Blanchiment d’argent : Des techniques raffinées

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Blanchiment d’argent Les volumes financiers d’origine criminelle étant très importants, les réseaux des trafiquants ont besoin d’un arsenal de méthodes afin de recycler leurs gains dans les circuits économiques légitimes. C’est pourquoi du simple magasin d’alimentation du coin de rue au casino et à l’hôtel le plus flamboyant, rien ne résiste à la frénésie du « nettoyage » des sommes du crime organisé. Ce dernier a besoin de recycler les revenus de ses opérations pour la simple et bonne raison qu’ils se présentent généralement en liquide. Quand les petits malfrats disposent de maigres avoirs, il leur est facile de les dépenser. Mais quand on parle de millions en petites coupures, il faut mettre au point des stratagèmes subtils.

Plusieurs commissions sur le blanchiment d’argent ont fait la lumière sur les nombreuses méthodes de blanchiment auxquelles a recours le crime organisé. Adaptées selon les besoins, elles permettent, comme le dit un expert, « de recueillir le beurre, l'argent du beurre et la crémerie. » Le beurre étant l’argent sale placé sur un compte d'une banque prestigieuse tandis que l'argent du beurre se retrouve plutôt dans le fait qu’il sera possible de justifier ou de masquer l'origine des fonds. La crémerie, pour sa part, assure que l’argent sale pourra finalement être investi dans l'économie légale et être source de profits légaux!

Les trois clés du blanchiment

Les analystes relèvent trois phases dans ce processus de blanchiment. Il y a d’abord le prélavage, encore appelé placement ou immersion, dont le but est de déposer de l’argent liquide sur un compte bancaire en masquant son origine illégale. Cette phase est la plus vulnérable pour les criminels. Ensuite, il y a le brassage, dispersion ou empilement, durant lequel il faut brouiller les pistes par des transactions financières complexes afin de masquer l’origine des fonds ou en légitimer la possession. Enfin, le recyclage ou intégration permet d’investir dans l’économie légale, l’argent étant blanchi et son origine illégale masquée.

Des multiples techniques de prélavage, on retiendra le fractionnement de dépôts bancaires en respectant les seuils de dépôts maximaux qui ne déclenchent pas d’alerte, l’achat d’objets de luxe, la vente aux enchères d’œuvres d’art, la déclaration de faux gains aux jeux de hasard (surtout les casinos) ou le gonflement des recettes de commerces dans lesquels les clients, dont on falsifie aisément le nombre, paient généralement en espèces sonnantes et trébuchantes. Il s’agit par la suite de mélanger l’argent sale aux recettes et le tour est joué.

Ici, des experts européens expliquent que « si, par exemple, une bande organisée dirige une série de magasins, l'intégration des sommes liquides d'origine criminelle dans les revenus du commerçant s'appelle la technique du millefeuille. Une technique qui reste cependant limitée : on ne peut pas raisonnablement déclarer 50 millions de dollars de chiffre d'affaires avec une seule pizzeria. Le plus efficace pour une mafia sera le contrôle d'une chaîne d'hôtels ou de restaurants. »

Les chemins mondiaux du recyclage financier

Au cœur du blanchiment international se retrouvent les paradis fiscaux. Dans leur ouvrage Le capitalisme clandestin, Thierry Godefroy et Pierre Lascoumes disent à ce sujet que « les réseaux du crime organisé n’ont fait que suivre les chemins tout tracés par les entreprises multinationales et qu’emprunter les multiples circuits d’occultation que la plus fine fleur des avocats, banquiers et notaires londoniens, luxembourgeois et genevois ont su inventer. »

Les paradis fiscaux, véritables « boîtes noires » tapies au sein du système financier mondial, permettent donc un blanchiment d’argent encore plus sophistiqué, grâce à un système fiscal réduit, une absence de coopération judiciaire internationale et un secret bancaire quasi hermétique.

C’est dans ces zones de « non-droit » que plusieurs scandales ont éclaté ces dernières années. Qu’on se souvienne de l’affaire Enron en 2001. Ce fleuron du capitalisme américain avait utilisé à grande échelle les paradis fiscaux avec près de 700 filiales dans les îles Caïmans pour truquer ses résultats, ne pas payer d’impôts et dissimuler ses dettes avec la complaisance du cabinet d’audit Arthur Andersen et de grandes banques renommées.

En plus de ces paradis fiscaux, l’on retrouve enfin les fameuses chambres de compensation internationales. Exposées à la face du monde par le journaliste français Denis Robert dans son ouvrage Révélation$, elles se sont révélé être de véritables usines à blanchir des sommes colossales. Et ces entreprises, également connues sous le nom de « sociétés de clearing », permettent en fait de faciliter les échanges interbancaires. Les plus importantes sont Clearstream au Luxembourg et Eurostream en Belgique et ne sont soumises à aucun contrôle financier extérieur.

Près de la moitié des banques de la planète, y compris celles des paradis fiscaux, y possèdent un compte. Cette espèce de « banque des banques » assure ainsi la transaction de près de 50 mille milliards $ US par année, ce qui est impressionnant. Dans son ouvrage, Denis Robert a pu mettre en lumière l’existence de près de 8 000 comptes dissimulés, ce qui facilite d’autant la tâche des mécréants qui désirent conclure des transactions secrètes. En faisant une évaluation minimale, de nombreux experts affirment que ce ne sont pas moins de 500 milliards $ US qui sont blanchis chaque année par ce procédé.

On le voit, les mécanismes de blanchiment d’argent ne sont pas toujours le fait de personnes infréquentables. De très honorables individus de profession libérale permettent à ce système de perdurer, avec la complicité des banques qui sont censées servir de relais entre les consommateurs, les investisseurs et l’économie réelle. Au-delà des enquêtes et de « révélations » désormais courantes, plusieurs espèrent une refondation très rapide du capitalisme. Mais ici, on émet des vœux pieux puisque le vice, comme le dit la sagesse, est né avec le monde.

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