WASHINGTON, 02 mai 2012 (AFP) - Le patron de News Corporation Rupert Murdoch garde le pouvoir absolu sur l'empire des médias qu'il a bâti, bien qu'il n'ait pas été jugé "apte" à diriger un grand groupe par la commission parlementaire britannique enquêtant sur l'affaire des écoutes, notent des experts.
M. Murdoch, 81 ans, tient largement son pouvoir de la structure du capital du groupe, partagé entre titres avec et sans droit de vote, qui lui permet de contrôler avec sa famille environ 40% des droits de vote depuis son siège new-yorkais. Le milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal, qui soutient l'équipe dirigeante, détient encore environ 7% des droits de vote.
Résultat: "Il est impossible pour les actionnaires de renvoyer la direction", note Robert Jackson, professeur de droit à l'université Columbia à New York.
Ce type d'actionnariat est assez répandu dans le secteur des médias, où les dirigeants "ne veulent pas être remis en cause par les actionnaires chaque fois qu'ils livrent des résultats inférieurs aux attentes".
Certains groupes, comme le New York Times, font également valoir que ce genre de structure évite que les actionnaires exercent une influence sur le contenu rédactionnel des journaux, tandis qu'un groupe internet comme Google s'en sert dans le but avoué de pérenniser le contrôle des fondateurs.
Mais M. Jackson estime tout de même que M. Murdoch, qui avait dû faire face à une assemblée générale d'actionnaires plus houleuse que d'habitude en octobre, pourrait devoir rendre des comptes à son conseil d'administration.
Jacob Frenkel, avocat spécialisé dans le droit boursier, estime aussi que la question des droits de vote pourrait être remise sur le tapis par l'impact considérable du scandale des écoutes sur la réputation du groupe.
"On peut s'attendre à ce qu'à la suite de l'enquête interne, il y ait une réforme importante des systèmes de gouvernance et des pratiques de News Corp.", dit M. Frenkel.
Mais le temps n'est peut-être pas encore venu pour ces réformes: le clivage partisan de la commission parlementaire britannique, dont les conclusions n'ont pas été adoptées par les élus conservateurs, a de quoi conforter M. Murdoch.
Le désaccord politique "conduit à s'interroger sur les motivations sous-jacentes du rapport", estime M. Frenkel.
Reste que le conseil d'administration, où siègent l'ancien Premier ministre espagnol José Maria Aznar et un ancien responsable des services de la concurrence américains, Joel Klein, a sans doute déjà commencé à envisager un avenir sans Rupert Murdoch.
"Mon sentiment est que ce conseil d'administration est tout à fait capable de prendre une décision difficile, mais je ne crois pas qu'on en soit déjà là", dit M. Jackson.
Ce qui ne devrait pas empêcher des actionnaires militants de maintenir la pression, selon James Post, enseignant à la faculté de gestion de l'Université de Boston.
Tout de même, "la famille Murdoch a toute une gamme d'outils destinés à maintenir son pouvoir", dit-il, et "l'avenir de News Corp pourrait être déterminé plus par les dissensions familiales que par les règles de gouvernance".
La commission parlementaire britannique a dressé mardi un réquisitoire sans appel contre Rupert Murdoch, qu'elle accuse "d'aveuglement délibéré", et contre son fils James, qui aurait "volontairement ignoré" ce qui se passait alors qu'il avait la responsabilité des journaux britanniques du groupe.
C'est la conclusion de neuf mois et demi d'investigations sur le scandale des écoutes téléphoniques au tabloïde News of the World, fermé précipitamment l'été dernier. Cet hebdomadaire est soupçonné d'avoir fait écouter quelque 800 personnes dans les années 2000 pour obtenir des scoops.


























