Longtemps hors du champ d’influence des grands trafics, en dehors de celui des armes, le continent africain est devenu le terrain de jeu d’autres malfrats. L’une des principales préoccupations des autorités, lorsqu’elles ne sont pas elles-mêmes impliquées, est la lutte au trafic de la drogue. Elles sont en cela aidées par les grandes puissances, particulièrement les États-Unis d’Amérique, qui font un lien entre blanchiment d’argent, trafic de drogue et terrorisme.
Dans un rapport annuel sur le trafic de stupéfiants dans le monde, International Narcotics Control Strategy Report, publié en mars dernier, les responsables américains ont de nouveau exprimé leur inquiétude face à la vulnérabilité des pays africains. Si l’Afrique de l’Ouest a longtemps été pointée comme principale zone par excellence du trafic de drogue, c’est en effet tout le continent qui est aux prises avec ce fléau. Estimé à 320 milliards $ US annuels par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le trafic de drogues constitue l'activité la plus lucrative pour les criminels et il faut bien que ces derniers trouvent les moyens de contourner les dispositifs de sécurité.
Le journaliste Christophe Champin, auteur du livre Afrique noire, poudre blanche, explique que « depuis le début des années 2000, les cartels latino-américains de la drogue ont investi l’Afrique. Pour approvisionner le marché européen, qui a explosé ces dix dernières années, les organisations criminelles, notamment colombiennes, cherchent de nouvelles “routes” pour amener leur marchandise à bon port afin d’échapper aux contrôles des polices européennes et américaines. Après les Caraïbes, le continent africain est devenu leur “nouvelle frontière”. Grâce à la corruption et à la faiblesse de certains pays, les ‘’narcos‘’ ont réussi à faire de plusieurs États africains de véritables plaques tournantes. Les quantités saisies ont grimpé en flèche?: de moins d‘une tonne, avant 2005, à 33 tonnes, entre 2005 et 2007».
« L’Afrique et la drogue ont, certes, une vieille histoire commune. L’héroïne du Sud-Est asiatique y transite depuis une bonne trentaine d’années. Le cannabis y est cultivé à peu près partout » rappelle-t-il, « mais l’ampleur et la soudaineté de la croissance du trafic de cocaïne dans cette partie du monde est inquiétante. En Amérique du Sud et en Amérique centrale, les organisations criminelles liées à la drogue sont parvenues à déstabiliser des états. Certains pays africains pourraient connaître le même sort. »
« Les informations disponibles montrent le renforcement continu du trafic illégal de drogue entre l’Amérique du Sud et l’Afrique de l’Ouest. L’Afrique de l’Ouest est le point le plus proche de l’Amérique du Sud pour les échanges transatlantiques, et sa proximité avec l’Europe offre une voie naturelle vers les marchés européens de la drogue », a indiqué le département d’État américain lors de la publication de son rapport.
Mais l’ensemble de l’Afrique, dont le Maghreb (surtout l'Algérie et le Maroc, premier fournisseur de résine de cannabis à l'Europe) et l'Afrique orientale où le Kenya est tout particulièrement épinglé, est sous le radar des limiers. Dans le cas du Kenya, on apprend que c’est une terre de transit et de consommation de l'héroïne, en plus de représenter un lieu de passage pour la cocaïne latino-américaine. Washington évoque également la faiblesse et l'inefficacité de la lutte antidrogue en Tanzanie, où la consommation d'héroïne explose, en Ouganda et en Éthiopie. De plus, les États-Unis s'inquiètent de la multiplication de drogues dures -cocaïne, héroïne, méthamphétamine ou mandrax- en Afrique du Sud. Elles y transitent quand elles ne sont tout simplement pas consommées ou même produites sur place. On se souviendra qu’en mai 2011, Sheryl Cwele, épouse du ministre de la Sécurité, avait été reconnue coupable de trafic de drogue et que le chef de la police Bheki Cele a été suspendu pour corruption.
Tout ce tableau révèle donc la fragilité des frontières du continent et surtout la faiblesse des services de sécurité obligés de requérir l’aide de brigades spécialisées, surtout américaines, pour contrer. Sur le terrain, les trafiquants qui passent les mailles des filets investissent dans l’immobilier, l’automobile de luxe, les relais touristiques et l’événementiel les trafics. Et puisque certains s’en accommodent, il est évidemment très difficile de faire le ménage… comme ailleurs.


























