que la Cour suprême n'aurait pas statué sur ses recours électoraux. Et le 31 décembre, il a exclu toute négociation avec la Cédéao, l'accusant de partialité.

Le président gambien apparaît désormais de plus en plus isolé, à moins de dix jours de la fin de son mandat.

Les médias officiels ont annoncé lundi soir le limogeage sans explication de son ministre de l'Information depuis deux ans, Sheriff Bojang, dont l'entourage avait révélé peu auparavant son exil au Sénégal voisin.

"Il n'est jamais trop tard pour bien faire", s'est justifié M. Bojang sur Facebook, au sujet de sa participation au régime, qualifiant la saisie de la Cour suprême de "tentative de détourner la volonté expresse du peuple gambien".

Auparavant, une source au ministère des Affaires étrangères avait fait part lundi à l'AFP de la destitution de douze ambassadeurs gambiens à l'étranger qui avaient appelé Yahya Jammeh à céder pacifiquement le pouvoir à Adama Barrow.



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