CLEVELAND, 28 juin 2012 (AFP) - Shannon Okey ne doit rien aux investisseurs traditionnels pour le lancement de sa société d'édition de livres sur le tricot; se voyant refuser un prêt de la banque, cette Américaine a recouru à la bonne volonté de ses compatriotes internautes.
Après avoir partagé son idée sur Twitter et envoyé quelques cadeaux, dont des livres et des sweat-shirts, cette habitante de l'Ohio (nord) a procédé à un appel aux participations sur le site kickstarter.com, l'un des sites majeurs de financement participatif, système alternatif en pleim boum à l'heure du resserrement du crédit bancaire.
Kickstarter.com, créé en 2008 pour soutenir des projets plutôt artistiques, fait partie d'une nuée de 452 sites qui ont levé, l'année dernière, près de 1,5 milliard de dollars dans le monde, selon une étude de l'institut de recherche Massolution.
Shannon a récolté pour sa part plus de 12.400 dollars en un mois. Quelque 283 internautes se sont mobilisés pour constituer le capital de départ de sa start-up, Corporate Press, qui aujourd'hui réalise un chiffre d'affaires à six chiffres.
"Je savais que je pourrais trouver preneur parmi les gens et leur dire +voilà mon idée, nous donnerez-vous de l'argent?+", explique-t-elle à l'AFP.
Cette nouvelle manne est appelée à croître rapidement car une récente loi américaine, une fois mise en oeuvre par les régulateurs, permettra aux particuliers d'acheter des actions d'une entreprise via le financement participatif.
Le système est simple et, aux yeux de Barack Obama, une véritable aubaine en temps de crise. Le président américain l'a décrit comme un "tournant" qui, en augmentant sans limite les liquidités disponibles, donnera un coup de fouet à la croissance.
Quelques voix critiques se sont néanmoins élevées, évoquant des risques de fraude, de pertes ou de conflits potentiels.
"Les amis, les fondateurs et les abrutis"
"Historiquement, les investisseurs relèvent de plusieurs catégories: les amis, la famille, les fondateurs et les abrutis", estime Richard Miller, vice-président d'une association d'investisseurs dans des fonds de capital-risque, basée dans l'Ohio. "Le financement participatif tombe dans l'une d'entre elles, mais je ne sais pas encore laquelle".
Au contraire, ses partisans vantent la chance qu'il représente pour les Etats comme l'Ohio délaissés par les investisseurs, qui préfèrent par exemple la Silicon Valley californienne.
"Pour le meilleur ou pour le pire, on a tendance à suivre le troupeau", note Chance Barnett, qui a fondé crowdfunder.com à Los Angeles. "Si 400 personnes assez intelligentes soutiennent une idée, il y a des chances que j'en fasse autant".
Les règles en cours d'élaboration, censées protéger cette nouvelle race d'investisseurs, feront en sorte qu'ils soient informés des risques, que leur investissement soit plafonné et que la levée de fonds se fasse sur des plateformes neutres.
Les entreprises pourront recevoir jusqu'à un million de dollars par an, auprès d'un maximum de 10.000 personnes, le tout sans procédure de mises en vente d'actions publiques.
Déjà, le système -- originellement mis en place pour des projets indépendants de musique, de films, de reportages ou d'expositions -- a franchi les frontières industrielles. Le fabricant de "montres intelligentes" Pebble a draîné 10,2 millions de dollars, un record.


























