Pilonnées depuis une dizaine d’années, les institutions de Bretton-Woods ont fini par lâcher du lest. L’introduction de principes plus démocratiques et une meilleure réflexion sur le développement économique et l'accroissement des inégalités dans le monde ont été appliquées avec plus ou moins de succès. Avec l’élection du prochain président de l’organisme, devra-t-on s’attendre, entre autres, à plus que de la simple transparence ?
Re-légitimée ? N’allons pas vite en besogne parce que les Américains, fraîchement coupés de leur droit de veto ne voudront certainement pas laisser filer leur influence de cette manière. C’est l’un des principaux problèmes qu’a étayé le professeur Jeffrey Sachs, un temps candidat à la candidature américaine, dans une tribune dont il s’est fendu dans les médias au début de ce mois.
Pour M. Sachs, les États-Unis d’Amérique sont LE problème de la transfiguration lente de la BM. « L'administration américaine a tendance à considérer la Banque mondiale comme une extension de sa politique étrangère et de ses intérêts commerciaux, assène-t-il avant de rappeler que depuis sa création, une règle tacite voulait que Washington désigne chaque nouveau président. Les onze précédents ont tous été des Américains et aucun d'entre eux n'était un expert en développement économique. Les États-Unis ont toujours préféré nommer des politiciens ou des banquiers de Wall Street. »
Une approche qui a pourtant des effets pervers selon l’économiste car « en raison d'une absence persistante d'expertise au sommet, la Banque mondiale n'a pas de ligne claire. Plusieurs projets ont servi les intérêts des grandes entreprises américaines. La Banque a financé les yeux fermés de nombreux projets de développement, mais n'a jusqu'à présent résolu que trop peu des grands problèmes mondiaux. Pis encore, elle a par exemple défendu un modèle de soins de santé payants et privatisés, plaçant ces soins hors de portée pour les plus déshérités. »


Eugene Meyer (juin 1946 - décembre 1946)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

John J. McCloy (mars 1947 – juin 1949)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

Eugene R. Black. Sr (1949 – 1963)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

George D. Woods (janvier 1963 – mars 1968)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

Robert McNamara (avril 1968 – juin 1981)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

Alden W. Clausen (juillet 1981 – juin 1986)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

Barber B. Conable (juillet 1986 – août 1991)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

Lewis T. Preston (septembre 1991 – mai 1995)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

James Wolfensohn (juin 1995 - mai 2005)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

Paul Wolfowitz (1er juin 2005 - 30 juin 2007)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946

Robert Zoellick (depuis le 1er juillet 2007)
Présidents de la banque mondiale depuis 1946
By Autson Web Design
Cette attaque en règle d’un spécialiste de l’économie et du développement rejoint plusieurs analyses indépendantes qui montrent que la Banque mondiale devrait s’occuper prioritairement de la pertinence des projets approuvés et surtout de l’efficacité des méthodes d’application pour leur réussite… sous la direction d’un autre président.
Statu quo en vue
Mais pour d’autres experts comme l’économiste français Norbert Gaillard, l’alternance attendue sera d’ordre symbolique car « l'élection d'une présidente ou d'un président africain, latino-américain ou asiatique à la tête de la Banque Mondiale ne serait qu’un signe supplémentaire de l'influence croissante des pays émergents. Cependant, dans la vie quotidienne de la Banque Mondiale, un tel tournant aurait peu de conséquences. »
Cela parce qu’aujourd’hui, les perspectives de la Banque mondiale sont étroitement associées à celles de l’économie mondiale. Les différentes crises récurrentes qui minent les pays industrialisés imposent désormais les mêmes solutions ou presque.
Le professeur Gaillard rajoute à cet effet que « quel que soit le président de l'institution, les prêts consentis par la Banque Mondiale et ses diverses agences (l'International Development Agency, l'International Finance Corporation et la Multilateral Investment Guarantee Agency) aux États, collectivités locales et entités privées, continueront de répondre aux mêmes exigences : favoriser la croissance économique, développer les infrastructures, réduire la pauvreté. Un éventuel changement de leadership ne modifierait en rien la raison d'être de la Banque Mondiale, ses objectifs et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. »
Norbert Gaillard prédit de plus l’élection du candidat à partir du calcul suivant. « D’abord la Chine a indiqué, dans la foulée de la nomination in extremis de Jim Yong Kim par le président Obama, que ce choix allait dans la bonne direction. Si jamais les Américains perdaient la Banque mondiale, les Européens risqueraient de devoir abandonner le FMI à moyen terme. L'Europe votera donc en faveur de Jim Yong Kim. Idem pour le Japon et la Corée du Sud, dont est originaire le candidat américain. Si l'on additionne les droits de vote des États-Unis, de l'Europe des 27, du Japon et de la Corée du Sud, on arrive à... 50,6% ! »
« Néanmoins, conclut-il, les pays émergents ont tout intérêt à continuer leur lobbying pour augmenter leurs droits de vote et obtenir un jour la tête de l'institution. La réforme de 2010 a d'ores et déjà permis au Mexique, au Brésil, à l'Inde et à la Chine de porter leurs droits de vote de, respectivement, 1,17%, 2,06%, 2,77% et 2,77% à 1,68%, 2,24%, 2,91% et 4,42%. La dynamique est en leur faveur, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Mais ne soyons pas naïfs pour autant. Les États émergents ont bien d'autres moyens d'accroître leur influence économique et politique, via leur diplomatie, des dons, des prêts bilatéraux, des aides techniques, des investissements directs et des investissements en portefeuille, réalisés, par exemple, par des fonds souverains. »
























