Des ressources hydriques éparses et des ressources financières insuffisantes plombent la distribution d’une denrée inégalement répartie sur le continent.
En matière d’accès à l’eau, il existe une Afrique à «deux débits» pour reprendre une expression en cours dans les cercles de la coopération. Soumis au paradoxe d’un territoire qui manque d’eau tout en possédant des réserves appréciables, le continent recherche encore le meilleur moyen de tirer profit de cette manne afin de combler les ressources nécessaires au développement de l’économie. Selon les dernières données, l’Afrique dispose d’environ un tiers des principaux bassins hydrogéologiques internationaux, mais utilise seulement 6 % de ses ressources en eau renouvelables. Actuellement, quelque 300 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à l’eau salubre et près de 313 millions n’ont pas accès aux services d’assainissement.
Les solutions doivent rapidement être appliquées pour deux raisons fondamentales. D’abord parce la demande en eau potable sur le continent est de plus en plus forte – à l’horizon 2015, près de 70% de la population africaine vivra dans les villes –, ensuite parce que la hausse de la demande alimentaire imposera une concurrence entre l’eau pour l’irrigation et les autres usages. Avec la mise en place de divers plans d’ajustement, la majorité des pays essaient de trouver les voies de parvenir à une gestion intelligente du marché hydrique, coincé entre impératifs de justice sociale et nécessités des contextes économique et financier. Le statut de l’eau doit donc être défini : est-ce un bien public ou une ressource économique ?
Le défi du traitement des eaux
La production d’eau potable coûte un certain prix et oblige à drainer des capitaux de plus en plus importants. Ici, plusieurs analyses d’organismes internationaux sont formelles : «Les programmes et les projets qui échouent ont été mal préparés, mal conçus, mal gérés, souffrent de déficits financiers et ont pris du retard et les surcoûts dans les infrastructures hydrauliques obèrent les efforts consentis en matière d’investissement public et même lorsqu’il y a eu augmentation substantielle des budgets, cette augmentation cache bien souvent une efficience décroissante des investissements publics». Les conclusions qui en découlent sont donc d’accroître l’efficacité de l’investissement public et renforcer la participation financière des usagers. Ce dernier point semble paradoxal, mais il a été observé qu’à la suite de longues sécheresses, les consommateurs domestiques et les agriculteurs ont déboursé jusqu’à des centaines de fois le tarif public pour se faire livrer de l’eau (souvent de moindre qualité) par les vendeurs ambulants.
La rareté de l’eau impose en quelque sorte qu’elle soit abordée avec toute la rigueur nécessaire. Les États seuls ne suffiront pas à la tâche et il s’agit pour les investisseurs et opérateurs privés de savoir tracer la ligne médiane entre le tout profit et le nécessaire négoce. Un certain nombre de mesures techniques, de choix technologiques, de montages financiers et de trains réglementaires sont à mobiliser pour atteindre des objectifs raisonnables de redistribution de la ressource hydrique. À la dernière conférence de Syrte en Lybie (15-17 décembre 2008) sur l’Eau pour l’énergie et l’agriculture en Afrique, les participants s’étaient engagés, entre autres résolutions, à :
• Adopter une politique globale d’appui à la productivité agricole qui tienne compte de l’eau, des intrants agricoles, de la capacité technique, des systèmes fonciers, des marchés et de l’environnement institutionnel, qui doit être équitable et favorable aux petits exploitants;
• Engager le Conseil ministériel africain sur l’eau à promouvoir une approche multidisciplinaire, intersectorielle et sans exclusives pour l’établissement de politiques et de plans de gestion des ressources en eau du continent;
• Adopter un cadre pragmatique, impulsé par la demande et progressif pour l’investissement dans la mise en valeur de l’eau à l’appui de l’agriculture et de l’énergie, qui couvre la maîtrise de l’eau à petite échelle, l’amélioration des infrastructures hydriques existantes et la mise en valeur des grands bassins versants;
• Engager les donateurs et les partenaires pour le développement à aider l’Afrique à adopter rapidement des systèmes de gestion durable de l’eau à l’appui de l’agriculture et de l’énergie;
Il est à souhaiter que le sérieux des intentions et la rigueur d’application suivent pour que le chemin cette fois soit moins long qu’à l’habitude.
Léopold Nséké




























