LOME, 18 sept 2012 (AFP) - L'ancien patron du géant pétrolier français Elf, Loïk Le Floch-Prigent, inculpé de complicité d'escroquerie par un juge au Togo, est accusé par un homme d'affaires émirati d'être le cerveau d'une fraude qui rappelle les arnaques dites "à la nigériane" qui circulent sur internet.
L'escroquerie "à la nigériane" ou "fraude 419", en référence au numéro d'un article du code pénal du Nigeria qui prévoit et punit ce type d'infraction, est un type de criminalité visant à extorquer des fonds en échange d'une promesse de fortune.
Les auteurs se font généralement passer pour des réfugiés politiques, des personnes gravement malades ou bien des organisateurs d'une loterie nationale. Ils affirment disposer d'une importante somme d'argent et avoir besoin d'aide pour transférer cet argent.
Ils proposent d'utiliser le compte du destinataire du mail, en échange d'un pourcentage. Une fois la victime appâtée, les escrocs demandent des sommes d'argent, toujours plus importantes, pour couvrir les frais imaginaires de ce transfert, qui n'a jamais lieu.
Loïk Le Floch-Prigent, l'ancien ministre togolais Pascal Bodjona et un homme d'affaires également togolais, Bertin Sow Agba, sont accusés par un homme d'affaires émirati, Abbas El Youssef, d'avoir organisé un réseau pour lui soutirer 48 millions de dollars (environ 36,5 millions d'euros).
Selon le schéma classique des escroqueries à la nigériane, ils lui auraient fait croire qu'ils détenaient la fortune de l'ancien président ivoirien Robert Gueï, estimée à 275 millions de dollars et bloquée sur un compte en banque au Togo.
Abbas El Youssef, qui dirige une société d'investissements, notamment dans le pétrole et le gaz, aurait payé 48 millions de dollars sans jamais voir la couleur de l'hypothétique fortune du général Gueï, assassiné à Abidjan en septembre 2002.
Toutefois, selon le spécialiste de l'Afrique Antoine Glaser, l'accusation d'arnaque à la nigériane n'est qu'un "écran de fumée dissimulant un règlement de comptes entre deux hommes d'affaires et un règlement de comptes politique".
Un avocat de M. Bodjona, Jil-Benoit Afangbedji, a avancé dimanche que son client avait été impliqué à cause des rumeurs sur sa candidature à la présidentielle en 2015. L'avocat a ajouté que M. Agba était considéré comme le soutien financier de sa candidature.
L'avocat français de Loïk Le Floch-Prigent, Patrick Klugman, a également estimé que son client était "l'enjeu d'une affaire intérieure à la politique togolaise".
Loïk Le Floch-Prigent a dirigé le géant pétrolier Elf entre 1989 et 1993. Il avait été condamné en 2003 à 5 ans de prison et a passé environ deux ans derrière les barreaux pour des malversations financières. Il se présente aujourd'hui comme un consultant dans le pétrole.

























