MONTREAL, 17 mai 2012 (AFP) - Le gouvernement du Québec va faire voter une loi d'exception dans le but de mettre fin au conflit étudiant qui secoue la province francophone depuis 14 semaines et qui "a duré trop longtemps", a annoncé mercredi soir le Premier ministre québécois Jean Charest.
"Il est temps que le calme revienne (...), la situation actuelle a duré trop longtemps", a déclaré le Premier ministre à propos de ce conflit étudiant, le plus long de l'histoire du Canada, qui porte sur une hausse importante des droits de scolarité.
"Nous allons proposer à l'Assemblée nationale un projet de loi qui permettrait de réorganiser le calendrier (scolaire) de façon à permettre aux étudiants de compléter leur session et de ne pas être pénalisés pour la suite de leur parcours".
M. Charest n'a pas précisé quand le projet de loi serait présenté, se contentant de dire qu'il le serait "bientôt" et ajoutant que le gouvernement -- majoritaire en chambre -- "n'avait pas l'intention de tarder".
"Le projet proposera de garantir l'accès à l'éducation. Il sera fondé sur le principe sacré de la liberté de chaque citoyen. Aucun étudiant ne sera forcé... à revenir en classe. Il reconnaît à ceux désireux de poursuivre leur éducation de le faire dans un environnement sécuritaire et paisible".
"Je crois qu'il est prêt à utiliser la force", a dit au sujet du Premier ministre la porte-parole du Parti québécois (opposition officielle) en matière d'Education, Marie Malavoy, en reprochant à M. Charest de ne pas avoir "daigné s'adresser aux étudiants" depuis le début du conflit.
Les dirigeants étudiants ont également dénoncé vertement le projet de loi, accusant le gouvernement d'avoir délibérément laissé pourrir le conflit. "Après des lois spéciales comme ça, il ne faut pas se demander pourquoi les jeunes perdent foi en leurs institutions démocratiques", a dit l'un d'eux, Léo Bureau-Blouin.
Des milliers d'étudiants manifestaient dans les rues de Montréal dans la nuit de mercredi à jeudi, entourés d'un imposant dispositif policier.
Le projet de loi prévoit aussi la suspension des semestres en cours dans les collèges et universités "aux prises avec un boycottage des étudiants".
Le Premier ministre a tenu à minimiser l'importance de la mobilisation étudiante, soulignant que les cours faisaient l'objet d'un boycottage que dans 14 collèges sur 48 et que dans "certaines facultés" de 11 universités sur 18 au total.
Bien que plusieurs milliers d'étudiants soient retournés en classe ces dernières semaines, plus de 130.000 des quelque 425.000 étudiants universitaires et collégiaux du Québec poursuivent la grève. Et la grande majorité des étudiants -- grévistes et non grévistes -- sont contre la hausse des droits de scolarité.
La dernière offre du gouvernement - massivement rejetée par les étudiants grévistes lors de leurs assemblées générales - prévoit une augmentation de 82% des droits de scolarité à l'université de 1.780 dollars sur sept ans, au lieu de cinq ans initialement, pour arriver à près de 4.000 dollars par an, plus près de la moyenne nord-américaine.
En contrepartie, les prêts et bourses augmenteront également, a fait valoir M. Charest.
La hausse des droits de scolarité, qui doit entrer en vigueur à l'automne, aura aussi des répercussions outre-Atlantique. En vertu d'un accord bilatéral France-Québec, les plus de 10.000 étudiants français inscrits dans une université québécoise paient la même somme que leurs "cousins" québécois.


























