Compte tenu des multiples défis à relever durant ce mandat, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma devra s’appuyer sur un certain nombre d’éléments. Les échanges intra-régionaux en font partie et ces « régionalismes » sont essentiels dans le développement des économies internes du continent. Mais où en est-on exactement, alors que l’on parle de plus en plus d’une Zone de Libre-échange africaine ?
Le tour complet de ces données a été fait au mois de juin dernier par un groupe réunissant des experts de la Commission économique des nations-unies pour l’Afrique (CÉA), de l’Union africaine (UA) et de la Banque africaine de développement (BAD). Dans le document sur « L’État de l’intégration régionale en Afrique », on peut noter des éléments très intéressants sur la situation exacte des régionalismes économiques sur le continent.
Au niveau formel et institutionnel, l’Union africaine reconnaît un certain nombre de Communautés économiques régionales (CER) qui sont :
- La Communauté des États sahélo-sahariens CEN-SAD (Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Érythrée, Gambie, Ghana, Guinée-Bissau, Guinée, Kenya, Libéria, Libye, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigéria, Sao Tomé-et-Príncipe, République centrafricaine, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tchad, Togo, Tunisie).
- Le Marché commun de l'Afrique orientale et australe COMESA (Burundi, Comores, Djibouti, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Libye, Madagascar, Malawi, Maurice, Ouganda, République démocratique du Congo, Rwanda, Seychelles, Soudan, Swaziland,, Zambie, Zimbabwe).
- La Communauté d'Afrique de l'Est CAE (Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda, Tanzanie).
- La Communauté économique des États de l'Afrique centrale CEEAC (Angola, Burundi, Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République du Congo, Sao Tomé-et-Príncipe, Tchad)
- La Communauté économique des États de l'Afrique de l’Ouest CEDEAO (Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone, Togo).
- L’Autorité intergouvernementale sur le développement IGAD (Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Somalie, Soudan).
- La Communauté de développement de l'Afrique australe SADC (Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, République démocratique du Congo, Seychelles, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe)
- L’Union du Maghreb arabe UMA (Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc, Tunisie).
Ces CER poursuivent leur intégration grâce au libre-échange et à la création d’unions douanières et d’un marché commun. Au niveau des exportations, sur la foi des chiffres de la Direction of Trade du FMI datant de 2009, cinq CER occupent en moyenne les premières places, sur la base de leur part dans les exportations entre CER et au sein des CER entre 2000 et 2007. C’étaient la CEN-SAD (33%), la SADC (33%), la CEDEAO (22%), le COMESA (16%) et l’UMA (9%). Les CER qui ont réalisé le moins d’échanges entre elles (1% ou moins) en moyenne entre 2000 et 2007, ont été la CEMAC, la CEEAC, la CEPGL et le MRU.
Au niveau des importations, comme dans le cas des exportations, les mouvements entre les CER ont également augmenté en valeur dans la plupart d’entre eux. Entre 2000 et 2007 en moyenne, les cinq CER où le volume d’importations entre les CER a été le plus élevé, étaient la CEN-SAD (34%), la SADC (32%), la CEDEAO (22%), le COMESA 16%) et l’UMA (9%). Il est intéressant de noter que les mêmes CER occupaient une place dominante dans les exportations entre les CER. Au cours de la période 2000-2007, les pays qui ont, en moyenne importé le plus dans ces cinq CER, étaient les suivants :
• CEN-SAD: Égypte (24%); Nigéria (16%); Maroc (15%) et Tunisie (11%)
• SADC: Afrique du Sud (69%); Angola (9%)
• CEDEAO: Nigéria (40%); Libéria (14%), Ghana (11%); Côte d’Ivoire (9%)
• COMESA: Égypte (45%); Libye (12%); Kenya (9%)
• UMA: Algérie (32%); Maroc (31%); Tunisie (22%)
Il est à préciser qu’entre 2000 et 2007, 9% des importations de l’Afrique provenaient de pays africains et que plus de 90% provenaient de pays situés hors de l’Afrique. Or, tous les pays africains recèlent un grand potentiel et de multiples possibilités dans des domaines tels que l’agriculture et les agro-industries, les industries extractives, la production d’énergie, les transports, le bâtiment et les travaux publics ainsi que dans de nombreuses autres activités industrielles. La plupart des pays africains importent toujours les mêmes produits que l’Afrique exporte vers le reste du monde. De ce fait, il existe dans la plupart des groupes de produits et de services de vastes possibilités en matière de commerce et d’investissement qu’il faut encore exploiter au sein des régions.
