Banque Mondiale : Quelles perspectives ?

Envoyer Imprimer PDF

home30mars12petitPilonnées depuis une dizaine d’années, les institutions de Bretton-Woods ont fini par lâcher du lest. L’introduction de principes plus démocratiques et une meilleure réflexion sur le développement économique et l'accroissement des inégalités dans le monde ont été appliquées avec plus ou moins de succès. Avec l’élection du prochain président de l’organisme, devra-t-on s’attendre, entre autres, à plus que de la simple transparence ?

 Un bilan du mandat de Robert Zoellick, le président sortant, montre que de réelles avancées ont été opérées au cours de ses cinq années de présidence. Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui l'a côtoyé dans plusieurs forums internationaux, dresse un bilan assez flatteur de son action. " C'est l’un des rares Américains compétents à être resté partisan du multilatéralisme. À la faveur de la crise, il a su rendre sa légitimité à la Banque mondiale qui doutait d'elle-même et l'a fait bouger en fixant des objectifs allant au-delà de l'aide pour se concentrer davantage sur les conditions du développement. Il quitte une Banque mondiale re-légitimée". 

Re-légitimée ? N’allons pas vite en besogne parce que les Américains, fraîchement coupés de leur droit de veto ne voudront certainement pas laisser filer leur influence de cette manière. C’est l’un des principaux problèmes qu’a étayé le professeur Jeffrey Sachs, un temps candidat à la candidature américaine, dans une tribune dont il s’est fendu dans les médias au début de ce mois.

Pour M. Sachs, les États-Unis d’Amérique sont LE problème de la transfiguration lente de la BM. « L'administration américaine a tendance à considérer la Banque mondiale comme une extension de sa politique étrangère et de ses intérêts commerciaux, assène-t-il avant de rappeler que depuis sa création, une règle tacite voulait que Washington désigne chaque nouveau président. Les onze précédents ont tous été des Américains et aucun d'entre eux n'était un expert en développement économique. Les États-Unis ont toujours préféré nommer des politiciens ou des banquiers de Wall Street. »

Une approche qui a pourtant des effets pervers selon l’économiste car  « en raison d'une absence persistante d'expertise au sommet, la Banque mondiale n'a pas de ligne claire. Plusieurs projets ont servi les intérêts des grandes entreprises américaines. La Banque a financé les yeux fermés de nombreux projets de développement, mais n'a jusqu'à présent résolu que trop peu des grands problèmes mondiaux.  Pis encore, elle a par exemple défendu un modèle de soins de santé payants et privatisés, plaçant ces soins hors de portée pour les plus déshérités. »

By Autson Web Design

Cette attaque en règle d’un spécialiste de l’économie et du développement rejoint plusieurs analyses indépendantes qui montrent que la Banque mondiale devrait s’occuper prioritairement de la pertinence des projets approuvés et surtout de l’efficacité des méthodes d’application pour leur réussite… sous la direction d’un autre président.

Statu quo en vue

Mais pour d’autres experts comme l’économiste français Norbert Gaillard, l’alternance attendue sera d’ordre symbolique car « l'élection d'une présidente ou d'un président africain, latino-américain ou asiatique à la tête de la Banque Mondiale ne serait qu’un signe supplémentaire de l'influence croissante des pays émergents. Cependant, dans la vie quotidienne de la Banque Mondiale, un tel tournant aurait peu de conséquences. »

Cela parce qu’aujourd’hui, les perspectives de la Banque mondiale sont étroitement associées à celles de l’économie mondiale. Les différentes crises récurrentes qui minent les pays industrialisés imposent désormais les mêmes solutions ou presque.

Le professeur Gaillard rajoute à cet effet que « quel que soit le président de l'institution, les prêts consentis par la Banque Mondiale et ses diverses agences (l'International Development Agency, l'International Finance Corporation et la Multilateral Investment Guarantee Agency) aux États, collectivités locales et entités privées, continueront de répondre aux mêmes exigences : favoriser la croissance économique, développer les infrastructures, réduire la pauvreté. Un éventuel changement de leadership ne modifierait en rien la raison d'être de la Banque Mondiale, ses objectifs et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. »

Norbert Gaillard prédit de plus l’élection du candidat à partir du calcul suivant. « D’abord la Chine a indiqué, dans la foulée de la nomination in extremis de Jim Yong Kim par le président Obama, que ce choix allait dans la bonne direction. Si jamais les Américains perdaient la Banque mondiale, les Européens risqueraient de devoir abandonner le FMI à moyen terme. L'Europe votera donc en faveur de Jim Yong Kim. Idem pour le Japon et la Corée du Sud, dont est originaire le candidat américain. Si l'on additionne les droits de vote des États-Unis, de l'Europe des 27, du Japon et de la Corée du Sud, on arrive à... 50,6% ! »

« Néanmoins, conclut-il, les pays émergents ont tout intérêt à continuer leur lobbying pour augmenter leurs droits de vote et obtenir un jour la tête de l'institution. La réforme de 2010 a d'ores et déjà permis au Mexique, au Brésil, à l'Inde et à la Chine de porter leurs droits de vote de, respectivement, 1,17%, 2,06%, 2,77% et 2,77% à 1,68%, 2,24%, 2,91% et 4,42%. La dynamique est en leur faveur, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Mais ne soyons pas naïfs pour autant. Les États émergents ont bien d'autres moyens d'accroître leur influence économique et politique, via leur diplomatie, des dons, des prêts bilatéraux, des aides techniques, des investissements directs et des investissements en portefeuille, réalisés, par exemple, par des fonds souverains. »

Banque Mondiale : Quelles perspectives ?
 
 
 
 

AE ENTREPRISE

AEInc_logo11

Afrique Expansion Inc.

Créée en 1995, Afrique Expansion Inc. est une firme de consultants en communication et développement international dont la mission est de promouvoir les relations et les partenariats d’affaires entre les entreprises canadiennes et africaines.

+ Plus d'info...

AE MAGAZINE

AEmag_logo11

Afrique Expansion Magazine


Depuis 12 ans, Afrique Expansion Magazine est une revue internationale des affaires qui fait la promotion des échanges commerciaux et des partenariats d’affaires entre l’Afrique et les Amériques...

+ Plus d'info...

FORUM AFRICA

ForumAfrica_logo11

Forum Africa


Rendez-vous d’affaires Organisé par Afrique Expansion Magazine. Il réunit des entrepreneurs, personnalités politiques et dirigeants d’organismes publics et privés...

+ Plus d'info...

Contact

Afrique Expansion Magazine.
Revue des affaires et des partenariats Nord-Sud
Une publication du groupe Geramcommunications

  • Tel: +1 (450) 902-0527
  • Fax: +1 (514) 393-9024
  • Équipe

Afrique Expansion Magazine