MONTREAL (Canada), 22 août 2012 (AFP) - La lutte contre la corruption des milieux politiques au Québec semblait être une arme réservée aux adversaires du Premier ministre libéral sortant Jean Charest, mais un duel télévisé a montré mardi soir qu'elle pouvait être retournée aussi contre eux.
Le débat, qui opposait M. Charest au chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ, centre-droit) François Legault, à deux semaines jour pour jour du scrutin du 4 septembre, a été précédé de la diffusion par la chaîne publique Radio-Canada d'un reportage évoquant des irrégularités survenues en 1998 dans le financement de la campagne électorale de l'époque d'un des candidats vedettes de la CAQ.
Le reportage a fait d'autant plus de bruit que l'homme en cause n'est autre que le policier de choc Jacques Duchesneau, figure de proue du "grand ménage" que promet M. Legault.
Et M. Charest a saisi l'occasion pour demander à M. Legault s'il allait appliquer à son candidat la "tolérance zéro" qu'il prône face à la corruption.
"M. Duchesneau est irréprochable", a assuré François Legault. Le directeur général des élections a enquêté sur lui et n'a "rien trouvé", a-t-il souligné.
"Donc je pense que si M. Duchesneau avait eu quelque chose à se reprocher, ça fait longtemps qu'on l'aurait sorti avec tous ceux qui sont contre lui actuellement", a-t-il expliqué.
Puis M. Legault a contre-attaqué, demandant au chef des libéraux s'il n'avait pas été "trop tolérant" quant à "la bonne gestion de certains de ses ministres", visant notamment Nathalie Normandeau (ancienne ministre des Affaires municipales), qui avait accepté des billets de spectacle d'un entrepreneur en construction. "Vous avez été trop tolérant, vous avez même été négligeant", a-t-il répété.
Les deux hommes politiques ont eu aussi un échange acide sur l'attitude de M. Legault face à la Commission Charbonneau -- une commission d'enquête sur des allégations de fraude entre le gouvernement libéral et le secteur de la construction.
M. Charest a relevé que son adversaire l'avait critiquée, tandis que ce dernier a affirmé faire confiance à la commission.
"Merci de me confirmer que vous avez changé d'idée", lui a répondu Jean Charest, repartant sur ce qu'il considère comme l'absence de fiabilité de son rival, un argument qu'il martèle depuis le début de la campagne.
La CAQ représente un danger pour les libéraux, dans la mesure où, idéologiquement proche de ces derniers et déclarant mettre de côté pour au moins dix ans la question de l'indépendance du Québec, elle attire les électeurs fédéralistes qui souhaitent un changement après trois mandats consécutifs de M. Charest.
C'est pourquoi le Premier ministre sortant s'attache à relever ce qu'il dénonce comme des contradictions ou des revirements du chef de la CAQ pour répéter qu'il "n'est pas fiable".
Mais, pour la première fois, M. Legault lui a retourné cet argument mardi. "La réalité c'est que vous n'avez pas livré la marchandise", a-t-il rétorqué, dressant une liste de tous les anciens engagements de campagne que le Premier ministre n'avaient pas tenus, selon lui.
"Pendant que le Québec marche, les autres provinces courent", a répété M. Legault dénonçant le bilan économique des trois mandats de M. Charest. Ce dernier cite l'élévation du niveau de vie des Québécois en chiffres absolus, tandis que M. Legault rappelle que la province francophone est tombée de la 4e à la 9e place parmi les dix provinces et territoires du Canada.

