Compte tenu de l’importance du commerce en général et du commerce intra-régional en particulier, de nombreux pays africains ont pris des mesures pour faciliter la circulation des biens et des services dans leurs CER respectives. Nombre d’entre eux sont signataires des accords bilatéraux et régionaux existants visant à réduire et à éliminer les barrières tarifaires et non tarifaires au commerce. Les CER ont commencé une élimination progressive des droits de douane, dont la mise en œuvre par les membres se fait toutefois à des rythmes différents. En dépit des engagements encourageants pris à cette fin, le commerce intra-africain demeure faible et il reste encore beaucoup à faire pour éliminer les barrières non tarifaires au moyen de projets de facilitation du commerce.
Des investissements directs en hausse, mais variables
L’afflux des ressources extérieures fournit aux pays une incitation à renforcer les liens économiques entre eux et à prendre d’autres mesures pour renforcer les flux financiers Intra-régionaux. Déjà, certains des groupements régionaux disposent de protocoles ou d’accords qui encouragent et facilitent le mouvement transfrontalier des investissements et des capitaux. En outre, les politiques économiques nationales ont été améliorées pour attirer les capitaux privés et les investissements.
Sur le plan des investissements justement, au fil des ans, la part de l’Investissement direct étranger (IDE) intra-africain en Afrique n’a pas beaucoup progressé, mais elle fluctue largement. On a estimé les flux d’IDE intra-africains à 2 milliards $US par an durant les années 2002-2004, et s’ils n’étaient pas tombés à 1,6 milliard $US durant les années 2005-2007 (ce qui ne représente qu’environ 13% et 4% respectivement des entrées totales d’IDE en Afrique), ils auraient atteint des niveaux légèrement plus élevés qu’il y a une décennie. Les investissements intra-régionaux en Afrique sont essentiellement concentrés dans quatre secteurs principaux qui sont les industries extractives, l’exploitation de carrières et du pétrole, les finances, les services aux entreprises et les transports, l’entreposage et les communications.
L’absence d’investissements dans les autres secteurs pourrait s’expliquer en partie par l’exiguïté des marchés nationaux et le manque d’engagements fermes envers les accords d’intégration existants. À cet égard, si elle renforce et élargit les accords d’intégration existants par la mise en place de la Zone de libre-échange continentale, l’Afrique pourrait encourager davantage les flux d’investissements Intra-régionaux et créer de nouvelles possibilités d’exporter au sein du marché continental unifié.
Le gros de l’IDE intra-africain va également au financement des fusions et acquisitions plutôt qu’à des investissements dans des installations entièrement nouvelles. La part de l’Afrique dans les ventes transfrontières totales dans le continent oscille entre 20% et près de 60%, tandis que dans les investissements dans des installations entièrement nouvelles, la part est bien plus faible dans chaque industrie. Cela indique que les investissements en installations entièrement nouvelles, qui représentent toujours un mode d’investissement typique en Afrique, sont financés principalement par l’IDE en provenance de pays non africains. Mais cela signifie aussi que l’IDE intra-africain devrait être attrayant pour les pays qui privatisent les entreprises publiques ou s’efforcent d’accroître la production exportable des entreprises existantes.
L’augmentation des investissements et des flux de capitaux à destination de l’Afrique ainsi que des investissements Intra-régionaux traduit partiellement la prise de plusieurs mesures positives par des pays africains pour renforcer les « facteurs d’attraction » ou les avantages géographiques : accords d’investissement régionaux et traités bilatéraux sur les investissements, réformes macroéconomiques, développement du secteur financier et climat des affaires. Mais dans bon nombre de cas, les accords d’investissement régionaux ne sont pas pleinement appliqués parce que les pays ne se rendent pas compte de leurs effets.
C’est cet autre chantier que devra affronter la nouvelle présidente de l’union africaine dans la perspective de pousser encore plus les pays africains à inscrire leurs partenaires immédiats dans leurs plans de développement.


























